Podcast incroyable entre Yuval Harari (Sapiens, etc) et Ezra Klein du New York Times.
Et si vous n'avez pas le temps de l'écouter ou que l'anglais vous incommode, voici les idées fortes que j'ai notées :
La coopération est le super-pouvoir de l'homme
Seul, je ne peux pas battre un ours ni un lion.
Mais l'homme a la capacité de se coordonner avec d'autres hommes pour atteindre ses fins.
Le commerce ? La société ? Le progrès ?
Tout ça a été rendu possible par la coopération.
La vision Trumpienne du pouvoir
Trump défend une autre vision qui, sur le papier, se tient aussi – au départ.
L'important, c'est la force.
Si le faible obéit au fort, si la nation qui a peu de moyens obéit à l'empire, c'est une garantie d'ordre et de paix.
Le fort protège le faible. Le faible paye un prix. C'est normal.
Donc, quand le faible s'oppose au fort – par exemple quand le Danemark refuse de céder le Groenland aux USA – il ne suit pas le cours naturel des choses et menace la paix mondiale.
Le problème du pouvoir
Cette organisation a deux écueils, nous dit Harari.
D'abord, ça pousse toutes les nations à vouloir être fortes.
Car il n'est pas possible de vivre sous le joug d'un puissant qui peut prendre ce qu'il veut quand il veut.
Ce qui entraîne le deuxième point :
Chaque pays a intérêt à s'armer plus que les autres.
La guerre devient le premier poste de dépense, avant la sécurité sociale, avant tout le reste.
Or, plus d'armes n'a jamais rendu les gens plus sereins.
Le problème des doctrines
L'avantage du libéralisme, selon Harari, c'est qu'il ne croit pas à une fin de l'histoire.
On ne trouvera jamais de solution parfaite.
C'est pourquoi les libéraux cherchent toujours à ajouter dans leur organisation des "systèmes d'auto-correction".
On va se tromper. On va faire des erreurs. Certains deviendront trop gourmands.
Donc l'organisation qu'on met en place maintenant est sujette à caution. On va sûrement découvrir mieux, ou s'apercevoir de trous béants.
Il faut intégrer dans le système un moyen d'évoluer.
Pour Harari, cette vision est résumée dans la première phrase de la Déclaration d'indépendance :
"We the People" – "Nous le peuple".
Ce qui suit n'est pas gravé dans le marbre. C'est le mieux qu'on a trouvé pour l'instant. Il faudra adapter.
Tout le contraire de la première phrase des 10 commandements :
"Moi le seigneur, ton Dieu déclare que..."
On ne touche à rien, c'est dieu qui a dit.
Le pouvoir de la fiction
Pour déclencher l'action, une histoire est un moyen beaucoup plus puissant que la vérité.
Une histoire peut être rendue aussi simple que nécessaire.
Et aussi flatteuse : "Nous gentils, eux méchants".
Mais si on veut pousser les hommes à agir, ou à se battre, il faut supprimer les doutes.
Une histoire peut faire ça. La vérité, beaucoup moins.
La recherche de la vérité est une démarche spirituelle. En politique, c'est un poids.
Même si la façon la plus honnête est d'admettre qu'on utilise une histoire.
Car au fond, personne n'est dupe.
La haine doit être nourrie
Après certaines atrocités, on n'imagine pas comment deux peuples pourraient à nouveau s'apprécier.
Et pourtant, quand on laisse passer quelques décennies...
L'Histoire nous montre que les peuples oublient. Qu'il est possible de s'allier, de reconstruire.
Donc les systèmes basés sur la peur et la haine doivent nourrir ces émotions. Il faut sans cesse rappeler pourquoi l'ennemi est un ennemi.
La force du Nationalisme
Pour Harari, le nationalisme est une bonne chose.
À l'origine.
Le vrai nationalisme, c'est aimer des gens qu'on ne connaît pas parce qu'ils font partie d'une même nation.
Je suis prêt à faire des sacrifices pour des gens que je n'ai jamais vus parce qu'on partage une langue, un territoire, une histoire.
Construire l'unité nationale sur la haine de l'étranger avant l'amour de son compatriote, c'est nouveau, et c'est le piège.
Les guerres ne sont jamais de la survie
Quasiment aucune guerre ne s'est déclarée à cause de la nourriture. Ou d'un manque de place.
Même au Moyen Orient, présentement, il y a objectivement suffisamment de nourriture pour nourrir tout le monde.
Et suffisamment de place pour loger tout le monde.
Donc la guerre n'est pas basée sur un manque.
Elle est basée sur des idées, des histoires.
Qui deviennent plus importantes que tout le reste.
Colère, réseaux sociaux et IA
L'objectif des réseaux est de maximiser l'engagement.
Les algorithmes ont découvert que la meilleure façon, c'est de créer la controverse et l'excitation.
Il est très probable que les gens aujourd'hui soient plus d'accord qu'avant – que dans les années 60, mettons.
Les positions extrêmes se sont globalement rapprochées.
Et pourtant, on n'a jamais été aussi opposés.
Les gens ressentent des émotions négatives beaucoup plus fortes pour des différences beaucoup plus petites.
C'est probablement la conséquence de la technologie.
Le prochain but de l'IA
L'IA est la continuité des réseaux.
Elle essaie aujourd'hui d'atteindre un niveau supérieur : créer de l'intimité.
Là où les réseaux veulent simplement créer de l'intérêt, l'IA veut vous faire croire qu'elle est votre ami.
Méfiez-vous.
Et je promets que ce n'était pas fait exprès, mais c'est exactement le sujet de l'épisode de Panique dans l'Espace qui sort aujourd'hui :
Épisode 5 : 1000 ans de solitude
Il a gagné un prix du public au festival de Riom, et si vous vous intéressez à la SF ou à l'IA, je vous le recommande vivement.