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30 minutes (tout est connecté)

Tout est connecté.

Mes vidéos sur "comment se libérer du futur et des obligations".

Les thèmes explorés dans ma websérie : la solitude, le futur, l'IA.

Et cette semaine, tout a fait "clic" lors d'un échange avec Lalao.

Il y a quelques mois, elle s'est effondrée.

Pour les raisons que j'évoque souvent dans mes vidéos.

Et pour remonter la pente, elle a dû apprendre à vivre autrement.

Ce qui est incroyable :

  • Lalao est une comédienne de la série,
  • L'épisode dans lequel elle joue est l'histoire d'une femme poussée à bout par ses obligations,
  • Les idées qui l'ont aidée sont celles dont je parle dans mes vidéos en ce moment,
  • On avait pas parlé depuis le tournage il y a presque cinq ans,
  • J'ai enregistré presque par hasard notre échange qui porte sur tout ça.

Beaucoup de gens me disent "c'est super tes vidéos mais... comment on fait ?? Tu devrais faire un podcast !"

C'est un peu ce qu'on a fait. Sans que ce soit prévu.

Pour que vous puissiez profiter de tout ça, j'ai réuni ici tous les éléments : les épisodes et le podcast.

Ça prend environ 30 minutes.

Et contrairement à tout ce que vous consommez sur les réseaux, ces contenus convergent.

Ça crée du sens au lieu de vous perdre davantage.

Et c'est arrivé par hasard. Ou pas.

Épisode 5

Parce que sinon vous ne comprendrez pas la fin de l'épisode 6.

Mais vous ne le regretterez pas :

C'est un épisode drôle, qui a gagné un prix du public, et qui parle d'IA et de solitude.

Épisode 6

C'est l'épisode de Lalao qui sort aujourd'hui.

Qui se trouve être le reflet fictionnel de ce qu'elle a vécu ensuite :

Podcast

Non, ce n'est pas vraiment un podcast.

C'est enregistré n'importe comment, on ne savait pas qu'on le diffuserait.

Mais ça lie tout le reste :

Et pour suivre Lalao Pham Van Xua sur les réseaux, c'est ici.

Et les autres épisodes sont là.

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N'arrêtez rien (le chemin vers la joie)

Je reçois beaucoup de commentaires sous mes vidéos qui disent :

"Alors j'arrête de payer mon loyer ?"
"Donc je ne vais plus au travail ?"
"Je ne vais plus chercher mes enfants à l'école ?"

Dès que je parle de présence, de ne plus vivre dans le futur, de ne pas se laisser piéger par ses obligations, on menace de tout arrêter.

Ironiquement, bien sûr.

Leur façon de me signaler que ça ne leur paraît pas viable.

Ils n'ont pas tort sur un point :

Il ne s'agit surtout pas de tout arrêter maintenant.

De manière générale, ne changez rien.

Car si vous changiez tout du jour au lendemain, cela aussi serait une décision intellectuelle.

Qui ne vaudrait guère mieux que les autres décisions prises pour fuir le passé ou améliorer le futur.

Ce serait un calcul tourné vers un résultat.

Comme tout le reste.

L'objectif est justement de commencer à fonctionner autrement.

Déconnecter l'action du résultat. Ne plus faire pour être récompensé·e plus tard.

Faire pour faire. Parce que ça apporte de la joie.

Mais le cerveau ancré dans le futur ne comprend pas cela.

Il ne réfléchit que par transaction, effort, investissement.

Il ne connaît pas la joie présente, seulement la récompense future.

Donc le premier travail est de le reconnecter au présent.

Petit à petit. Sans changer le reste.

Intégrer dans le quotidien des petites actions qui ne sont pas tournées vers un résultat.

Repérer dans la journée ces moments qui ne sont l'anticipation de rien.

Apprendre à vivre ici et maintenant, ne serait-ce qu'une seconde par jour.

Puis quand cette capacité à vivre dans le présent se consolide, quand elle commence à faire partie de soi...

Alors les changements de vie sont inévitables.

Sans aucune décision à prendre.

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Amour

Ce qu'on prend souvent pour l'amour mais qui n'en est pas :

  • Le désir de posséder quelqu'un
  • La passion dévorante qui doit être satisfaite
  • Utiliser quelqu'un pour atteindre un plaisir
  • L'envie de s'accomplir au travers de quelqu'un
  • Avoir besoin de quelqu'un pour maintenir un équilibre
  • S'appuyer sur quelqu'un pour atteindre un objectif

J'en oublie.

Je lis Le Livre des Secrets d'Osho depuis un moment.

Quoi que vous pensiez de lui – c'est un personnage controversé – c'est un auteur spirituel hors pair.

Et sur l'amour, justement, il dit deux choses qui m'ont marqué.

D'abord : la concupiscence n'est jamais de l'amour.

Lorsqu'on regarde quelqu'un par désir charnel, la personne n'est plus une personne.

On n'est pas intéressé par l'être dans sa totalité, seulement par une partie qu'on veut utiliser pour satisfaire un désir. Qu'on pourrait trouver chez quelqu'un d'autre.

C'est pourquoi les regards concupiscents sont désagréables.

Ils "objectifient". Ils "dépersonnifient". On devient une fonctionnalité.

Alors que l'amour réel, nous dit Osho, est exactement le contraire.

La personne aimée se sent entière, unique, et distincte du reste du monde.

Imaginez un petit employé administratif, raconte-t-il.

Pour l'administration qu'il sert, il n'est qu'un numéro.

En cela, les institutions n'utilisent qu'une partie de lui. À nouveau, il est un objet.

S'il meurt, il sera remplacé par quelqu'un qui saura faire la même chose.

Et le monde continuera de tourner.

Rien dans cette relation n'est de l'amour. C'est de l'utilité.

Mais un jour, quelqu'un tombe amoureux du petit employé.

Pas du collègue du bureau d'avant, ni celui du bureau d'après. De lui !

Et pour cette personne, cet employé est différent de tous les autres.

S'il meurt, ce sera une catastrophe. Rien ne sera plus pareil.

Il devient irremplaçable.

Unique dans l'univers.

Grâce à un regard.

Voilà l'amour.

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Obstacle ou excuse ?

J'aimerais bien faire ce travail sur moi mais...

"Je suis bloqué·e par l'argent."
"J'ai un traumatisme à gérer."
"J'ai un handicap qui m'empêche".

En cherchant un peu, on a tous un talon d'Achille.

Et dans la plupart des cas, c'est un obstacle absolument valable.

Certaines activités sont effectivement plus dures pour certaines personnes. Le monde est injuste de cette façon.

Mais dans certains cas, l'obstacle devient une excuse. Puis un bouclier.

Pas : "Je n'y arrive pas."
Mais : "Je n'essaye plus."

"Pour une raison que vous ne pourrez jamais comprendre parce que vous n'en souffrez pas. (Alors laissez-moi tranquille.)"

Et effectivement, ce n'est certainement pas à nous de juger pour les autres s'il s'agit d'un obstacle ou d'une excuse. Qu'en sait-on ?

Mais pour soi, il est important d'investiguer.

Car on se laisse vite prendre au jeu.

Au jeu de stagner parce que c'est confortable. Parce qu'on a la bonne excuse pour ne pas faire le travail qui fait peur.

Et chaque matin, on choisit la routine. Et chaque soir, on se plaint – parce que la plainte fait partie du jeu.

Les années passent, le discours se rôde. Devient comme une armure.

Après tout, si on parvient à convaincre les autres, pourquoi n'y croirait-on pas soi-même ?

"Je suis victime de ma condition, de la vie, du destin. C'est comme ça, on n'y peut rien."

La question pour sortir de cette torpeur n'est pas :

"Est-ce que c'est vrai ?"

Mais : "Est-ce ce que je veux vraiment ?"

Parce qu'à force de se répéter qu'on ne peut pas, on finit par ne plus pouvoir.

On tue en soi ce qui était possible.

Sans jamais savoir ce qu'on aurait fait si on s'était dit :

"Je peux. Ce sera peut-être plus dur pour moi, mais je vais continuer à essayer."

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Que voulez-vous au fond ?

C'est ça qui rend malheureux.

Quand on veut quelque chose, qu'on attend une issue, qu'on espère une récompense.

C'est ça qui gâche le présent.

Le même moment, avec ou sans attente, n'est pas vécu pareil.

Le même déroulement, les mêmes actions, le même résultat – ressentis de façons diamétralement opposées selon ce qu'on espère.

C'est sans doute la différence entre le novice et le maître zen :

Le maître repère la moindre envie, le moindre attachement intérieur.

C'est comme l'encre dans l'eau : il suffit d'une goutte pour colorer tout le verre.

Ce qu'on désire sans se l'avouer, ce qu'on poursuit sans y penser, colore toute la pensée, toutes les actions, toute la journée.

C'est l'attente qui rend irritable, impatient, envieux.

On n'est plus dans le flot car on garde les yeux ancrés sur une ligne imaginaire.

Qui était peut-être inatteignable depuis le début. Ou garantie depuis toujours.

Mais dans cet instant, rien d'autre n'existe.

Le rayon de soleil comme les bonnes surprises sont ignorés.

Il n'y a que ce but.

Dont on ne se rend parfois même pas compte.

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Coopération et pouvoir

Podcast incroyable entre Yuval Harari (Sapiens, etc) et Ezra Klein du New York Times.

Et si vous n'avez pas le temps de l'écouter ou que l'anglais vous incommode, voici les idées fortes que j'ai notées :

La coopération est le super-pouvoir de l'homme

Seul, je ne peux pas battre un ours ni un lion.

Mais l'homme a la capacité de se coordonner avec d'autres hommes pour atteindre ses fins.

Le commerce ? La société ? Le progrès ?

Tout ça a été rendu possible par la coopération.

La vision Trumpienne du pouvoir

Trump défend une autre vision qui, sur le papier, se tient aussi – au départ.

