Aller au contenu principal

Notes

Penser n'est pas la solution

La pensée cherche, trouve et résout des problèmes.

C'est sa nature. Elle ne sait faire que ça.

Si vous vous trouvez un jour au sommet de la montagne que vous avez toujours convoitée ; la vue, la lumière et la température sont idéales ; c'est l'accomplissement d'une vie. Votre pensée va murmurer "Formidable... et après ?"

Elle trouvera la faille dans votre succès. Vous fera convoiter le prochain sommet qui sera mieux. Déjà, vous ressentez l'anxiété du manque, de l'insatisfaction, du désir.

On ne peut pas lui en vouloir : c'est sa nature, on vous dit ! Analyser la situation, trouver les failles, échafauder un plan... C'est son travail ! C'est pour ça qu'elle existe !

Ce qui en fait une très mauvaise fondation pour trouver la paix.

Entendez-moi bien : la pensée est un outil formidable – que j'utilise présentement pour écrire ces lignes. Nous la mettons à profit pour créer, communiquer, survivre.

Mais si votre objectif est d'être présent et apaisé : ce n'est absolument pas le bon outil.

Savez-vous le poser quand vous n'en avez plus besoin ?

--

En lien :

10/8/25 présence anxiété

C'est très New Age par ici

En recommençant à écrire un blog, je ne m'imaginais pas que ça allait virer autant "développement personnel".

C'est une phase.

J'écris sous forme de conseils au lecteur les choses que je me dis à moi-même.

Je les note dans mon journal, je me les répète le matin et, en désespoir de cause, je finis par les prêcher comme si je les appliquais. C'est la méthode Coué.

Pour ceux qui attendent la phase sexe, drogue & rock'n'roll : elle arrive. Je l'attends autant que vous.

Elle a besoin de cette étape pour se matérialiser.

9/8/25 journal présence

Deux façons de résoudre les problèmes

Quand j'ai un problème, j'ai deux façons de le résoudre :

  1. Intellectuellement : Je cherche une solution. Je pèse le pour et le contre, je fais des listes, je conçois un plan d'action à mettre en place dans le futur afin de calmer l'anxiété dans le présent.
     
  2. En présence : Je cherche dans mon corps la manifestation physique de cette anxiété. La boule dans l'estomac, l'image obsédante, l'obligation floue. Sans la chasser ni la retenir, je l'observe se transformer jusqu'à disparaître.

Les problèmes sont une fonction de qui on est.

En changeant les dispositions intérieures, on transforme la relation aux circonstances extérieures. Le problème qui semble insurmontable la seconde précédente s'évanouit.

La solution intellectuelle, elle, ne fait souvent que déplacer la difficulté. La première situation résolue, une seconde s'élève, tout aussi problématique parce qu'issue du même creuset.

C'est le piège de la pensée : elle résout les problèmes, parfois. Mais neuf fois sur dix, elle les fabrique.

Ce qui en fait souvent le mauvais outil pour grandir.

--

En lien :

8/8/25 présence anxiété vacuité

Certains jours j'aurai du mal

"Je vais poster une vidéo et une note par jour."

Ça, c'est le contrat extérieur : ce qui peut être vérifié et sanctionné par les observateurs.

Mais la façon dont je remplis ce contrat, les outils créatifs que je mobilise et le résultat que ça produit : ces éléments sont entièrement sous mon contrôle.

C'est ma liberté intérieure.

Et parfois, je ne posterai que quelques lignes.

7/8/25 productivité discipline création

Le piège de l'accumulation

Si vous vous prenez en flagrant délit d'énumérer quoique ce soit, vous êtes probablement sur la mauvaise pente.

Je l'observe dans tous les domaines :

  • En théâtre d'improvisation, on accumule les blagues quand on n'arrive pas à trouver celle qui fait mouche.
     
  • En vente, on accumule les bénéfices quand on n'a pas trouvé l'argument massue qui convainc tout le monde.
     
  • En décoration, on accumule les babioles quand on n'a pas trouvé la pièce maîtresse qui fait autorité.

Je pourrais continuer longtemps.

