Chauve-Souris Filmées à l'Envers = Boîte de Nuit Gothique

On filme des chauve-souris pendues par les pieds en retournant la caméra et bam ! Nous voilà un mercredi soir dans une boîte de nuit allemande des années 80 :

L'idée de base reste astucieuse : filmer des chauve-souris à l'envers à l'envers. Donc à l'endroit. Jusqu'à ce que l'une d'entre elles cherche à se verser un verre.

Pourquoi Tout Ce qu'On Pensait Savoir sur l'Économie Ne Semble Plus Vrai

Un article en première page de l'édition U.S. du New York Times ce weekend qu'on aurait difficilement pu imaginer il y a quelques années.

Seulement en anglais mais si je résume : la confiance placée dans le marché et la libéralisation après la chute de l'URSS – époque où certains parlaient d’une "Fin de l'Histoire" – montre ses limites de façon de plus en plus patente. Non seulement la globalisation n'a pas amené la paix, ni transformé les dictatures en démocratie, ni mis fin à la pauvreté, mais nous vivons dans une des époques les plus inégales de l'Histoire que les changements à venir – énergétiques, climatiques et socio-politiques – risquent d'accroître dans des proportions qu'il est difficile d'imaginer.

Rien de très nouveau, donc, pour qui se tient au courant.

La nouveauté, c'est que ça soit en première page du New York Times.

Vide et Fabrication

Deux pilliers du bouddhisme explorés récemment par la lecture du merveilleux Seeing that Frees de (feu) Rob Burbea, en écoutant les conférences de James Low que j’ai découvert il y a peu et, infatigablement, par les enregistrements d’Alan Watts qui ne cesse de m’émerveiller.

Le vide (« emptiness » en anglais) ne signifie pas qu’il n’y a rien.

Et pour cause : on voit, on entend, on ressent. On imagine. Quelque soit l’origine de ces perceptions et la nature de la réalité qui les produit, on peut se mettre d’accord là-dessus : on fait bien l’expérience de quelque chose. Donc non : il n’y a pas rien.

En revanche, dès qu’on s’intéresse à un sujet en particulier – un arbre, une chaise, un passant – on découvre qu’il est extrêmement difficile de définir quoique ce soit indépendamment du reste.

L’arbre, par exemple. Qu’est-ce qui fait qu’un arbre est un arbre ?

Facile ! Voyons… Un tronc. Des branches. Des feuilles. Des racines… Et voilà ?

Question : la terre autour des racines fait-elle partie de l’arbre ? Réponse : non ! La terre, c’est la terre ; l’arbre c’est l’arbre – ce sont deux choses séparées. Fort bien. Toutefois, a-t-on déjà vu un arbre sans terre ? Et s’il n’existe pas d’arbre sans terre, est-il bien raisonnable d’exclure l’un de la définition de l’autre ? Sur un même registre, l’air fait-il partie de l’arbre ? Avant de répondre, souvenez-vous que le bois vient du carbone de l’air piégé par photosynthèse. (« Les arbres ne poussent pas de la terre, disait Feynman, ils poussent de l’air.») Et, pour aller au bout du raisonnement, puisqu’il n’y a pas d’arbre sans photosynthèse, et pas de photosynthèse sans soleil, le soleil ne devrait-il pas être intégré à la définition également ?

Et la forme elle-même, la couleur des feuilles, les odeurs de bois et de chlorophylle, la rugosité du tronc, tout cela aurait-il un sens s’il n’existait, dans le même monde, des êtres doués de vision, d’odorat et de toucher pour en faire l’expérience ? Dés lors, ces caractéristiques sont-elles propres à l’arbre ou propres à ceux qui les perçoivent ? Le vert est-il une propriété des feuilles ou une propriété de notre cortex visuel lorsqu'on regarde un feuille ? Et dans ce cas, est-il bien raisonnable de nous exclure nous de la définition ?

arbre (n. m.) : Morceau d’univers fait de terre, d’air et de soleil dont les feuilles sont vertes quand certains animaux les regardent.

C’est pourquoi pour les bouddhistes, notamment dans la tradition du Dzogchen, rien n’existe indépendamment du reste.

Penser l’arbre sans terre, l’objet sans contexte, la partie sans le tout, c’est créer des concepts qui masquent la véritable nature des choses.  Bien sûr, parfois, c’est bien pratique. Nos cerveaux n’étant pas extensibles à l’infini, il faut bien simplifier. Quand je choisis mes chaussettes le matin, je ne pense pas tous les jours au lien cosmique qui lie chaque fibre du tissu au reste de l’univers. Je prends les rayées parce qu’elles sentent moins fort. 

Le problème survient quand on oublie que les concepts sont des concepts.

Ma chaussette, comme l’arbre, n’a pas d’essence propre, pas de caractéristique cardinale qu’on pourrait isoler du reste, pas de « chaussettitude » qui existerait indépendemment du monde et des observateurs. C’est ça que les bouddhistes appellent  « le vide » : l’absence d’essence propre. Donc quand, par soucis de commodité, je considère ma chaussette comme une entité à part, je crée un concept. Et pourquoi pas : si ça me facilite le vie, tant mieux. Mais quand je prends ce concept pour une réalité, c'est la fin des haricots. J’oublie que le mot « chaussette » n’est qu’une représentation interne d’un morceau du tout qui, à tous les niveaux – physiquement, biologiquement, historiquement – ne peut être séparé du reste. Ce faisant, je crée un objet qui n’existe pas. À partir de rien, j'ai peuplé ma réalité d'un nouvel élément qui impacte ma vision du monde et mes actions. C’est ça, « la fabrication ».