L'important, c'est la force.

Si le faible obéit au fort, si la nation qui a peu de moyens obéit à l'empire, c'est une garantie d'ordre et de paix.

Le fort protège le faible. Le faible paye un prix. C'est normal.

Donc, quand le faible s'oppose au fort – par exemple quand le Danemark refuse de céder le Groenland aux USA – il ne suit pas le cours naturel des choses et menace la paix mondiale.

Le problème du pouvoir

Cette organisation a deux écueils, nous dit Harari.

D'abord, ça pousse toutes les nations à vouloir être fortes.

Car il n'est pas possible de vivre sous le joug d'un puissant qui peut prendre ce qu'il veut quand il veut.

Ce qui entraîne le deuxième point :

Chaque pays a intérêt à s'armer plus que les autres.

La guerre devient le premier poste de dépense, avant la sécurité sociale, avant tout le reste.

Or, plus d'armes n'a jamais rendu les gens plus sereins.

Le problème des doctrines

L'avantage du libéralisme, selon Harari, c'est qu'il ne croit pas à une fin de l'histoire.

On ne trouvera jamais de solution parfaite.

C'est pourquoi les libéraux cherchent toujours à ajouter dans leur organisation des "systèmes d'auto-correction".

On va se tromper. On va faire des erreurs. Certains deviendront trop gourmands.

Donc l'organisation qu'on met en place maintenant est sujette à caution. On va sûrement découvrir mieux, ou s'apercevoir de trous béants.

Il faut intégrer dans le système un moyen d'évoluer.

Pour Harari, cette vision est résumée dans la première phrase de la Déclaration d'indépendance :

"We the People" – "Nous le peuple".

Ce qui suit n'est pas gravé dans le marbre. C'est le mieux qu'on a trouvé pour l'instant. Il faudra adapter.

Tout le contraire de la première phrase des 10 commandements :

"Moi le seigneur, ton Dieu déclare que..."

On ne touche à rien, c'est dieu qui a dit.

Le pouvoir de la fiction

Pour déclencher l'action, une histoire est un moyen beaucoup plus puissant que la vérité.

Une histoire peut être rendue aussi simple que nécessaire.

Et aussi flatteuse : "Nous gentils, eux méchants".

Mais si on veut pousser les hommes à agir, ou à se battre, il faut supprimer les doutes.

Une histoire peut faire ça. La vérité, beaucoup moins.

La recherche de la vérité est une démarche spirituelle. En politique, c'est un poids.

Même si la façon la plus honnête est d'admettre qu'on utilise une histoire.

Car au fond, personne n'est dupe.

La haine doit être nourrie

Après certaines atrocités, on n'imagine pas comment deux peuples pourraient à nouveau s'apprécier.

Et pourtant, quand on laisse passer quelques décennies...

L'Histoire nous montre que les peuples oublient. Qu'il est possible de s'allier, de reconstruire.

Donc les systèmes basés sur la peur et la haine doivent nourrir ces émotions. Il faut sans cesse rappeler pourquoi l'ennemi est un ennemi.

La force du Nationalisme

Pour Harari, le nationalisme est une bonne chose.

À l'origine.

Le vrai nationalisme, c'est aimer des gens qu'on ne connaît pas parce qu'ils font partie d'une même nation.

Je suis prêt à faire des sacrifices pour des gens que je n'ai jamais vus parce qu'on partage une langue, un territoire, une histoire.

Construire l'unité nationale sur la haine de l'étranger avant l'amour de son compatriote, c'est nouveau, et c'est le piège.

Les guerres ne sont jamais de la survie

Quasiment aucune guerre ne s'est déclarée à cause de la nourriture. Ou d'un manque de place.

Même au Moyen Orient, présentement, il y a objectivement suffisamment de nourriture pour nourrir tout le monde.

Et suffisamment de place pour loger tout le monde.

Donc la guerre n'est pas basée sur un manque.

Elle est basée sur des idées, des histoires.

Qui deviennent plus importantes que tout le reste.

Colère, réseaux sociaux et IA

L'objectif des réseaux est de maximiser l'engagement.

Les algorithmes ont découvert que la meilleure façon, c'est de créer la controverse et l'excitation.

Il est très probable que les gens aujourd'hui soient plus d'accord qu'avant – que dans les années 60, mettons.

Les positions extrêmes se sont globalement rapprochées.

Et pourtant, on n'a jamais été aussi opposés.

Les gens ressentent des émotions négatives beaucoup plus fortes pour des différences beaucoup plus petites.

C'est probablement la conséquence de la technologie.

Le prochain but de l'IA

L'IA est la continuité des réseaux.

Elle essaie aujourd'hui d'atteindre un niveau supérieur : créer de l'intimité.

Là où les réseaux veulent simplement créer de l'intérêt, l'IA veut vous faire croire qu'elle est votre ami.

Méfiez-vous.

Et je promets que ce n'était pas fait exprès, mais c'est exactement le sujet de l'épisode de Panique dans l'Espace qui sort aujourd'hui :

Épisode 5 : 1000 ans de solitude

Il a gagné un prix du public au festival de Riom, et si vous vous intéressez à la SF ou à l'IA, je vous le recommande vivement.

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Soyons méta pour réussir

Ok, question paradoxale :

Si je publie un livre qui s'intitule "Devenir millionnaire en publiant un livre sur comment devenir millionnaire", et que je deviens millionnaire, avez-vous bien fait de l'acheter ?

D'un côté, le livre ne se base sur aucune connaissance préalable.

Puisque, quand je l'écris, je n'ai encore rien fait.

Donc rien à vous enseigner.

Mais si ça marche, et que je deviens effectivement riche, alors la prémisse du livre est vraie.

Dans ce cas, pourquoi ne pas l'acheter ?

Oui mais : le livre marche justement parce que vous l'achetez.

Finalement, c'est votre croyance qui permet le succès.

Paradoxe qu'on pourrait résumer ainsi :

Si vous achetez un livre de marketing qui est nul, finalement, c'est qu'il est bien.

(Puisque l'achat n'était pas dû à la qualité mais 100% au marketing – et c'est ça la véritable leçon.)

Tout ça pour dire que les gourous du marketing deviennent souvent riches en expliquant comment devenir riche.

Et ça sent l'arnaque.

Deviens riche d'abord. Explique ensuite.

Sauf que la fondation des marketers, c'est la communication.

C'est ça qu'ils font. C'est leur métier.

Et qu'il n'y a foncièrement rien de mal à décrire ce qu'on fait en temps réel. C'est même plutôt honnête.

La question est plutôt : pourquoi est-ce que ça vous donne envie d'acheter leur bouquin ?

Parce que soyons honnêtes : vous en avez très envie.

Il y a quelque chose dans la façon dont ils parlent, dont ils convainquent... Ce défi, cette assurance.

On aimerait être capables de faire ça.

On se dit que la réponse est peut-être dans un des chapitres.

Qu'en lisant, on pourra faire pareil.

Mais non : la réponse est dans le méta.

Leur force, leur assurance, leur "je-ne-sais-quoi" vient du danger.

Un mélange de plaisir et de risque à décrire le présent comme une certitude.

Surfer la vague en public sans savoir où elle va.

Marcher sur le fil au-dessus de la foule sans savoir s'il tiendra.

Et à chaque pas, expliquer pourquoi il n'a pas rompu.

Car s'il rompt, il n'y aura plus rien à expliquer.

C'est ça qui passionne. Qui rend envieux.

Cette assurance absolue.

Alors que rien n'est joué.

Spoiler :

Ça ne s'apprend pas dans les livres.

Ou peut-être que si ?

D'ailleurs, mon livre "Marcher sur le fil" sort bientôt et...

Je déconne.

Bon jeudi.

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Routine du matin et transformation

Quand je peux, je ne mets pas de réveil – mais je me lève tôt.

Je lis des bêtises sur le téléphone, le temps que mon cerveau émerge. Genre 15 minutes. Reddit ou le New York Times.

Puis, toujours au lit, je médite entre 30 minutes et une heure.

Allongé sur le dos. Les yeux fermés.

Non, je ne m'endors jamais.

Sauf si je le choisis mais dans ce cas je me tourne sur le côté et c'est une décision consciente. Très rare.

("MAIS MOI, je ne peux pas rester au lit ! J'ai un travail ! Des choses à faire !" – Je sais. Continuez à lire.)

L'objectif de ma méditation : ne rien faire. Juste être là.

Quand je suis harassé par les obligations et les problèmes, je ne cherche pas à les résoudre.

Je pose mon attention sur leur manifestation dans le corps : tension dans le plexus, agitation musculaire, respiration.

Idéalement, je ne sors pas du lit pour faire quelque chose : je relègue les obligations au deuxième plan. Même si elles sont importantes. Mêmes si elles sont urgentes.

Je ne dis pas que j'y arrive toujours.

Puis je fais de l'exercice.

L'objectif n'est pas de se muscler. C'est une prolongation de la méditation qui inclut le corps.

De nouveau, je commence par ne rien faire.

Et je reviens toujours à ça : il n'y a rien à faire.

Pas de mouvement obligatoire. Pas de routine. Pas de décision.

Juste debout, vertical, détendu. Laisser venir.

Et l'action vient. Toute seule.

Dès que je sens que je me force ou que je tombe dans l'habitude... je reviens au rien. Car il n'y a rien à faire.

Oui, je sais.

C'est la partie que beaucoup de gens ont du mal à comprendre et c'est le cœur de mon propos :

Ça ressemble à une matinée extrêmement privilégiée.

Si on résume : je me lève quand je veux. Je traîne une heure au lit. Puis je fais du "non-exercice".

Et vous allez voir que la suite est pareille : j'écris mon journal en buvant mon café sans me forcer sur aucun résultat. Je laisse venir les prochaines actions.

Beaucoup diront :

"J'aimerais bien avoir des matinées comme ça ! Mais j'ai un travail ! J'ai X, Y, Z à gérer !"