Ce qui met fin à la fuite en avant ? S'arrêter. Se recentrer. Repartir du goût, de l'instinct.

Il suffit d'une seule idée forte, d'une seule direction sincère, d'une seule pièce choisie avec soin pour arrêter la machine-à-médiocrité et retrouver le fil.

Il en suffit d'une seule. Prenez le temps de la trouver.

--

En lien :

6/8/25 présence création anxiété

Apprendre à vendre

Je profite de remanier l'offre de ChezFilms pour rappeler les bonnes pratiques du copywriting (compilation maison) :

  1. Problème
    Quelle est la douleur de votre client ? Quelles tentatives ont échoué par le passé ? Si vous décrivez fidèlement son problème, vous gagnez son attention.
     
  2. Philosophie
    Pourquoi les solutions habituelles (ou proposées par la concurrence) ne fonctionnent pas ? Quel changement de paradigme proposez-vous ?
     
  3. Nouvelle approche
    Comment cette philosophie se met en place concrètement ? Quel est votre plan et ses étapes principales ?
     
  4. Preuve sociale
    Montrez comment cette approche a fonctionné par le passé : témoignage, études de cas, etc. Ici, les mots de vos clients ont infiniment plus de poids que les vôtres.
     
  5. Garantie
    Rendre la prise de décision moins effrayante : si le client s'engage et que ça ne "clique" pas, quelles sont les garanties pour diminuer le risque ?
     
  6. Appel à l'action
    Si le prospect est intéressé par votre approche, quelle est la prochaine étape simple et concrète ?
     
  7. Urgence
    Quelles sont les raisons convaincantes d'agir maintenant plutôt que dans deux semaines ou dans deux mois ?

Ce n'est pas une recette de cuisine, ce sont les réponses à nos questionnements naturels avant de prendre une décision. Si vous analysez votre dernier achat d'un nouveau produit / service, vous verrez que vous êtes passé par les mêmes étapes.

5/8/25 marketing

Ce que la méditation a changé pour moi

J'ai commencé à méditer en 2018 et ça a tout bouleversé :

La façon dont je mange, la façon dont je dors, la façon dont je crée. Je n'ai plus les mêmes amis, plus les mêmes habitudes, plus les mêmes objectifs. Plus les mêmes angoisses.

Le principal déclic :

J'ai réalisé que de nombreux aspects de ma vie que je prenais pour des réalités immuables étaient en fait... des pensées.

Comme si j'avais vécu quarante ans dans ma tête et que la méditation était le premier moment où j'apercevais le monde sans filtre. (Ou disons : avec moins de filtres.)

On réalise que l'identité, les problèmes, le futur (...) sont des constructions mentales qu'on peut choisir d'entretenir ou d'abandonner.

On comprend que le monde extérieur est un reflet du monde intérieur et que c'est donc là que tout se joue.

On apprend à baisser le volume de la petite voix dans la tête qui critique tout. Jusqu'à l'éteindre complètement, parfois.

Et je vous promets que ça enlève un poids.

--

En lien dans les archives :

4/8/25 présence journal vacuité anxiété

Faire des rencontres en milieu hostile

Pas fan des cocktails / soirées / réunions ? Pas doué pour le networking ? Ça tombe bien.

Qu'il s'agisse de trouver l'amour, des potes ou un collaborateur, j'applique maintenant toujours la même technique qui a transformé mon rapport aux groupes :

Commencez par parler à la première personne à côté de vous.

Tout de suite. Qui que ce soit. Sur n'importe quel sujet.

Ne cherchez pas dans la pièce l'interlocuteur idéal. Ne filtrez pas par attraction ou compatibilité. N'attendez pas un sujet particulier ou des intérêts communs.

Jetez-vous dans la conversation puis, naturellement, continuez avec la "première personne suivante" – si elle n'a pas déjà rejoint la conversation. Et ainsi de suite.

Avant que vous ne vous en rendiez compte, la personne que vous cherchiez (parfois inconsciemment) sera à vos côtés. Et vous n'aurez pas à trouver quoi dire car, quand vous réaliserez que c'est elle, vous serez déjà au milieu de la conversation.

De rien.

