Ce mot ne vous dit sûrement rien.
Il a été inventé par Henri Mintzberg pour décrire les organisations qui se structurent autour d'un besoin ponctuel.
Les adhocraties ne reposent pas sur des schémas existants.
Elles ne s'appuient pas sur des rapports hiérarchiques codifiés.
L'organisation se décide ad hoc (d'où le nom).
Elles prennent la forme qu'elles ont besoin de prendre pour résoudre le problème qu'on leur demande de résoudre.
Puis elles disparaissent ou se transforment.
J'ai réalisé en parlant avec un réalisateur aujourd'hui que c'est sûrement mon nouveau cri de ralliement.
Tous mes projets sont des adhocraties.
(En tous cas, la plupart de mes anciens projets – ceux qui me plaisent – et la totalité des prochains.)
C'est-à-dire :
D'abord il y a le projet.
Il y a l'idée folle, le scénario, le défi.
Puis, couche après couche, on va bâtir le cadre, l'organisation, les ressources et l'équipe pour lui donner vie.
Il est impossible de savoir au début quelle forme prendra le travail à la fin.
Tout cela va se décider ad hoc, en fonction des circonstances et de la réalité du terrain.
La forme et le fonctionnement vont épouser les contraintes.
Oui, c'est la même idée que j'exposais sur le dessin hier : on découvre en faisant, et c'est ça qui est excitant.
Le cadre financier, humain et matériel n'est pas une limitation contre laquelle on se bat.
C'est une vague sur laquelle on surfe.
Et c'est de là que vient le plaisir.
L'organisation n'est plus une contrainte mais l'outil.
Tout le contraire de ce que je faisais avant :
On commence par le scénario. On cherche le producteur. Les coproductions. Le diffuseur. Les subventions. L'équipe.
Tout dans cet ordre. Chaque étape après l'autre. Chacun sous l'autorité du supérieur.
C'est une organisation industrielle où la machine "moule" le projet.
Chaque étape de la chaîne est connue à l'avance.
Toutes ont été apprises par les aspirants, en école ou sur le tas.
Et si votre projet ne rentre pas, ce n'est jamais la machine qu'on remplace.
C'est une intuition que j'ai depuis longtemps. À l'époque, je disais déjà : "réaliser, c'est produire".
Autrement dit, je comprenais bien que le travail du réalisateur ne commençait pas à neuf heures du matin le premier jour de tournage. Ni durant la prépa ou l'écriture.
L'organisation du tournage, le choix du planning, la façon de recruter les partenaires, le cadre financier et matériel...
Tout cela a beaucoup, beaucoup plus d'impact sur le film que n'importe quelle décision que pourrait prendre le réalisateur sur le plateau.
Si vous avez recruté des bras cassés, ou que la préparation n'est pas adéquate, il n'y a rien qu'on puisse dire ou faire avant de lancer la caméra pour éviter la catastrophe.
Or, plus je rencontre des producteurs, des réalisateurs, plus je vois des films... Plus j'ai l'impression que la créativité des projets est broyée par cette machine.
Elle est bien pratique pour certains décideurs qui ont pu industrialiser leur process.
Mais je crois qu'elle est mortelle pour tout le reste.