Mais c'est justement ça, la clé. C'est la véritable prise de conscience – et il y en a deux en réalité :

Premièrement, je suis extrêmement productif. Plus qu'avant.

(Et oui, je suis papa, gérant et ma compta est rendue à l'heure.)

Mieux : si je compare mon activité aujourd'hui par rapport à ce que je faisais avant, quand je mettais un réveil et que j'étais dans les obligations du matin au soir : je fais plus de choses maintenant.

Et je commence à gagner mieux ma vie – même si c'est une période de transition pas évidente.

J'ai réalisé que les obligations – pas toutes mais une partie – n'étaient bonnes ni pour ma santé, ni pour mes finances.

Au contraire : les décisions qui ont amélioré ma situation ces dernières années sont toujours venues en présence, alors que j'avais autre chose à faire.

Idée que je résume par cette phrase :

La bonne action, simple, exécutée au bon moment, peut avoir plus d'impact dans ma vie que des semaines ou des mois de travail.

Si vous n'en êtes pas convaincu·e, relisez-la.

C'est la fondation du reste.

Les actions décisives changent tout. En mieux.

L'objectif est donc de trouver (et en réalité, de cueillir) ces actions.

Mais pour ça, il faut être présent. À l'écoute. Disponible.

Donc oui : la clarté est ma priorité absolue.

Avant d'avoir l'air occupé. Avant ce qui semble urgent.

Deuxièmement : c'est plus difficile qu'il n'y paraît.

Se lever en catastrophe pour gérer les obligations quotidiennes, finalement, c'est la facilité. La routine.

Pas besoin de se remettre en question.

C'est ce que j'ai fait pendant 40 ans.

On noie l'anxiété sous l'action en espérant qu'un jour, par hasard, on trouvera celle qui résoudra tous les problèmes.

Mais ce n'est jamais le cas – ou jamais pour longtemps.

Ce qui est vraiment difficile, c'est d'affronter l'anxiété sans s'agiter davantage.

C'est calmer la partie intérieure de soi qui veut se lancer dans l'action inutile pour faire taire la peur.

La matinée que je décris est destinée à faire exactement cela.

Mais ça ne s'est pas fait du jour au lendemain.

À chaque nouvelle étape, il a fallu affronter une pression sociale et un jugement intérieur.

Par exemple : je prends rarement des rendez-vous le matin.

Je me suis rendu compte que les heures après le réveil étaient les plus créatives.

Elles sont donc consacrées aux activités les plus importantes, celles qui mènent à la clarté :

La méditation, le journal, l'écriture.

Sauf qu'il a fallu mener un véritable combat intérieur avant d'accepter cette nouvelle consigne.

Je trouvais ça extrêmement complaisant.

Comme si je m'octroyais un privilège que j'allais payer plus tard. ("Il ne faudra pas venir pleurer !".)

Mais c'est exactement le contraire qui s'est passé.

La clarté du matin a tout démultiplié, personnellement et professionnellement.

Toutes les décisions qui m'ont permis de restructurer mon activité sont issues de là.

Je l'ai dit : la transition reste compliquée financièrement. Je suis dans une période où je dois faire très attention.

Mais la croissance est là : j'ai acquis plus de clients au cours des six derniers mois qu'au cours des six dernières années.

Ce que je fais prend une place bien plus importante dans la vie des gens – j'ai énormément de retours extrêmement positifs.

Je gagne ma vie en faisant ce qui est facile et naturel pour moi.

Je mange mieux. Je dors mieux. J'ai moins d'anxiété.

J'ai de meilleures relations avec les gens en général.

Je ne dis pas que tout cela est dû à ma routine du matin.

Mais cette routine est le meilleur reflet de ma décision de me concentrer sur ce qui est important.

Bien sûr, toutes les obligations ne peuvent pas être abandonnées.

Ce n'est pas toujours un arbitrage facile à faire.

Ce qui est certain : si vous ne commencez pas, ça ne se fera jamais.

Il ne s'agit pas de tout arrêter du jour au lendemain – surtout pas.

Il s'agit de réaliser que l'anxiété déguise souvent les petites tâches en urgences absolues.

Si on la laisse faire, tout devient grave. Tout devient urgent.

Rapidement, on est prisonnier des obligations.

On n'a plus jamais le temps de regarder au fond.

Or, c'est toujours là que se trouve la solution.

La vraie. Celle qui va tout changer.

Et rendre toutes ces obligations obsolètes.

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Faisons quelque chose ensemble !

C'est marrant, le jour où je publie la note "Routine du matin et transformation", tout se transforme.

Et précisément de la façon que j'avais décrite :

J'avais des obligations.

J'avais pas envie.

Plutôt que de me forcer (facilité), j'ai affronté la peur sous-jacente (pression sociale).

Pour quelqu'un de "sérieux" comme moi, c'est ça, la vraie difficulté. Ne pas faire.

À la place, j'ai analysé ce qui bloquait.

J'ai trouvé au fond de moi ce qui n'était pas aligné.

ET BOUM.

En une seconde, l'anxiété s'est transformée en joie.

La procrastination s'est transformée en excitation pour la suite.

L'action est venue toute seule.

Voici ce qui se dessine pour moi (et peut-être pour vous) :

On va faire quelque chose ensemble.

C'est la façon que j'ai trouvée pour rassembler toutes mes activités et être vraiment utile.

Mon problème était le suivant :

Comme vous le savez (ou pas), j'ai commencé comme producteur audiovisuel et c'était la mort.

On produit des films qui ne servent à rien quand toutes les décisions critiques ont été bâclées en interne.

Alors je suis remonté à la source : j'ai accompagné les fondateurs et entreprises sur la stratégie narrative, en amont.

Ça a très bien marché mais j'avais le problème inverse :

Les gens étaient convaincus sur le fond mais n'allaient pas au bout.

Une fois la stratégie livrée et moi parti... ils trouvaient un prétexte pour faire pareil qu'avant. Ou contourner le problème.

Et c'est bien normal : c'est dans l'action que se révèlent les résistances. Pas autour d'une table.

Or, encore à côté, j'ai cette chaîne personnelle où je ne parle que de ça : action et alignement. Comment passer à l'action. Comment faire. Trois vidéos par semaine. Une note par jour.

Et je ne vends rien.

On me demande régulièrement du coaching personnel que je refuse – je ne suis pas formé, je ne veux pas la responsabilité.

Et aujourd'hui : tout a fait clic.

Je vais tout rassembler en un seul accompagnement.

La stratégie, la présence et l'action.

Autrement dit : on va se mettre d'accord sur une action que vous allez faire. Publique. Qui vous fait peur.

Une présentation, une vidéo, une prise de parole, une intervention.

Il faut qu'il y ait un dénouement clair : on ne s'arrête pas à la production, on diffuse ! On montre ! On affronte !

Et je vous accompagne de A à Z. Pour l'instant, j'imagine ça en trois étapes :

  1. Source et histoire L'entretien de deux heures. Vous racontez votre parcours. Vos objectif. Vos blocages. On cherche là-dedans ce qui vous distingue. Ce que vous proposez que personne ne propose. Et que vous avez perdu de vue à force de tourner en rond.
  2. Présence et expression Ensuite, qu'est-ce qui vous empêche de raconter cette histoire simplement ? De convaincre ? Spoiler : ce n'est jamais un problème d'élocution ou parce que vous jouez avec vos mains. Il y a des croyances qui vous paralysent quelque part. On les trouve ensemble et on répète.
  3. Action ! On tourne la vidéo, on fait la présentation, on lance le live, on organise le concert ! Je suis à vos côtés, je ne vous laisse pas reculer. Non pas parce qu'il faut se forcer – surtout pas – mais parce que c'est au dernier moment que vont s'élever les résistances les plus profondes. Celle qu'on va gérer et qui, une fois apprivoisées, vont vous transformer.

Ce qui m'excite : je redeviens réalisateur – au sens de rendre "réel".

L'objectif n'est plus de produire un PDF ou une stratégie, mais bien d'agir, de produire quelque chose de concret.

La stratégie et la prise de parole retrouvent leur place naturelle : tournée vers un résultat.

Et je n'abandonne plus mes clients entre deux eaux une fois la direction trouvée.

Parce que je le dis suffisamment souvent : l'important n'est jamais intellectuel.

La vraie transformation se fait toujours dans l'action.

C'est pour ça qu'aujourd'hui je propose :

Faisons quelque chose ensemble.

Ça vous parle ? C'est le moment idéal de me donner votre avis.

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Construire l'action dans l'inaction

C'est probablement la clé de tout.

C'est ce qui bloque tout le monde.

Ça va être aussi l'occasion d'exposer ma routine du matin parce qu'on me la demande souvent et je dois admettre que – les bons jours – elle aide. Elle change tout.

Mais avant ça, première étape :

Ne faites rien.

Il n'y a rien à faire.

Respirez. Détendez-vous. C'est tout.

Oui, votre cerveau ne va pas vous laisser tranquille : "Il y a tel problème à gérer ! Tel rendez-vous à ne pas manquer ! Tel..."

Laissez-le causer. Il cause tout le temps. Il ne s'arrêtera jamais.

Oui, si vous êtes en retard pour aller chercher un enfant, allez-y !

Mais souvent votre cerveau invente des urgences, invente des tâches.

Remarquez-le. N'agissez pas dessus.

De manière générale, la bonne action n'est jamais intellectuelle.

Autrement dit : ce n'est jamais mon cerveau qui dit "tiens, on devrait faire ça" et j'exécute.

Sauf si c'est un rendez-vous mais dans ce cas, mon cerveau agit comme un agenda. Je n'obéis pas à une pensée, j'obéis à une obligation extérieure. Que j'ai acceptée à un moment – on espère pour de bonnes raisons.

Mais le reste du temps : non, ce n'est pas le cerveau qui choisit.