3/8/25 social anxiété

Une vidéo par jour (again)

J'avais déjà fait ça il y a trois ans : publier une vidéo par jour.

À l'époque, j'avais pris l'habitude de publier dix minutes d'improvisation chaque soir "pour me décoincer". Voir si je peux parler face caméra sans écrire à l'avance ni me cacher derrière l'humour ou la technique.

En début d'année, j'ai recommencé en publiant une vidéo humoristique chaque jour. Puis j'ai arrêté.

Maintenant, j'ai décidé de faire ça 10 ans. Ouais.

Je vais parler de n'importe quoi, par n'importe quel moyen. Parfois ce sera drôle. Parfois je vais vous souler avec mes idées de beatnik. On verra.

Tu peux me suivre sur Instagram (où je poste aussi des stories), YouTube ou TikTok.

D'ailleurs, j'en parle dans cette vidéo.

--

En lien dans les archives :

2/8/25 journal création social discipline

Être soi-même n'est pas un luxe

On a souvent l'impression que pour progresser, surtout professionnellement, il faut faire semblant. Dire les bons mots. Faire les bons sourires. Cacher les vraies pensées.

Mais en fait, non.

Votre réussite personnelle et professionnelle dépend entièrement de votre capacité à intégrer qui vous êtes réellement dans chaque aspect de votre vie.

C'est la source de votre paix intérieure. Mais aussi la source de votre productivité, de votre valeur et donc de votre utilité pour les autres. Personne ne vous paiera très cher pour être comme tout le monde.

La bonne nouvelle, c'est que ça s'apprend. Tous les gens que vous admirez sont un jour passés par ces étapes sous une forme ou une autre :

  1. Découvrir qui on est tout seul. Percevoir quels regards extérieurs pèsent sur soi en permanence. Explorer et assumer sa vision, son goût, ses ambitions.
     
  2. Apprendre à maintenir cette identité en public et sous pression. Développer des stratégies et des garde-fous pour ne pas se conformer et conserver sa valeur intrinsèque.

"Rester soi-même dans un environnement délirant, c'est ça le vrai talent." – Conan O'Brien

1/8/25 présence social productivité

Et c'est reparti

Si vous vous demandez où est passé tout le site pro (offres, accompagnements, etc.), j'ai tout transféré sur chezfilms.fr – qui sera lui-même transféré sur chezfilms.com.

Et si vous vous demandez où est passé le blog rigolo, il est parti. Mais on va en refaire un rapidement puisque je vais poster ici tous les jours. Alors revenez vite. Et vous pouvez aller voir l'ancien blog en attendant.

Donc bientôt, tout sera très clair.

Mais pour l'instant, pas trop.

31/7/25 journal

Archive du blog

Vous êtes arrivé à la fin de ce blog !

Pour lire les posts plus anciens sur mon vieux site, c'est ici :

archive.boulengerie.com/blog.html

C'est une archive statique donc tout ne marche pas : parfois les vidéos ne s'affichent pas et les liens peuvent dater. Mais les textes et les images sont bien là.

30/7/25 journal

Le présent et l'action

Je finis par penser que seule la présence compte. Qu'il n'y a, finalement, pas de bonne ou mauvaise action, pas de bonne ou mauvaise décision : seulement de bonnes ou mauvaises raisons d'agir.

Mais que veut dire, au juste, "être dans le présent" ?

Physiquement, bien sûr, on ne peut pas être ailleurs. Personne n'a encore mis un pied dans le passé ou dans le futur. Donc techniquement, on est tous "dans le présent". Mais on peut être dans le présent sans être "dans le flot" du présent.

Être dans le flot du présent, c'est recevoir et se laisser transformer par ce qui se passe à chaque instant.

Quand tout va bien, les évènements, les sensations et les pensées naissent, suivent leurs cours puis disparaissent. Ce cycle court permet d'être sans cesse ouvert à ce qui arrive ici et maintenant. On peut recevoir le prochain rayon de soleil, la prochaine idée ou la prochaine conversation parce qu'on n'est pas resté bloqué sur le contenu précédent. Tout se renouvelle sans cesse en interaction avec le contexte.

