Sans doute la meilleure façon de se détacher du futur.
Mais je suis toujours embêté quand on me pose la question.
Comment fait-on pour méditer ? J'en sais rien. Ça dépend.
Moi-même, ma pratique a beaucoup évolué.
Mais si je devais trouver quelques invariants, en positif ou en creux, je dirais ceci :
1. La méditation n'est pas prescriptive
Il n'y a pas d'obligation ni de but à atteindre.
"Je dois faire ceci."
"Je ne devrais pas sentir cela."
"Je dois atteindre tel état."
Non : l'objectif est justement de sortir des objectifs et des obligations extérieures.
Il n'y a rien à faire. Certains diront qu'il faut "juste être".
Mais c'est une formulation un peu vague pour être pratique.
Voici comment ça peut se décliner :
2. Au cœur : l'acceptation
Sûrement le plus important.
Prendre en compte et accepter ce qui est là, maintenant.
En particulier : l'état dans lequel on est.
L'objectif n'est pas d'être plus calme, plus détaché.
L'objectif n'est pas de changer son état.
Mais d'en prendre pleinement conscience.
Ne pas repousser les émotions, les pensées. Les accepter. Les vivre.
Mais je vous vois venir :
"Accepter ne devient-il pas alors... un objectif ? Ne vient-on pas de remplacer un objectif par un autre ?"
Pour moi, ça n'est pas objectif mais une mécanique : au sens de quelque chose qu'on fait sans attendre de résultat.
Ça se passe en deux temps :
3. Repérer et libérer les attachements
Soit je suis dans le flot du présent :
Sensations, pensées et émotions se succèdent.
Aucune ne reste longtemps.
Ce cycle court me rend disponible pour tout ce qui survient maintenant : le son, la prochaine pensée, le rayon de soleil.
C'est ça, la présence. Rien de plus. Un flot.
Soit un même contenu mental est bloqué et ne cesse de revenir.
Une pensée, une angoisse, une obligation.
Qui vient répétitivement se mettre entre moi et le présent.
C'est un attachement.
En temps normal, on cherche à s'en débarrasser par l'action.
Résoudre le problème à la source, en agissant.
En méditation, on le remarque et on l'accepte.
Sachant que pour moi, accepter veut dire :
4. Poser son attention sur le corps
Vous êtes assis à une table de café.
Avez-vous remarqué que, sans bouger, vous pouviez diriger votre attention sur la partie du corps que vous choisissiez ?
Vous pouvez soudain prendre conscience du bout de votre pied. De votre coude. Du haut de votre tête. De tout le corps.
(Ce qui est assez magique quand on y réfléchit un peu.)
Pour moi, accepter un contenu mental, c'est diriger mon attention vers sa manifestation dans le corps.
Car les attachements ont toujours une manifestation physique.
Une pensée qui n'est pas liée à une sensation corporelle... passe.
Donc je ne cherche jamais à chasser la pensée ou l'émotion.
Je pose juste mon attention sur la tension, le poids, la gêne (...) dans le corps qui lui est associé.
Je l'observe tranquillement se transformer.
Sans attendre de résultat.
5. Répéter
Ainsi, l'objectif n'est jamais pour moi de me sentir mieux.
Je prends simplement conscience du flot.
Quand le flot s'arrête, je pose mon attention sur ce qui bloque.
Pas pour résoudre le problème ni débloquer la situation.
Mais parce que, pour moi, c'est ça, la méditation.
Une mécanique. Qui n'est pas tournée vers un résultat.
Et pourtant, à terme, ça aide.
Parce qu'il est probable que les pensées qui vous torturent au quotidien soient réactives.
Inconsciemment, vous les avez vous-même mises en place pour éviter des émotions qui vous font peur.
En apprenant à accepter, vous arrêtez d'éviter.
Et le moteur à angoisse finit par manquer de fioul.