Ce n'est pas la pensée construite qui décide de la prochaine action.

D'ailleurs. Il n'y a rien à faire. À part se détendre et respirer.

On n'est plus tourné vers le futur. On laisse le cerveau blablater.

Puis... quelque chose jaillit.

Pas une pensée, non : une envie, un geste, un élan.

On le suit sans le juger, sans réfléchir, sans penser aux conséquences.

Puis on laisse le rien s'installer à nouveau. Car il n'y a rien à faire.

Un nouveau geste. Une nouvelle envie. Une image survient, pas liée aux obligations : une grand-mère qu'on n'a pas vue depuis longtemps, un paysage, une peinture.

On observe cette image sans la chasser ni la retenir. On sent que ça modifie quelque chose à l'intérieur. On se laisse transformer.

Puis rien. On accepte ce rien. On embrasse l'inaction.

On laisse ce rien s'étendre dans le temps.

Car il n'y a rien à faire.

Puis un nouvel élan. Quelque chose qu'on n'a jamais fait. Mais qui est simple, immédiat. Qui ne nécessite rien, ne requiert rien.

On agit.

Pour moi, c'est ça, la véritable action.

Celle qu'on ne réfléchit pas.

Et oui : j'ai fait des grandes choses comme ça.

Ce blog, ce site, les vidéos, le dessin, mes derniers films, mon activité de stratégie narrative qui me permet de gagner des sous en faisant quelque chose qui est naturel pour moi...

Toutes ces entreprises ont pris leur source dans des gestes immédiats qui n'étaient bâtis sur aucune logique.

Jamais mon cerveau ne m'a dit "c'est une bonne idée, tu devrais faire ça !"

En revanche, quand j'ai agi dans l'instant et que j'ai commencé, mon cerveau a suivi.

Il m'a aidé.

C'est ça qu'il faut comprendre : la pensée construite n'est pas la panacée ni un ennemi. C'est un outil.

La pensée ne dit pas la vérité. Elle explore intellectuellement ce que vous lui mettez devant les yeux.

La logique n'est pas une boussole. C'est une garde-fou.

L'intelligence ne prend jamais en compte l'intégralité de la situation. Elle ne travaille que sur le résumé ultra-restreint que vous faites de la situation.

Sur le papier, ça semble raisonnable.

Mais ça ne prend pas en compte la richesse de l'instant.

Pour ça, il faut faire confiance à l'intégralité de soi : au corps, à l'instinct, à l'intuition, à l'émotion. À la somme de ce que vous êtes.

Il faut se plonger dans le présent.

Attention : je ne dis pas que si vous agissez d'instinct, tout va se débloquer tout de suite.

La liberté ne s'acquiert pas du jour au lendemain.

Elle s'apprend, comme le piano.

Et même quand on l'atteint un peu, il faut l'entretenir. Faire ses gammes.

C'est ce que je fais avec ma routine du matin.

Mais comme cette note est devenue extrêmement longue, on fera ça dans la prochaine.

À lundi.

PS : L'épisode 4 de Panique dans l'Espace est sorti aujourd'hui !

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La vraie préparation

L'objectif de la préparation n'est pas de prévoir.

Ce n'est pas de répéter à l'avance ce qu'on fera le moment venu.

Ce n'est pas de restreindre sa liberté le jour J.

Au contraire.

L'objectif de la préparation est de se libérer.

Car rien ne se passera comme prévu – vous le savez bien !

Les gestes qu'on a répétés ne seront plus les bons.

Les documents qu'on a préparés deviendront obsolètes.

Le planning pensé au millimètre va tomber à l'eau.

Tout va partir en Volvo (😜).

Et pourtant :

Votre capacité à gérer ces imprévus dépendra entièrement de votre préparation.

Le temps passé à répéter ces gestes, à rédiger ces documents, à prévoir ce planning, sera la fondation incontournable pour trouver la bonne solution le moment venu.

Même si les documents eux-mêmes sont devenus inutiles.

Mieux :

Le fait que rien ne se passe comme prévu sera votre occasion de briller.

D'imposer votre vision, votre marque, votre histoire.

S'il suffisait de suivre le plan, tout le monde y parviendrait.

Mais pour trouver la solution que personne n'imagine, celle qui sublime l'obstacle, il faut avoir fait le travail.

Il faut s'être immergé dans le sujet.

Il faut avoir nourri son imaginaire, créé les connexions émotionnelles.

Il faut avoir eu la vision. Celle qui transporte, donne du sens.

Pour être capable, le jour J, de faire complètement autre chose.

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Adhocratie !

Ce mot ne vous dit sûrement rien.

Il a été inventé par Henri Mintzberg pour décrire les organisations qui se structurent autour d'un besoin ponctuel.

Les adhocraties ne reposent pas sur des schémas existants.

Elles ne s'appuient pas sur des rapports hiérarchiques codifiés.

L'organisation se décide ad hoc (d'où le nom).

Elles prennent la forme qu'elles ont besoin de prendre pour résoudre le problème qu'on leur demande de résoudre.

Puis elles disparaissent ou se transforment.

J'ai réalisé en parlant avec un réalisateur aujourd'hui que c'est sûrement mon nouveau cri de ralliement.

Tous mes projets sont des adhocraties.

(En tous cas, la plupart de mes anciens projets – ceux qui me plaisent – et la totalité des prochains.)

C'est-à-dire :

D'abord il y a le projet.

Il y a l'idée folle, le scénario, le défi.

Puis, couche après couche, on va bâtir le cadre, l'organisation, les ressources et l'équipe pour lui donner vie.

Il est impossible de savoir au début quelle forme prendra le travail à la fin.

Tout cela va se décider ad hoc, en fonction des circonstances et de la réalité du terrain.

La forme et le fonctionnement vont épouser les contraintes.

Oui, c'est la même idée que j'exposais sur le dessin hier : on découvre en faisant, et c'est ça qui est excitant.

Le cadre financier, humain et matériel n'est pas une limitation contre laquelle on se bat.

C'est une vague sur laquelle on surfe.

Et c'est de là que vient le plaisir.

L'organisation n'est plus une contrainte mais l'outil.

Tout le contraire de ce que je faisais avant :

On commence par le scénario. On cherche le producteur. Les coproductions. Le diffuseur. Les subventions. L'équipe.

Tout dans cet ordre. Chaque étape après l'autre. Chacun sous l'autorité du supérieur.

C'est une organisation industrielle où la machine "moule" le projet.

Chaque étape de la chaîne est connue à l'avance.

Toutes ont été apprises par les aspirants, en école ou sur le tas.

Et si votre projet ne rentre pas, ce n'est jamais la machine qu'on remplace.

C'est une intuition que j'ai depuis longtemps. À l'époque, je disais déjà : "réaliser, c'est produire".

Autrement dit, je comprenais bien que le travail du réalisateur ne commençait pas à neuf heures du matin le premier jour de tournage. Ni durant la prépa ou l'écriture.

L'organisation du tournage, le choix du planning, la façon de recruter les partenaires, le cadre financier et matériel...

Tout cela a beaucoup, beaucoup plus d'impact sur le film que n'importe quelle décision que pourrait prendre le réalisateur sur le plateau.

Si vous avez recruté des bras cassés, ou que la préparation n'est pas adéquate, il n'y a rien qu'on puisse dire ou faire avant de lancer la caméra pour éviter la catastrophe.

Or, plus je rencontre des producteurs, des réalisateurs, plus je vois des films... Plus j'ai l'impression que la créativité des projets est broyée par cette machine.

Elle est bien pratique pour certains décideurs qui ont pu industrialiser leur process.

Mais je crois qu'elle est mortelle pour tout le reste.

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Liberté créative

J'ai trouvé une nouvelle liberté en dessin.

Finalement, je n'ai fait qu'appliquer ce avec quoi je vous rabats les oreilles depuis le début :

J'ai arrêté de me concentrer sur la technique et j'ai créé les conditions pour être plus libre.

Parce que c'est ça, la valeur d'un artiste : sa liberté.

C'est la liberté qui entraîne la technique. Pas l'inverse.

On perfectionne un aspect de sa pratique parce que c'est là que nous mène l'envie.

Et non pas : j'apprends telle technique ad nauseam parce que "c'est les bases" et après on verra comment l'utiliser.

Il n'y a rien à apprendre. Ou plutôt : ça vient en faisant.

Je n'ai plus d'objectif quand je dessine.

Je ne me dis plus "je vais faire ça" – et après bloquer parce que je n'y arrive pas.

Je fais un premier trait. Sans trop réfléchir.

Puis ça me donne une idée. J'en fais un autre.

Et ça continue comme ça, jusqu'au bout.

À chaque trait, je suis excité de découvrir la direction que ça va prendre.

Et parfois, parce que j'ai envie, je fais cinquante fois la même chose.

C'est ça qu'on doit appeler "pratiquer".

Mais je ne me force jamais.

Sauf quand j'ai peur.

Peur de ne pas être assez doué. De ne pas faire assez bien.

Et il y a un autre type de peur que j'affronte régulièrement :

La peur de gâcher un dessin. De gâcher le papier.

Parfois, j'ai passé du temps sur quelque chose et je me dis "ouh là là, il faut que je fasse attention de ne pas tout gâcher."

Puis je me souviens : si, il faut tout gâcher.

Il faut que le prochain trait soit libre, fort, courageux.

Sinon, pourquoi je fais tout ça ?

Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ?

Pablo Picasso

J'ai créé un nouveau fil "carnet" pour mes dessins où je vais essayer de poster une fois par jour.

Je mettrai aussi bientôt le "dessin du jour" en-dessous de la "note du jour" sur la page d'accueil.

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Célébrer le laid

Peut-être pas célébrer le laid mais en tous cas, ne plus me laisser bloquer par "le beau".

J'ai posté mon deuxième poème hier soir.