Pourtant, souvent, on reste coincé.

On "s'accroche" à une idée, à une pensée ou à une anxiété que, consciemment ou inconsciemment, on fait tourner en boucle. Ce vortex occupe tout l'espace mental : les rayons de soleil et les prochaines conversations sont bloquées à l'extérieur. Le présent continue de se dérouler mais on n'en tient plus compte ; on ne se laisse plus transformer par ce qui arrive. On est "bloqué" au point du passé où s'est formée la pensée qu'on entretient.

Les bouddhistes appellent ça un attachement.

Je suis "attaché" à un contenu mental comme un bateau serait attaché à la rive. Le résultat est le même : je ne suis plus porté par le flot du courant.

Quelques exemples d'attachement. Un : je dois me rendre à tel endroit pour telle raison. Le trajet n'est qu'une période de transition sans importance entre moi et mon objectif. Tout évènement qui me retarde est un obstacle. Je suis trop attaché à la destination pour être ouvert à ce qui se passe. Deux : j'ai décidé de dire telle chose à telle personne. La conversation n'est qu'un passage obligé pour déclencher la réaction que je souhaite. Je suis trop attaché au résultat de l'échange pour être ouvert à l'être humain en face de moi. Trois : j'ai décidé que tel évènement devait se passer de telle façon. Tout écart à mes prédictions est un échec. Je suis trop attaché à ma vision pour être ouvert à ce qui se produit réellement – y compris aux bonnes surprises.

Dans chaque cas, je privilégie l'idée à la réalité ; je suis trop attaché à ma construction mentale pour recevoir – et donc composer avec et profiter de – ce qui survient réellement.

Or, j'en viens maintenant à penser que rien n'est plus important que d'être dans ce flot du présent. C'est sûrement plus important que l'action elle-même.

Par là, je veux dire qu'il est impossible de juger de la qualité d'une action sans réelle présence. Si je suis coincé dans un espace mental qui n'est pas mis à jour, tous les indicateurs que je regarde pour prendre mes décisions sont datés. Je réagis à une vision du monde construite dans le passé plutôt qu'à celle qui se manifeste devant moi.

Inversement, lorsque je suis dans le flot, il n'y a plus de décision à prendre. Le geste, comme un réflexe, s'adapte à la situation. Il n'y a plus de bonne ou de mauvaise décision. Seulement l'action.

Ainsi, mon rôle n'est pas de réfléchir intellectuellement à ce qu'il faudrait faire, ni de chercher la solution idoine. Elle n'existe pas. Mon rôle est de dénouer, en douceur, un par un, chaque attachement que je rencontre. Puis de laisser faire le courant.

UPDATE : Si vous avez des doutes, voici une jolie confirmation par Francis Sanzaro dans cet article du New York Times. Pour les anglophones.

15/9/23 présence productivité

Le Profane et le Sacré

D’abord, soyons clair : je ne suis pas religieux pour deux sous.

J’ai beau être baptisé, communié, sur-communié, j’ai tout laissé tomber vers l'âge de douze ans et les années n’ont fait que consolider mon rejet de toute religion organisée.

Quand on me pose la question, je réponds que je suis agnostique et athée – ce qui peut sembler contradictoire. Agnostique parce que je n’ai pas fait le tour de l’univers et qu’il peut bien y avoir quelque chose, pour ce que j’en sais. Un sens, une équation, une métaphysique qu’on choisirait de personnaliser et d'appeler Dieu. Pourquoi pas. Mais au fond, je pense qu'on ne peut pas savoir et qu'on ferait aussi bien de ne pas s'en préoccuper – ce qui constitue la version forte de l'agnosticisme.

Mais – et voilà mon côté athée – même s'il y a effectivement quelque chose là-haut, je suis persuadé que ça n’a rien à voir avec ce que les religions, passées ou présentes, essaient de nous vendre depuis des siècles. Pour moi, Bible, Torah, Coran et consorts sont de la mauvaise fiction utilisée pour maintenir une forme de contrôle.

Voilà d'où nous partons.

Pourtant, depuis quelques années, je me découvre une certaine spiritualité.

