Nouvelle approche photo

Pour la faire courte : je ne me soucie plus de la qualité technique.
Avant, comme de nombreux photographes et réalisateurs, j'étais très préoccupé par le fait de "préserver la qualité de l'image".
On shoot "en log" ou "en raw", en résolution maximale, afin de garder le plus de latitude possible pour la post-production. C'est là que se font les vrais choix.
Maintenant, je décide tout à la prise de vue, sans possibilité de changer ensuite.
Formats, couleurs, cadrage : tout est fixé dans l'instant. Je ne retouche rien.
Puis quand je rentre chez moi, je jette immédiatement 98% des photos. Tout de suite, sans état d'âme.
Même celles que j'aurais gardées auparavant "parce qu'elles sont pas mal".
Soit je sens un élan inexplicable, soit je balance.

Et oui, du coup : j'ai laissé tomber l'argentique. Je crois que j'en faisais par snobisme.
Soyons honnêtes, j'adorais le résultat. Le grain, le caractère. La noblesse de la pellicule.
Maintenant, je ne suis plus intéressé que par le process.
La spontanéité. La décision dans l'instant. Le choix irréversible qui capture l'émotion d'un moment précis.
Tellement de ce que je faisais avant était construit sur la peur du regret. Tout conserver juste "au cas où". Mais en bout de course, ça ne faisait que s'accumuler. Pour rien.
Je ne veux plus accumuler.
Après trois jours de cette pratique, j'ai déjà appris des choses très fortes sur mes propres goûts que je n'avais pas identifiées après des décennies de raw et d'argentique.
Je ne suis pas fan des photos de gens – même quand je capture de beaux moments. Ni trop de paysages.
J'aime la matière, la texture. Les recoins bourrés de détails, denses, riches, avec un peu de luminosité ici et là.

C'est ça, la question centrale de mon exploration photographique actuelle, mais aussi de tout ce que je mets en place en ce moment :
"Qu'est-ce que j'aime, finalement ?"
2 commentaires
Bonjour Nicolas,
Bonne analyse à propos de la peur de manquer.
J’aime la philosophie du photographe américain William Egglestonc je cite:
" je ne prends qu’une photo de chaque sujet, comme cela je ne m’embête pas à choisir "
Bonne journée.
Mohamed
Merci.
Exactement.
J'ai réalisé qu'indirectement, une grande partie de mon process artistique est construit sur la peur : manquer l'instant, ne pas avoir assez, garder la liberté "pour plus tard".
Je comprends les artistes qui ont des "doctrines" très claires et fortes comme ça.