Depuis plusieurs mois, j'écris de très courts poèmes en anglais que j'accumule dans mon téléphone.

"Écrire" n'est peut-être pas le mot : ils me viennent comme ça, en anglais. Ils sont très courts, deux ou trois lignes.

Puis un jour, je me suis dit : "pourquoi je ne les partage pas ?".

C'était couplé avec cette idée que j'aimerais vendre quelque chose.

Sur mon compte personnel, je reçois beaucoup de demandes de coaching personnel que je refuse. Je ne me sens pas la légitimité d'accompagner les gens ailleurs qu'en communication.

En revanche, depuis longtemps, j'aimerais vendre de l'art.

Je n'y suis pas légitime non plus. Mais ça me gêne moins.

Donc quand j'ai vu que j'avais presque quarante poèmes, je me suis dit "comment je pourrais partager ça ?".

L'idée est que je n'allais pas juste les taper à la machine (j'ai une machine à écrire que j'utilise pour certaines rares correspondances).

Je voulais ajouter "de l'art". Sous une forme ou une autre.

Et depuis deux jours, j'ai commencé à poster des poèmes tapés avec la machine que je barbouille ensuite au stylo plume et à l'aquarelle.

Le premier ressemblait un peu à quelque chose : j'avais fait un petit dessin.

Poème - Or I could just sit here

Poème n°1

Mais le deuxième, non.

Je le trouvais extrêmement laid. Au point que j'ai commencé à le froisser pour le jeter.

Poème - A voice had to speak up

Poème n°2

Puis à la dernière seconde, je me suis dit : "non". Je l'ai défroissé.

Le but n'est pas de faire beau. C'est de faire.

Si je commence à me poser des questions existentielles à chaque fois, je ne ferai jamais rien.

Ça m'est déjà arrivé d'être paralysé par la recherche de qualité. "Ce n'est pas assez bien, ce n'est pas assez beau."

Je fais et refais jusqu'à "passer la barre".

Puis j'abandonne.

Je m'en suis rendu compte physiquement au moment de dessiner.

Parce qu'il faut savoir que pour taper le poème à la machine, ça me prend du temps.

Non seulement je dois taper chaque lettre deux ou trois fois pour qu'on la voie bien, mais je reprends souvent le tout pour des raisons de centrage et de mise en page.

Alors quand je prends mon stylo plume pour ajouter une couche que je ne pourrai pas effacer, une petite peur s'installe.

Il faut faire bien. Il ne faut pas tout gâcher.

Sauf que non : il faut absolument tout gâcher.

Je ne veux pas avoir peur.

Donc pour les deux premiers, j'ai pris la décision suivante : je vais les poster comme ça.

Je ne vais pas les reprendre. Je ne vais pas retomber dans une quête perfectionniste absurde.

Je vais les poster et je vais avancer sur les autres.

Et oui : je vais les vendre.

Je vais bientôt proposer des prints et des ventes d'originaux.

Même si c'est du barbouillage. Même si le papier n'était pas fait pour recevoir l'aquarelle et gondole.

Je persiste et signe. Et vends.

Et puis c'est tout.

PS : L'épisode 3 de ma websérie "Panique dans l'Espace !" sort aujourd'hui ! Comment résoudre une intrigue intergalactique avec la gueule de bois ? Voir le nouvel épisode ici →

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Jalousie professionnelle

Ma jalousie professionnelle a presque entièrement disparu.

Je ne me sens plus en compétition avec personne.

Il est possible qu'autrefois, quand j'entendais parler d'un réalisateur de mon âge qui sortait un long métrage, qui gagnait un prix, ou qui réussissait quelque chose, une partie de moi était à vif.

Pourquoi eux et pas moi ? C'est injuste, c'est pas mérité !

Leur film n'est même pas bien !

Si le film était vraiment bien, ça m'apaisait un peu.

Une autre partie de moi était sincèrement heureuse que le film existe et la jalousie s'effaçait derrière une forme de reconnaissance.

Mais la plupart du temps, je trouvais que tout était de la bouillie, que tout se ressemblait, et dans cette masse indistincte, je ne voyais pas comment j'allais tirer mon épingle du jeu.

Maintenant, ça va mieux.

Je n'essaie plus de tirer mon épingle du jeu.

Ce qui est devenu réellement important pour moi, c'est d'exprimer exactement ce que je veux exprimer.

Et dans ce jeu-là, je ne suis en compétition avec personne.

Personne ne peut faire ce que je fais.

On ne peut rien me voler.

Et surtout, je n'ai besoin de personne.

Le but, autrefois, c'était de trouver des moyens.

Un producteur, des subventions, un distributeur...

Tout cela obligeait à rentrer dans un certain cadre, à faire partie d'un certain milieu.

Et je crois que c'était ça, l'objectif caché : faire partie d'un milieu.

Être reconnu par certaines personnes dans un certain domaine.

Exister dans le monde du cinéma.

Cette ambition a complètement disparu.

Je ne la trouve plus nulle part en moi.

Ma seule envie : fabriquer.

Je peux commencer maintenant, avec les amis qui sont là.

Pas pour faire une maquette ou une preuve de concept qui servira de "carte de visite" pour la suite.

Non : faire ce que j'aime. Tout de suite.

Pour moi et pour ceux à qui ça plaira.

"Mais certains films nécessitent des moyens ! C'est pour ça qu'on doit passer par les gardiens du temple."

J'ai réalisé que non.

Ce que j'ai à raconter, si je vais chercher au fond, n'est jamais lié à des moyens, à des lumières, à des décors.

Je peux le raconter avec ce qu'il y a ici. Avec cet accessoire, avec ce passant.

Non seulement je peux mais c'est l'unique façon de le faire.

Tout le reste était une illusion depuis le début.

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Perfection et contrôle

On sait tous que la perfection n'existe pas.

Pourtant, sans s'en rendre compte, on la laisse pourrir notre quotidien.

Par exemple : la critique.

La "critique bienveillante", c'est quand on pointe à quelqu'un quelque chose qu'il fait mal.

Pour qu'il s'améliore, vous voyez.

Et l'idée est la suivante : quand il aura amélioré ça, il sera mieux. Sa vie sera plus agréable. Sa maison sera plus propre. Son travail aura plus de succès.

Et quand il aura terminé, on pourra pointer vers le prochain défaut.

Comme ça, petit à petit, grâce à nous, cette personne atteindra la perfection.

Comment on est gentil !

Il y a deux choses qui m'embêtent dans cette idée.

D'abord, souvent, les actions ne sont pas indépendantes.

On ne peut pas transformer une partie de la vie sans impacter le reste. C'est un tout.

La façon dont on gère "mal" un aspect vient parfois de la même source qu'un autre comportement que les gens adorent.

Ils veulent le bien sans le mal.

J'adore que tu sois si costaud mais j'aimerais que tu passes moins de temps à la salle.

C'est super que tu sois créatif mais ce serait bien que tu sois plus structuré.

J'adore que tu sois en vie mais est-ce que tu pourrais respirer moins fort et ne pas tomber malade ?

Ensuite, quelle est notre raison de pointer les défauts des autres ?

Par gentillesse ? Par altruisme ? Pour améliorer le monde ?

Dans le meilleur des cas, c'est pour notre confort personnel.

Le bruit nous gêne. On n'aime pas le désordre. On trouve la conversation désagréable ou gênante. On préférait que ce soit autrement.

Mais souvent, c'est une question de contrôle.

On veut ramener dans le rang ceux qui ne font pas comme nous.

On a besoin que tout le monde adhère à la vision du monde qu'on a choisie. Sinon, ça veut dire qu'il en existe d'autres et qu'on s'est peut-être trompé.

On fait de grands sacrifices, et on supporte mal que d'autres paradent leur insouciance sans avoir fait les mêmes.

On a défini un cadre très strict pour réguler comment les autres peuvent être différents. Certains écarts sont autorisés, sous réserve que certaines conditions soient remplies.

Mais on ne fait pas ça pour nous, bien sûr.

On fait ça pour aider.

Parce qu'on vous aime.

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L'équilibre à chaque instant

Je savais jamais trop quoi foutre.

C'est Jackie Berroyer qui m'avait dit "à partir d'un certain âge, il faut faire du sport sinon on s'effondre." Lui, il va tout le temps à la piscine.

Alors le matin, j'ai cherché une routine.

(Non, ce n'est pas une note sur le sport, vous allez voir.)

Des pompes ? Des abdos ? Sauter comme un crétin ?

J'ai acheté des haltères. Pour voir. Comme un crétin.

J'ai regardé des vidéos internet. On met le genou devant et on se penche en avant et pfff.

Puis un samedi matin, après une méditation particulièrement profonde, je me suis dit que c'était comme partout ailleurs dans la vie :

Il faut se lancer et découvrir par soi-même.

Je vais faire ce qui a du sens pour moi à ce moment-là.

D'abord : est-ce que j'arrive à me tenir droit ? Bien droit ?

C'était plus difficile que prévu.

Mais surtout, je me suis rendu compte que pour juger de ma rectitude, il fallait que mon attention se porte sur chaque partie du corps. Les pieds. Les cuisses. Les bras. Le dos.

Là, j'ai réalisé que je n'étais pas ancré dans le sol. J'ai posé mes pieds bien à plat pour vraiment sentir le sol sous mes pieds.

Je ne vais pas vous décrire le reste de la séance, mais en résumé :

J'ai découvert l'activité de "bouger en présence".

Rien n'est prévu. Aucun exercice n'est obligatoire.

Je me contente de laisser mon attention se poser sur la partie du corps qui réclame. Et je fais ce qu'elle demande.

Je l'étire. Je la bouge. Je l'appuie.

Je réalise vite que pour étirer mon bras, il faut que mon épaule soit baissée, sinon mon dos se cambre.

Je réalise qu'en pliant légèrement les genoux, je sens davantage ma verticalité, ce qui rend plus facile de bouger la tête.