La spiritualité serait pour moi la connexion avec quelque chose de plus grand que soi – sans qu'il s'agisse nécessairement d'un dieu.

Il pourrait s'agir d'une connexion avec la nature, par exemple.

Je parle de nature au sens étendu : ce grand tout qui existe depuis le big bang, probablement avant, qui a donné naissance aux galaxies, aux étoiles, aux planètes, lesquelles ont permis l'émergence de la vie sous toutes ses formes : bactéries, plantes, animaux. Cette gigantesque soupe en transformation perpétuelle qui, par des lois que nous commençons à peine à comprendre, est à l'origine de tout ce que nous connaissons. Que certaines parties de ce tout développent une conscience propre et soient capables de faire l'expérience d'elles-mêmes et du monde, que cette complexité physico-chimico-biologique donne naissance à une telle simplicité d'expérience ("je suis") qui permette à chacun de dérouler le fil de sa vie sans avoir besoin d'en comprendre les rouages sous-jacents, je trouve qu’il y a une magie là-dedans. Un mystère, tout au moins. Une beauté, assurément.

Mais surtout : ce petit bout de spiritualité suffit à définir une frontière entre profane et sacré.

La vision profane du monde serait de ne voir ici-bas qu'une accumulation de matière et de lois physiques dont il faudrait s'emparer pour faire son beurre. Il n'y aurait de mystère nulle part, aucune question, aucun émerveillement et de là, aucun respect à cultiver envers rien. Seulement des ressources à exploiter. Le vivant ne serait alors qu’un combustible de plus au service de notre vision du confort et du progrès.

L'antithèse de cette idée, si bien défendue par Bernard Stiegler dans cette vidéo découverte dernièrement, me ramène également à ce que disait Alan Watts sur le sujet.

À savoir que le rapport qu'entretient l'homme à la nature est construit sur une double méprise. La première : que notre rôle serait de dominer la nature. Combattre et maîtriser les éléments pour imposer notre volonté. La seconde : que nous serions en position de la sauver. Que la planète – ou certaines parties de la planète – auraient besoin de nous pour continuer à être. Ces deux options, loin d’être équivalentes dans leurs effets, découlent à leur source de l’omission d’une même vérité fondamentale :

Nous sommes la nature.

Nous, les êtres humains, sommes autant la nature que les vaches, les arbres, les fourmis ou les dauphins. Nous sommes faits de la même matière, issus de la même évolution – physique et biologique – et sommes amenés à disparaître dans des conditions similaires. (Par exemple : en transformant notre écosystème au-delà des limites de notre propre survie – ce qui, dans l’histoire des espèces, n’a rien de neuf.)

Cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune différence entre l’Homme et les autres espèces. Bien sûr, il y en a. Mais quand on revient aux fondamentaux – vivre, survivre, trouver un sens – il me semble que notre appartenance au vivant est un meilleur prisme d’analyse que ce qui nous en sépare.

Car si nous sommes la nature, rien de ce que nous faisons ne peut être contre nature.

Nous faisons partie du grand tout. Les difficultés que nous rencontrons font partie du grand jeu. Et le mystère et la magie à l'oeuvre dans l'univers s'expriment aussi à travers nous.

17/7/23 présence société planète

Vide et Fabrication

Deux piliers du bouddhisme explorés récemment par la lecture du merveilleux Seeing that Frees de (feu) Rob Burbea, en écoutant les conférences de James Low que j’ai découvert il y a peu et, infatigablement, par les enregistrements d’Alan Watts qui ne cesse de m’émerveiller.

Le vide ("emptiness" en anglais) ne signifie pas qu’il n’y a rien.

Et pour cause : on voit, on entend, on ressent. On imagine. Quelque soit l’origine de ces perceptions et la nature de la réalité qui les produit, on peut se mettre d’accord là-dessus : on fait bien l’expérience de quelque chose. Donc non : il n’y a pas rien.

En revanche, dès qu’on s’intéresse à un sujet en particulier – un arbre, une chaise, un passant – on découvre qu’il est extrêmement difficile de définir quoique ce soit indépendamment du reste.

L’arbre, par exemple. Qu’est-ce qui fait qu’un arbre est un arbre ?

