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Cuillère et productivité

Sur le tournage de Migrul, j'étais très en retard.

C'était un film marathon écrit et tourné en quelques jours pendant le festival Off Courts.

On tournait le lendemain – une seule journée – et il manquait tout.

En particulier : une perruque importante pour mon personnage. Des éléments de costume. Et de quoi fabriquer une fausse fenêtre de train.

Donc l'après-midi, j'avais prévu de faire un aller-retour à Caen en voiture pour aller chercher tout ça.

Une heure aller, une heure retour, sans aucune idée des magasins à cibler.

Et revenir fissa pour les répétitions avec les comédiens qu'on n'avait pas commencées.

À la bourre, donc. J'aurais mieux fait de partir tout de suite.

Sauf qu'avant le déjeuner, plutôt que de continuer à avancer dans la todo liste qui ne cessait de s'allonger, j'ai pris la décision suivante :

Je vais prendre 20 minutes pour faire une sieste cuillère.

La sieste cuillère, c'est lorsqu'on s'assoupit un moment avec une cuillère à la main. Lorsqu'on s'endort trop profondément, la cuillère tombe et on se réveille.

Ça aurait été inventé par Dali, paraît-il, et ça permettrait de prendre du recul sur les choses et de mieux associer les idées.

Par exemple : ils auraient fait des études où ils auraient demandé à des sujets de résoudre des puzzles complexes avec ou sans sieste cuillère. Eh bien apparemment, la sieste aiderait énormément.

Donc j'ai essayé. C'était la première fois.

Ce dont je me suis rapidement rendu compte : en fait, c'est une sorte de méditation (que je fais déjà tous les jours) mais déguisée en micro-sieste, sans le côté New Age.

La différence, c'est que j'ai l'habitude de méditer au réveil, pas en plein rush, pas au moment où je dois prendre la route pour résoudre cent problèmes.

Mais j'ai joué le jeu.

Je me suis allongé, relaxé. Comme souvent, des images sont apparues, des idées, une conscience plus apaisée.

Puis en dix minutes, les uns après les autres, tous mes problèmes se sont résolus.

La perruque ? Je vais prendre une serpillère, ça sera plus drôle.

La fenêtre de train ? Je vais prendre les rideaux de ma chambre, ça sera parfait.

Les costumes ? Je viens de me souvenir que j'ai ceux de mon tournage précédent dans une cave – ils marcheront très bien.

Quand je me suis levé, tout était résolu.

L'aller-retour au bout du monde n'était plus nécessaire.

Les solutions que j'avais trouvées étaient meilleures que celles que j'envisageais avant.

J'ai tiré une leçon de cette expérience :

Lorsque je sens une résistance dans l'action, quelque chose que je n'ai pas envie de faire, c'est souvent qu'il ne faut pas le faire.

Il existe une autre solution, plus personnelle, plus alignée, plus créative, à portée de main.

Que je ne vois pas parce que je ne suis pas assez présent.

Donc la présence n'est pas qu'une idée de beatnik pour cueillir des fleurs et chanter Hare Krishna.

C'est aussi ce qui permet d'aligner l'action et de devenir plus productif.

Pour tourner des films de vampire, par exemple.

Mais pour le reste aussi, sûrement.

14 avr

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