Je réalise comment chaque partie du corps est liée aux autres.

Pour sentir et mobiliser ce lien, je bouge plus lentement.

Là, mon regard croise un miroir :

Je suis en train de faire du kung fu ! Ou du Tai Chi !

Je suis dans une de ces positions qu'on voit dans les films ou dans les parcs.

Et voilà la leçon non-sportive de tout ça, celle qui a éclairé mes journées récemment :

Il y a quelque chose qui se produit lorsque je ne réfléchis plus en terme d'exercice ni de position.

Lorsque je suis présent à chaque instant.

Il n'y a plus de position A, de position B, ni de transition.

Chaque geste est une position d'équilibre.

Autrement dit : quoi que je sois en train de faire, si quelqu'un entre dans la pièce et crie "Stop !", je dois pouvoir m'arrêter dans la position où je suis en parfait équilibre.

Sans tomber. Sans résister. Ça doit être facile.

Ça m'a permis d'expérimenter dans mon corps une idée que j'avais déjà comprise dans la vie : il n'y a pas de transitions.

Il n'y a pas de moments "inutiles" entre deux moments importants. Tout est présent. Tout compte.

Quel que soit le moment de la journée, si quelqu'un crie "Stop !", je dois être dans une position de parfait équilibre.

Posé. Présent. Sans résistance.

Je pourrais rester dans cet instant indéfiniment.

Même dans la chaleur du métro. Même dans l'inconfort de l'attente. Même dans le stress ou la tension.

À chaque instant, je cherche le micro-mouvement mental qui me libère.

Je cherche l'attachement qui me contraint.

Je cherche l'illusion qui me fait croire que cet instant ne compte pas.

Et je lâche prise.

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La source de la procrastination

Ma dernière vidéo sur la procrastination a généré beaucoup de questions qui entraient dans deux catégories : exemples et solutions.

Exemples

Certaines personnes ont eu du mal à comprendre de quoi je parlais.

Quel serait ce "problème de fond" auquel on ne s'attaquerait pas et qu'on préfèrerait éviter en "se jetant dans l'action inutile" ?

Trois exemples sortis de mon imagination :

  1. Se lancer dans le travail pour ne pas confronter ses choix de carrière. On a choisi son métier par défaut, ou sur exhortations de papa-maman, ou juste pour l'argent. On essaie d'ignorer les signaux quotidiens qu'on fait fausse route en s'abrutissant par le travail, la routine ou les addictions.
  2. Démarrer un projet pour éviter une émotion ou une situation. J'ai ressenti de la colère, de la jalousie, de la tristesse, de la peur, du deuil. Quand j'ai vu poindre cette émotion, plutôt que de l'accepter et de la vivre, j'ai mis en branle tout un plan d'action dont le seul objectif (caché) était de ne pas me trouver seul·e avec elle. Dès qu'elle revient, j'accélère.
  3. Résoudre les problèmes de surface plutôt que les problèmes de fond. Depuis l'enfance, j'ai un problème avec l'argent, ou avec l'amour, ou avec la bouffe. Et plutôt que de chercher la source de cette tension et soigner la cause profonde, je passe mon temps à trouver de nouvelles solutions coûteuses (en énergie, en temps ou en argent) pour gérer les symptômes à mesure qu'ils apparaissent.

Il y en aurait d'autres.

Solutions

Toujours la même pour moi : la présence.

Trouvez-la de la façon que vous voulez – moi c'était la méditation et le journal – mais il en existe plein.

L'objectif est grosso modo le suivant :

Quand vous sentez une émotion, une tension, une gêne ou un obstacle s'élever, ne vous réfugiez pas immédiatement dans l'action.

Si chaque matin, la même peur revient. Si à chaque tâche, la même résistance s'élève. Si tous les jours, la même anxiété point...

Le travail, les projets et l'agitation ne sont pas forcément la solution.

Il ne s'agit pas d'arrêter ce que vous faites. Pas du tout.

Simplement : passez un peu de temps avec ces émotions.

Une minute. Cinq, si vous avez le temps.

Comment se manifestent-elles ? Sont-elles associées à une tension dans le corps ou à une douleur ? Y a-t-il des pensées ou des idées récurrentes qui les accompagnent ?

Et c'est tout. Continuez votre journée.

Il est probable que beaucoup de choses que vous faites dans la vie sont réactives.

C'est-à-dire que vous les avez mises en place à un moment pour éviter d'affronter un problème ou une émotion.

En prenant quelques minutes pour gagner en familiarité avec ce qui se passe à l'intérieur, vous aurez moins besoin de mettre en place des solutions inutiles à l'extérieur.

Et comme je dis toujours : ce n'est pas un travail intellectuel.

Il n'y a rien à comprendre. Pas de grande décision à prendre.

C'est juste une habitude à développer :

Contempler quelques instants l'émotion qui s'élève au lieu de chercher immédiatement à la résoudre.

Observer une minute la résistance ou l'anxiété qui point avant de chercher à la chasser.

C'est tout.

Le reste se fera tout seul.

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Le design et le prophète

Mon rapport à la communication a été transformé quand j'ai compris et intégré ce que j'appelle la première règle du design qui, selon moi, est valable partout :

Toujours mettre le plus important en premier et en très, très gros.

Elle n'est pas très compliquée et pourtant, tout le monde se plante.

Elle est construite sur une idée simple : les gens s'en foutent.

De votre site, de votre business, de votre idée.

J'avais même lu dans un article sur le design de site web le conseil suivant :

Imaginez que vos visiteurs vont passer sept secondes sur votre site web, et qu'ils sont ivres morts.

Donc tout ce qui n'est pas très très clair, et écrit en très très gros, va passer à la trappe.

Puis je me suis rendu compte que c'était valable partout ailleurs.

Dans les articles, les notes, les affiches, les dessins, les discours, les présentations, les relations...

C'est l'un des objectifs de mes accompagnements : aider les gens qui sont très doués dans ce qu'ils font à trouver les deux phrases qui racontent leur valeur.

On est bien d'accord que l'essentiel du travail n'est pas là.

Le véritable travail, ce sont les années de construction qu'il a fallu pour mettre au point le socle de connaissance et de savoir-faire qu'on propose.

Pourtant, sans ces deux phrases... le vrai travail peut passer inaperçu.

Et ne servir à rien.

C'est le lien que j'ai fait ce matin avec les prophètes.

Souvent, les prophètes sont accusés de mentir.

"Il a dit telle chose à untel, et complètement autre chose à telle autre personne. Il n'est pas consistant, il ment !"

Mais ce que les exégètes nous expliquent, c'est que le prophète dit à la personne la vérité qu'elle a besoin d'entendre à ce moment-là.

Tout le monde n'est pas au même niveau de développement. Tout le monde n'a pas les mêmes résistances.

Le rôle du prophète est de faire passer la personne en face de lui au niveau supérieur.

Pour cela, il va dire les mots appropriés. Qui ne marchent que pour cette personne. À ce moment-là.

De la même façon que le professeur de maths n'explique pas les vecteurs avec les mêmes mots en cinquième qu'en math sup, le prophète adapte son discours pour déclencher l'action.

C'est un problème qui me passionne.

La connaissance ne suffit pas. La vérité ne suffit pas.

Si vous lâchez la vérité pleine et entière sur la tête d'un passant, vous l'assommez. Et il vous en voudra.

Même si cette vérité est bonne pour lui. Même si elle peut lui sauver la vie.

La vérité n'a aucune valeur par elle-même. Elle dépend entièrement de comment elle est transmise.

En cela, nous sommes tous un peu des prophètes.

Nous avons tous compris quelque chose qui pourrait aider notre prochain.

Mais souvent, nous ne savons pas le communiquer.

Nous sommes aveuglés par l'idée que la vérité se suffit à elle-même.

Qu'une fois mise à nu, elle éblouira tout le monde et sera unanimement adoptée.

Rien n'est plus faux.

Tout se joue dans la relation, dans l'instant.

Dans le choix des deux phrases que je vais dire.

Pour aider cette personne-là.

Ici et maintenant.

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Le goût des autres

Un matin, j'ai eu la réalisation suivante :

Je me soucie trop de l'opinion de gens qui ne sont pas dans ma vie.

Écouter les gens autour de soi : bien sûr !

Il ne s'agit pas d'obéir au doigt et à l'œil mais de prendre en compte.

C'est souvent ce qui arrive quand je fais un film : comme je suis très influençable, les gens de l'équipe laissent vraiment leur marque dans le projet.

Et je trouve ça très sain.

Je dirais même que c'est l'essence de la présence : se laisser toucher par ce qui est là. Ne pas rester hermétique aux choses.

En revanche, il y a eu une (longue) période de ma vie où j'ai réalisé que je m'empêchais de faire des choses parce que je craignais le jugement de gens qui n'étaient pas là.

C'est cette dernière partie qui est importante : ces gens n'étaient pas dans ma vie.

Je ne les croisais pas le matin, on ne s'appelait pas le soir.

Des fantômes. Des présences désincarnées que je faisais vivre dans mon imagination.

Parfois sans m'en rendre compte.

J'avais envie de faire quelque chose parce que j'étais curieux, excité, motivé, puis je sentais comme un blocage.

"Je ne devrais pas. C'est mal, pas drôle, pas correct, pas malin, pas..."

Alors je ne le faisais pas.

Quand j'ai commencé à méditer et à écrire un journal, j'ai cherché la source de ces obstacles.

Et je me suis rendu compte que je projetais sur mes actions des bribes de jugements que j'avais intériorisés.

Venus d'anciens professeurs, de famille, d'anciens amis, de célébrités (que je n'avais parfois jamais rencontrées) mais qui avaient dit quelque chose à la télé.

Ces conseils énoncés par des étrangers étaient devenus sans que je m'en rende compte des règles de vie, des barrières à l'action.

Le plus frappant, c'est comment on peut suivre inconsciemment les consignes de gens qu'on n'admire pas.