Facile ! Voyons… Un tronc. Des branches. Des feuilles. Des racines… Et voilà ?

Question : la terre autour des racines fait-elle partie de l’arbre ? Réponse : non ! La terre, c’est la terre ; l’arbre c’est l’arbre – ce sont deux choses séparées. Fort bien. Toutefois, a-t-on déjà vu un arbre sans terre ? Et s’il n’existe pas d’arbre sans terre, est-il bien raisonnable d’exclure l’un de la définition de l’autre ? Sur un même registre, l’air fait-il partie de l’arbre ? Avant de répondre, souvenez-vous que le bois vient du carbone de l’air piégé par photosynthèse. ("Les arbres ne poussent pas de la terre, disait Feynman, ils poussent de l’air.") Et, pour aller au bout du raisonnement, puisqu’il n’y a pas d’arbre sans photosynthèse, et pas de photosynthèse sans soleil, le soleil ne devrait-il pas être intégré à la définition également ?

Et la forme elle-même, la couleur des feuilles, les odeurs de bois et de chlorophylle, la rugosité du tronc, tout cela aurait-il un sens s’il n’existait, dans le même monde, des êtres doués de vision, d’odorat et de toucher pour en faire l’expérience ? Dès lors, ces caractéristiques sont-elles propres à l’arbre ou propres à ceux qui les perçoivent ? Le vert est-il une propriété des feuilles ou une propriété de notre cortex visuel lorsqu'on regarde un feuille ? Et dans ce cas, est-il bien raisonnable de nous exclure nous de la définition ?

arbre (n. m.) : Morceau d’univers fait de terre, d’air et de soleil dont les feuilles sont vertes quand certains animaux les regardent.

C’est pourquoi pour les bouddhistes, notamment dans la tradition du Dzogchen, rien n’existe indépendamment du reste.

Penser l’arbre sans terre, l’objet sans contexte, la partie sans le tout, c’est créer des concepts qui masquent la véritable nature des choses. Bien sûr, parfois, c’est bien pratique. Nos cerveaux n’étant pas extensibles à l’infini, il faut bien simplifier. Quand je choisis mes chaussettes le matin, je ne pense pas tous les jours au lien cosmique qui lie chaque fibre du tissu au reste de l’univers. Je prends les rayées parce qu’elles sentent moins fort.

Le problème survient quand on oublie que les concepts sont des concepts.

Ma chaussette, comme l’arbre, n’a pas d’essence propre, pas de caractéristique cardinale qu’on pourrait isoler du reste, pas de "chaussettitude" qui existerait indépendamment du monde et des observateurs. C’est ça que les bouddhistes appellent "le vide" : l’absence d’essence propre.

Donc quand, par soucis de commodité, je considère ma chaussette comme une entité à part, je crée un concept. Et pourquoi pas : si ça me facilite la vie, tant mieux. Mais quand je prends ce concept pour une réalité, c'est la fin des haricots. J’oublie que le mot "chaussette" n’est qu’une représentation interne d’un morceau du tout qui, à tous les niveaux – physiquement, biologiquement, historiquement – ne peut être séparé du reste. Ce faisant, je crée un objet qui n’existe pas. À partir de rien, j'ai peuplé ma réalité d'un nouvel élément qui impacte ma vision du monde et mes actions. C’est ça, "la fabrication".

Le souci de la fabrication ? Elle isole.

En conceptualisant chaque phénomène comme une entité à part, tout semble déconnecté de tout. Les objets entre eux. Les gens entre eux. Soi par rapport aux autres. Le monde par rapport à soi. On oublie que cette séparation entre chaque chose n’est qu’une idée qu’on a soi-même manufacturée pour graisser le quotidien. En jaillissent une certaine solitude, une compétition, un désir de contrôle.

L’objectif de la méditation, notamment dans la pratique de la non dualité, c’est de déconstruire un par un ces concepts afin de percevoir à nouveau le monde tel qu’il est : Entier. Unique. Présent. Et dont, au même titre que les arbres et les chaussettes, nous faisons partie intégrante.

--

En lien :

12/6/23 présence vacuité anxiété