Le soucis de la fabrication ? Elle isole.

En conceptualisant chaque phénomène comme une entité à part, tout semble déconnecté de tout. Les objets entre eux. Les gens entre eux. Soi par rapport aux autres. Le monde par rapport à soi. On oublie que cette séparation entre chaque chose n’est qu’une idée qu’on a soi-même manufacturée pour graisser le quotidien. En jaillissent une certaine solitude, une compétition, un désir de contrôle.

L’objectif de la méditation, notamment dans la pratique de la non dualité, c’est de déconstruire un par un ces concepts afin de percevoir à nouveau le monde tel qu’il est : Entier. Unique. Présent. Et dont, au même titre que les arbres et les chaussettes, nous faisons partie intégrante.

Entre Deux Infinis

Deux vidéos vues à plusieurs années d'écart mais qui m'ont marqué de façon similaire.

La première, "Voyage dans la Galaxie d'Andromède", m'a fait prendre conscience de la taille de l'univers. En bon ingénieur, je savais que c'était grand... mais pas à ce point. Regardez-la, c'est un mini documentaire passionnant qui bouleverse les échelles d'espace et de temps.

Pour l'infiniment petit, une toute petite vidéo : une protéine qui "marche" sur un microtubule. À l'heure où je vous parle, des milliards de protéines marchent tranquillou dans vos cellules.

Comme disait Pascal : nous voilà perdus entre ces deux infinis. Bonne nuit.

Sur la Maternité

On oublie trop vite les gens qui nous facilitent la vie.

On pense trop longtemps à ceux qui nous posent problème.

Ceux qui aplanissent le chemin, font la courte échelle au bon moment, aident de façon discrète quand on en a le plus besoin, ceux-là ont tendance à s’effacer au profit des autres : ceux qui créent le drame, compliquent la situation, présentent une menace. Un problème résolu, dit-on, c’est une chose de moins à penser. Par là-même, la main qui aide peut facilement être oubliée avec le problème qu’elle résout, là où le diable survit dans les complications qu’il crée.

Le cerveau s’efface au profit du monde, disait Alan Watts. Si je perçois le bruit de la rivière et la lumière du soleil, c’est parce que je ne suis pas sans cesse obnubilé par l’existence de mon système nerveux et l’activité de mes neurones. La machine disparaît au profit de l’expérience. 

Par bien des côtés, l’instinct maternel fonctionne de la même façon. En pourvoyant en silence aux besoins vitaux, la mère permet à l’enfant de se concentrer sur le monde plutôt que sur sa faim, sa soif ou sa peur. Elle-même ne peut rester trop longtemps centre d’attention au risque de créer un attachement qui nuit à l’éveil. Elle a vocation à s’effacer au profit de tout le reste.

Jour de Pêche

Dans la série « j’ai retrouvé une mine de dessins de confinement que je poste quand je suis pressé », voici un dessin de confinement que je poste parce que je suis pressé :

Jour de Pêche (Procreate)

Mémoire d’un temps où il y avait encore des insectes et des poissons. Dépêchez-vous, ça part vite.

L'Effet Caméra

Souvent, quand je regarde un documentaire, je me demande comment des gens qui prétendent être si atteints, si déprimés, parfois si malveillants, peuvent sembler si ouverts, si sincères et avoir autant de recul au moment de raconter leur histoire. L'hystérique est parfaitement calme. Le menteur compulsif raconte toute la vérité. Ceux qu'on présentait comme souffrant de retards intellectuels ou émotionnels font preuve d'une clarté et d'une intelligence hors du commun dans leur introspection.

Ce n'est pas de la mise en scène, ni de la manipulation. C'est l'effet caméra.

Un jour, au milieu du train-train, un réalisateur les a appelés et s'est intéressé à eux. Il leur a posé des questions, a voulu en savoir davantage sur leur vie. Il ne semblait pas y avoir de prix à cet intérêt, pas de piège, rien à donner en retour. La confiance est née. Puis, le jour de l'interview, toute une équipe s'est mise en branle : on a installé des lumières, du matériel, déplacé des meubles et, au moment opportun, cette machinerie s'est tue pour recueillir leurs propos. Le réalisateur, le chef opérateur, l'ingénieur du son, l'assistant, tous ces gens étaient à l'écoute.

On cherche tous à prouver qu'on existe.

Par bien des côtés, la peur de ne pas être vu est la mère de toutes les peurs. À un petit niveau – l'irritation d'être bousculé par quelqu'un qui ne fait pas attention – ou à un niveau plus essentiel – la sensation d'être ignoré par ses parents, par ses amis, par le monde en général.

Lors d'une interview, cette peur s'éteint. Les lumières, la caméra, l'attention de toute l'équipe sont braquées sur soi. On a le temps. On se sent écouté. Les barrières qu'on avait mises en place pour se protéger, les réflexes qu'on avait créés pour prouver qu'on est là, pour attirer l'attention, tout cela peut être mis en pause.

On révèle la personne formidable qu'on serait à chaque instant si le monde prêtait attention.