Il ne s'agit pas de confiance mais d'autorité, d'admiration, de peur.

"Aucune partie de moi n'a envie de devenir comme cette personne et pourtant, je fais ce qu'elle me dit."

Voilà ce que j'ai réalisé.

C'est maintenant une question que je me pose régulièrement avant de prendre en compte un conseil, un jugement, une critique.

Est-ce que j'admire cette personne ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui brille en elle que j'aimerais voir briller en moi ?

Mais surtout :

Cette personne est-elle dans ma vie ?

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Pas de barrière

Il n'y a pas de barrière. Il n'y a jamais eu de barrière.

C'est une phrase d'Osho que je me répète souvent.

Parfois, je suis en mode panique.

Je n'ai pas assez dormi. J'ai une obligation que je ne peux pas éviter. J'ai mal quelque part. Etc.

Et il y a souvent un fond de culpabilité : je considère que c'est ma faute. Je mérite ce qui m'arrive.

Dans ces moments-là, il est très dur d'être présent.

Méditer ou trouver la clarté n'est pas la priorité.

Pas le temps. Pas la disponibilité.

Il faut d'abord résoudre le problème.

C'est pour ces moments-là que je garde cette phrase au chaud :

Il n'y a pas de barrière. Il n'y a jamais eu de barrière.

Autrement dit : aucun obstacle ne m'empêche d'être présent tout de suite, quelle que soit la situation.

Cela ne nécessite pas de travail, pas de temps, pas d'entraînement.

En prenant conscience des émotions qui m'animent, je deviens présent instantanément.

Pas besoin de méditer des heures. Pas besoin de "prendre un moment". Je passe de l'autre côté en une fraction de seconde.

Comme si je faisais un pas de côté et que, d'une simple décision, je pouvais observer mes émotions de loin.

D'un coup, je ne suis plus emporté par le courant. Je vois le flot.

La panique est toujours là. L'anxiété n'a pas disparu. Mais elles ne me submergent plus.

C'est ça, la présence : ce pas de côté qui change la perspective.

Ce n'est pas chasser les émotions dont on ne veut pas.

Ce n'est pas se sentir aussi libre et disponible que les "bons" jours.

Ce n'est pas supprimer les pensées parasites pour trouver la clarté.

C'est simplement prendre conscience de ce qui est là.

Le stress. La confusion. La tristesse. Le bien comme le mal.

Et c'est absolument immédiat. C'est absolument sans effort.

C'est une décision. Qu'on peut prendre n'importe quand.

Car il n'y a aucune barrière. Il n'y en a jamais eu.

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Méditer sans moi

C'est sans doute la méthode qui m'a fait le plus progresser...

Même si je ne saurais pas bien l'expliquer.

Parfois, je médite "sans moi".

J'entends mes pensées, mes envies, mes inquiétudes.

Mais ce n'est pas moi. Ce ne sont pas les miennes.

J'ai conscience qu'elles viennent de mon cerveau. Je sais que si je souhaitais, je pourrais les prendre en compte, agir.

Mais non.

Elles sont du contenu sans plus d'importance que le reste.

Elles sont au même niveau que la lumière qui vacille ou le klaxon qui résonne : des phénomènes que je perçois, oui, mais qui ne m'appartiennent pas. Sur lesquels je n'ai aucun contrôle.

Je crois que les bouddhistes appellent ça Anatta : pas moi, pas mien.

Rien de ce qui survient n'est lié à moi.

Ou plutôt, pendant un moment, je reconsidère le lien avec mes pensées, mon corps, mes émotions.

Et je réalise que ce lien est une fabrication. Une habitude.

Que la relation de propriété et d'appartenance est une illusion.

D'ailleurs, quand je cherche ce fameux "moi" lors de la méditation, et qu'un gros camion passe dans la rue, je ne trouve à l'intérieur rien d'autre que le bruit du camion.

Pendant dix secondes, je suis ce bruit. Et c'est tout.

Puis je deviens le chant de l'oiseau. La tension dans le coude. La pensée sur mon travail. L'odeur du plancher...

Il n'y a plus de moi.

Et c'est extrêmement reposant.

L'entité qui avait tous ces problèmes n'existe plus.

La personne qui portait cette angoisse, qui gérait ces responsabilités, qui souffrait de ces insultes, cette personne-là s'est dissoute.

On ne peut plus lui faire de mal.

Elle est devenue le vent, la tempête. Le bruit de l'eau. L'odeur du pain.

Une succession d'expériences qui n'a pas de centre.

Qu'il est donc impossible de blesser.

Qui ne peut plus être en avance ou en retard pour quoi que ce soit.

Qu'on ne peut plus blâmer pour rien.

Qui est là, c'est tout.

Qui existe.

Sans moi.

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Le détail qui change une vie

En anglais, on dit :

The way you do anything is the way you do everything.

En français, on pourrait traduire maladroitement par :

La façon dont tu fais la moindre chose est la façon dont tu fais tout.

Je le sais depuis longtemps. Mais récemment, je me rends compte à quel point c'est omniprésent.

Quelques exemples.

Dans un commerce ou un restaurant, si un truc va de travers, c'est rarement le seul problème. C'est généralement le début d'une longue série. Dans une émission, un critique qui visitait un hôtel disait qu'il n'y avait que deux types d'établissements : ceux qui montent, et ceux qui tombent. Et pour l'un comme pour l'autre, ça se voit partout. Donc la porte d'entrée qui coince est souvent le signe que le réceptionniste sera désagréable et que la chambre sera sale.

Quand une personne fait une démonstration de colère, de violence, ou d'agression, quel que soit le flot d'excuses qui suit, on peut être certain que ce n'est ni la première, ni la dernière fois. C'est pour ça que la personne qui manque de t'écraser en voiture va aussi souvent t'engueuler. La conduite n'est pas la seule chose qu'elle fait mal. Ça fait partie d'un motif de vie qui s'exprime partout.

Quand tu regardes un film, une pièce ou une fiction, si les premières répliques sont téléphonées, si les premières interactions sont artificielles, ça se rattrape rarement dans la suite. C'est particulièrement visible dans les séries écrites par des pools d'auteur : l'épisode qui commence de façon poussive s'améliore très rarement. Alors que celui qui touche juste dans la première minute finit souvent en apothéose.

Enfin, dans ma vie, il n'y a aucune personne arrivée en retard à un premier rendez-vous avec laquelle le travail se soit bien passé dans la suite. Ce premier retard était l'annonce de tous les retards suivants – et je ne parle pas que d'horaires.

Et je me rends compte à quel point c'est vrai dans le déroulement d'une journée, également.

La façon dont je me lève, dont j'interagis avec la brosse à dents ou avec le café, l'empressement ou le calme avec lequel je descends ma rue, tout cela révèle où j'en suis.

Le moindre geste expose mon attitude et donc le reste de ma journée.

Et lorsqu'on comprend cela, on réalise que tout compte.

La moindre action. La moindre pensée. Le plus petite interaction.

Si je ne suis pas présent maintenant, je ne le serai jamais.

Et inversement : si je veux changer ma vie, je peux (et je dois) commencer par le plus petit détail, que je vais accomplir extrêmement bien.

Qui deviendra le reflet et le modèle de tout le reste.

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La vitesse supérieure

Si on ne cherche pas à aller vite, est-on condamné à avancer lentement ?

Si on ne poursuit pas un objectif, reste-t-on forcément inactif ?

Au contraire.

La vitesse, comme l'action, se saisit.

Elle s'attrape au vol.

En étant présent, à l'affût, libre.

Ni distrait par le passé, ni aveuglé par le futur.

Détaché du film de ses propres pensées.

Attentif.

Acceptant l'inaction.

Puis un chemin apparaît.

Un alignement soudain entre les circonstances extérieures et la disponibilité intérieure.

Qui n'était pas là la seconde précédente.

Que personne d'autre ne voit.

Qui est fait pour soi.

On se lance.

Pas de discours. Pas de plan.

Il ne s'agit pas de se mettre à réfléchir.

Car la route n'est pas tracée.

Elle se révèle à mesure qu'on avance.

Il y a des bifurcations, des fausses pistes, des pièges.

Mais l'itinéraire devient toujours évident.

Tant qu'on avance.

Tant qu'on ne réfléchit pas à la prochaine étape.

La vérité apparaît dans l'action.

Au dernier moment.

Vu de l'extérieur, certains diront que vous allez vite.

Vu de l'extérieur, certains diront que vous avez un but.

Certains diront "j'aimerais aller vite comme lui".

Et d'autres : "j'aimerais avoir un but comme elle".

Alors ils se concentreront sur le but, sur la vitesse.

Ils réfléchiront à des moyens, à des solutions.

Ils chercheront le même chemin que vous.

Qui n'était jamais fait pour eux.

Ils se poseront des questions.

"Dois-je m'améliorer ? Me transformer ?"

Ils seront perdus dans leur tête.

Ce n'est pas grave.

Il y a une infinité de chemins.

Partout. Tout le temps.

Quand ils reviendront dans le présent, ils verront le leur.

Comme vous pourriez voir le vôtre maintenant.

Devant vous.

Juste derrière vos pensées.

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Les métiers qui n'existent pas

J'ai arrêté de penser à moi comme étant "réalisateur".

Ce n'est pas un métier.

Je fais des films, oui.

Mais je ne me sens pas nécessairement proche des autres réalisateurs.

Utiliser une caméra, des lumières et tout le tintouin n'est pas un point commun suffisamment fort pour créer un sentiment de communauté.

Ce qui m'intéresse, c'est le sujet. Ce que les gens ont à dire. Leur process en tant qu'artiste.

Ce qui, finalement, ne dépend pas du métier.

En cela, un réalisateur qui ne ferait que des films de cuisine serait pour moi plus proche d'un cuisinier ou d'un critique gastronomique que d'un autre réalisateur.

