Dukkha, en bouddhisme, décrit ce qui n'est "pas bien, pas satisfaisant".
En particulier, on l'utilise pour qualifier les joies et plaisirs de la vie qui sont transitoires et "ne suffiront pas".
Sans s'en rendre compte, on cherche toujours une solution définitive.
"Si je trouve la bonne personne, je serai heureux jusqu'à la fin de ma vie."
"Une fois le bon métier décroché, je n'aurai plus jamais à m'inquiéter."
"Si j'achète cette voiture, je serai une personne complète."
Le cerveau nous fait sans cesse croire que la prochaine étape, le prochain achat, le prochain désir débloquera la situation pour toujours.
Et on tombe dans le piège à chaque fois.
Dukkha est le rappel quotidien qu'on se trompe.
Il décrit à la fois la souffrance – qui est inévitable – et le fait que les plaisirs transitoires ne sont jamais la solution.
Dire que "quelque chose est Dukkha", pour un bouddhiste, peut donc avoir deux sens :
- Cette chose apporte de la souffrance. Or la souffrance est inévitable. Donc il faut l'accepter. Ça passera.
- Cette chose me fait du bien. Mais ce bien est temporaire. Une fois l'effet passé, le même désir reviendra inchangé.
C'est le caractère "inchangé" qui pose problème.
Une action ou un plaisir "Dukkha" nous laissera exactement dans la même situation après qu'avant.
"Mais si on s'est fait plaisir pendant un temps, où est le mal ?"
Le mal, c'est l'illusion.
Une partie de nous pense réellement que l'action va tout changer.
Ou au moins qu'elle va nous rapprocher du mieux.
Mais elle ne nous rapproche de rien.
Elle nous laisse dans le même état et, au prochain croisement, on va tout recommencer.
Et recommencer. Et recommencer.
Cette action "n'est pas satisfaisante" parce qu'elle entretient un cycle perpétuel d'envie et de satisfaction temporaire.
Durant lequel on ne cherche pas la "vraie" solution.
Celle qui pourrait nous libérer à long terme.
Par exemple :
Ce matin, en descendant la rue, j'ai senti l'odeur de la boulangerie.
Grosse envie de pain au chocolat – ou de pain suisse.
Finalement, je me suis ravisé... mais pas par volonté.
Ça n'avait rien à voir.
J'ai juste réalisé qu'après un pain suisse ou un pain au chocolat... j'aurais envie d'en manger un autre. Et un autre.
Mon envie de sucre n'est jamais rassasiée longtemps.
Et c'est donc devenu très clair pour moi que si je mangeais cette pâtisserie, dans cinq minutes, je me trouverais... exactement dans la même situation.
Si je pouvais manger un pain au chocolat et être heureux pour la journée... on y va ! Sans regret !
Mais non : le plaisir du pain au chocolat est éminemment transitoire.
Ce n'est pas la solution à tout.
Ce n'est même pas un pas dans la bonne direction.
Une fois l'effet passé, je suis au même endroit.
Et je dois chercher le prochain plaisir éphémère.
Toute la vie peut être occupée ainsi.
À chasser le prochain plaisir qui ne résoudra rien.
Le début de la sagesse, c'est quand on en a marre.