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Le corps, moteur de la création

C'est le sujet de ma (courte) intervention cet après-midi à l'Assemblée générale des Ateliers d'Art de France.

Voici le déroulé :

1. Apprendre à gérer l'anxiété sans résoudre les problèmes

Les problèmes ne s'arrêteront jamais. Jamais !

Un peu comme la "fin de l'histoire" qu'on nous avait prédite après la chute de l'Union Soviétique.

"Plus rien n'empêche la paix !"
"L'économie va fleurir !"
"Les dictatures vont tomber !"

Tu parles.

Pareil dans la vie : les problèmes ne disparaissent jamais.

Ils se transforment, se renouvellent.

Sans compter l'ultime problème vers lequel on se dirige tous.

Donc, si vous attendez d'avoir tout résolu pour vous sentir mieux... vous allez attendre longtemps.

Le jeu est alors de trouver la paix malgré les problèmes.

Sans chercher l'action qui va tout régler. Elle n'existe pas.

2. Les émotions sont manufacturées à l'intérieur. Puis projetées à l'extérieur.

"Il m'énerve !"
"Elle me fatigue !"
"Cette situation me stresse."

On parle comme si les émotions étaient créées par les gens et les événements autour de nous.

Oui : le monde extérieur peut servir de déclencheur.

Mais l'émotion, elle, est toujours manufacturée à l'intérieur.

Elle vient de nous, elle est créée en nous.

Mais on n'en veut pas alors on projette.

"C'est sa faute ! C'est la société ! C'est le système ! C'est mon ex ! C'est ce coin de table !"

Mais en externalisant l'émotion, en l'attribuant à l'autre, on se prive du principal levier dont on dispose pour la gérer.

Parce qu'on peut gérer l'intérieur. Pas l'extérieur.

3. Le corps est le carnet de notes de la pensée

Les pensées sont immatérielles. Elles passent. Elles filent.

C'est le fameux "fil de la pensée" qui avance à toute vitesse par association d'idées.

Fromage. Lait. Vache. Normandie. Débarquement. Soldat Ryan. Spielberg. ET. Planète... Hein ?

Alors que les émotions, elles, sont ressenties dans le corps.

La boule dans l'estomac. La gorge qui se serre. Le souffle court.

Elles ont une demi-vie plus longue que les pensées. Une émotion n'est pas remplacée instantanément par la suivante. Elle dure.

C'est pourquoi notre cerveau, quand il perçoit une idée importante, inquiétante, dangereuse... lui associe une émotion.

Les pensées défilent à toute vitesse quand soudain... On sent une boule dans l'estomac. Qui reste.

"Ah, c'est vrai... Je n'ai pas résolu tel problème."

L'émotion sert d'ancre à la pensée qui risquait de fuir.

Mais parfois, le contraire se produit : l'émotion crée la pensée.

La boule dans l'estomac est déjà là – parce qu'on a mangé trop gras la veille – et le cerveau cherche la pensée problématique.

Quand il ne la trouve pas : il prend la première qu'il trouve. Ou il l'invente, tout bonnement.

L'anxiété est créée à partir de rien.

4. L'important n'est jamais intellectuel. Le piège de la logique.

Le premier réflexe pourrait être de gérer les émotions par la pensée.

Dans mon expérience, c'est rarement une bonne piste.

Car malgré le crédit qu'on lui accorde, la pensée construite est souvent un piètre outil de décision.

Pour plein de raisons :

  • La logique est commune à tout le monde. Elle ne prend pas en compte votre spécificité.
  • Elle s'appuie sur le contexte très restreint qu'on lui donne. Si vous oubliez un élément clé de votre enfance, ou une préférence non exprimée, le raisonnement ne tient plus debout.
  • Elle gère mal le caractère exponentiel de certains éléments. Dans une colonne pour ou contre, on ne réalise pas que la troisième ligne est 100 000 fois plus importante que les autres et compte autant que tout le tableau.

C'est pour ça qu'on résiste parfois aux idées qui ont l'air bonnes "sur le papier".

La logique est infaillible, la réponse est claire, et pourtant...

On recule. On retarde. On ne se résout pas.

Parce que le corps sait.

Il se souvient – même inconsciemment – de tous les éléments marquants de notre vie. Il connaît l'importance de chacun.

Il pèse l'ensemble de ces facteurs à chaque décision.

Ce qui ne lui donne pas toujours raison, bien sûr.

Mais son apport doit être pris en compte.

5. Le corps, source de la création

C'est pourquoi, récemment, j'ai changé mon processus de décision.

Je ne réfléchis plus intellectuellement aux problèmes.

Je ne pèse plus le pour et le contre en deux colonnes.

Je ne pondère plus mes options pour la prochaine action.

Je m'expose aux faits. Je ressens les émotions. J'absorbe.

Puis, le moment venu, quand il est temps de choisir...

Je fais.

Comme on saisit un verre sur une table. Comme on attrape une balle.

Sans réflexion. Sans anticipation. Sans regret.

La décision a été prise ailleurs, avant.

Dans un recoin que j'ignore.

Elle est finale.

Et ne crée aucune anxiété.

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