Le cinéaste passionné de crimes aurait plus de choses à dire au romancier ou au policier qu'au réalisateur de comédies.

Quant à celui qui mise tout sur l'improvisation, sur la création organique, il n'aurait probablement pas beaucoup d'atomes crochus avec celui dont chaque scène est storyboardée au millimètre.

Je rencontre beaucoup de réalisateurs auxquels je n'ai rien à dire.

Je vois beaucoup de films dont je n'ai rien à faire.

Ce qui me surprenait, au début. On fait la même chose, pourtant ? On fait partie du même milieu ?

Mais en fait, non. Pas du tout.

Et je pense que c'est la vérité pour beaucoup de métiers, surtout dans la création.

Le fait d'utiliser des outils communs pour produire des œuvres qui portent un même nom générique ne garantit pas la compatibilité.

Entre deux auteurs, deux peintres, deux artistes, il peut y avoir un monde.

À moins de vraiment parler boutique.

"Quel logiciel tu utilises ?" "Quelle caméra ?" "Quel pinceau ?"

Mais très vite, la conversation s'arrête parce que sur l'important, il n'y a pas forcément de connexion.

L'équivalent artistique de parler du temps qu'il fait.

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Commencer maintenant

Qu'est-ce qui vous en empêche ?

"Ah, mais il faut d'abord que..."

"Je ne peux pas m'y mettre tant que..."

"Je dois attendre d'avoir un..."

Les obstacles extérieurs ne sont que la manifestation visible de vos barrières intérieures.

Si vous étiez prêt·e, vous n'auriez besoin de rien.

S'il vous manque quelque chose, c'est qu'un travail intérieur est nécessaire pour vous aligner.

Rien ne justifie de retarder ce travail-là.

Il ne nécessite rien.

Il ne deviendra pas plus facile avec le temps.

Toutes les conditions sont déjà réunies.

Vous pourriez le faire tout de suite.

D'ailleurs, c'est ça, le vrai travail.

Le reste, tout le reste – la mise en route, l'exécution, la collaboration, la promotion... – ne sont que des conséquences de ce travail intérieur que vous pourriez démarrer en cet instant.

Quelle que soit l'ampleur de la tâche.

Quelle que soit son importance dans votre vie.

Le premier pas, le plus important, est immédiatement accessible.

C'est le seul qui compte.

Et il ne nécessite rien. Rien !

Alors, qu'est-ce qui vous en empêche ?

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Jeûne et liberté

Non, ce n'est pas un nouveau post sur le jeûne.

C'est une réflexion sur la liberté.

Ce matin, après avoir emmené mon fils de quatre ans et demi au centre aéré, j'étais... fatigué.

J'ai essayé d'enclencher la journée comme d'habitude mais ça ne prenait pas.

Le journal était creux. Rien d'intéressant ne venait.

Il aurait été facile d'écrire une note – j'aurais pris un sujet au hasard dans mon journal et j'aurais brodé. Mais je n'écris plus si rien ne vient. Je ne veux pas que ça devienne un exercice creux.

Donc je n'ai rien fait.

Et toute la journée s'est déroulée un peu comme ça. Mollement.

J'ai quand même fait ce que j'avais à faire. Mais la création est restée au placard jusqu'en fin d'après-midi.

Quand mon fils est à la maison, le timing n'est pas le même. Quand j'essaie de calquer sur ce que je fais d'habitude, ça ne marche pas.

Normalement, je commence mon journal après une heure de méditation et d'exercice. Je suis présent. Ça fuse.

Quand mon fils est là, je suis 100% avec lui. Ce qui est une forme de présence aussi, mais pas la même.

Je suis disponible pour lui, à son service. Ce qui me permet d'enchaîner facilement sur les obligations (être disponible pour mes clients, pour la compta). Mais pas pour créer.

Je crois que mon erreur est de vouloir passer de l'un à l'autre trop rapidement.

Finalement, la méditation n'est pas ce qu'on fait pour commencer la journée.

C'est ce qu'on fait pour devenir plus présent.

Donc demain, je vais essayer de prendre un moment après avoir déposé mon fils au centre aéré.

Parce que je crois que c'est un peu comme le jeûne :

Quand on commence, au début, le corps n'est au courant de rien. Le foie, le pancréas, le cerveau, tous les organes ont besoin d'un long moment pour enclencher la machine.

On a faim. On se sent faible.

Mais quand on jeûne régulièrement, tout passe beaucoup plus vite. C'est presque invisible.

C'est pareil pour la liberté, je pense.

Au début, il me fallait des heures, parfois des jours, pour passer d'un état d'anxiété et d'urgence généralisé à un calme plus propice à l'action. Maintenant, c'est souvent très rapide.

Mais ce matin, je ne me suis même pas donné l'occasion de ça. Je ne me suis pas laissé de temps de transition.

Or, à tous les coups, je réalise que c'est le plus important.

Quand le doute ou l'anxiété survient, il ne faut pas accélérer.

Il faut méditer. Revenir en présence.

Et l'action suivante vient toute seule.

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Manger une fois par jour

Si vous m'aviez parlé de ça il y a quelques années, je vous aurais traité de fou.

Mais maintenant... c'est devenu presque normal.

Ça s'est fait par étapes et ça a commencé il y a quelques années par la réalisation suivante :

Je suis toujours en train de digérer.

Voilà ce dont je me suis rendu compte un soir en lisant un article. Mon système digestif est toujours plein.

Manger était la première chose que je faisais le matin, souvent la dernière chose que je faisais le soir, et j'imaginais bien comment mes organes pourraient en avoir un peu marre.

Surtout que nos ancêtres ne mangeaient pas autant, paraît-il. Et je voyais bien comment cette idée de "trois repas par jour" pouvait avoir été inventée par des industriels intéressés par autre chose que notre santé.

J'ai essayé le jeûne intermittent. Pour voir.

Un peu comme quand j'avais arrêté la viande : l'idée n'était pas d'arrêter mais de voir ce que ça faisait. Après tout, on ne peut pas dire qu'on a choisi un style de vie si on n'a pas essayé l'autre. Alors essayons.

Et ça a été... extrêmement facile.

Beaucoup plus que prévu.

Je dîne tôt, vers 19h, puis, à part les cafés du matin, je ne mangeais rien de solide jusqu'à midi le jour suivant.

Soit environ 16 heures de jeûne.

Et non, je n'étais pas fatigué.

Avant le confinement, je faisais même du jiu jitsu brésilien le matin. Avec le ventre vide. J'étais nul, oui, mais pas faible.

Et si j'avais vraiment faim certains matins, je mangeais. Mais ça arrivait de moins en moins.

Puis récemment, je suis passé à l'étape au-dessus.

Je n'arrêtais pas de lire des trucs sur les bénéfices du jeûne de temps en temps. Un jeûne par semaine, ou deux par mois.

D'autant que je mange assez mal – même si j'ai fait des progrès.

Je me suis rendu compte que je faisais partie de la grande famille des personnes insulino-résistantes : trop de sucre, trop de féculents, pics glucidiques, réveil la nuit, tension...

Ça valait le coup d'explorer les alternatives.

Donc un jour, j'ai essayé un jeûne de 24 heures. Pour voir.

Et c'était assez difficile. Pas un calvaire mais j'avais froid, faim. Je n'arrivais pas à penser à autre chose.

Trois semaines plus tard, j'ai essayé à nouveau. Facile.

Puis, pour voir, j'ai essayé deux jours de suite. Un repas tous les 24 heures.

Et le deuxième jour, je ne me suis quasiment rendu compte de rien.

Tel que vous me voyez, j'écris cet article à 9h30 du matin et je n'ai pas mangé depuis hier midi.

Et je n'ai pas faim. J'ai l'esprit clair – plus qu'après un repas.

Souvent, oui, je pourrais manger. En vrai : je pourrais toujours manger puisque ma vie a toujours tourné autour de la bouffe. Mais ce n'est pas une lutte.

C'est même beaucoup moins dur qu'avant. La faim ne fait plus peur. Je ne me sens jamais faible.

Le plus dur au départ, c'est abandonner le rituel du repas.

Quand on a pris l'habitude de manger trois fois par jour, on se rend compte à quel point la vie tourne autour de la nourriture. Faire les courses, cuisiner, le repos après manger. Puis penser au prochain repas.

À quelle heure je mange ? Ça dépend.

Dans l'après-midi en général. Comme ça, les jours où j'ai des déjeuners ou des dîners mondains, ça ne décale le repas que de quelques heures dans un sens ou dans l'autre. Facile, encore.

Ça veut aussi dire que je fais beaucoup plus attention à l'équilibre de mes repas. Les fibres, les protéines, le gras. Des repas avec tout. Qui n'ont pas besoin d'être gargantuesques. Mais pas chiches non plus.

C'est d'ailleurs sans doute ça, la véritable révolution : j'ai appris que la faim venait souvent du mal manger. Donc j'ai appris à mieux manger. Chaque repas coche maintenant toutes les cases.

C'est le paradoxe : je mange moins mais je suis mieux nourri.

Et oui, je me sens plus en forme. Je dors mieux. Je me lève plus tôt, avec moins d'angoisse. J'ai davantage de clarté la journée.

De manière générale, ça a transformé mon rapport à la nourriture et à la faim.

Comme si une peur s'était éteinte.

"Il faut manger ! Il faut manger ! Qu'est-ce qu'on va manger ? Et si je n'ai pas assez ? Et si j'ai faim ? Ahhhh !"

Maintenant, si j'ai faim, j'ai faim. C'est une envie beaucoup moins impérieuse qu'avant. Ça dure un temps. Puis ça passe.

(Attention : je parle d'une petite faim, hein. Celle où, avant, j'aurais grignoté. Si un moment j'avais vraiment faim ou que je me sentais faible, bien sûr, je mangerais ! Mais ce n'est pas encore arrivé.)

À suivre.

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