Ma jalousie professionnelle a presque entièrement disparu.
Je ne me sens plus en compétition avec personne.
Il est possible qu'autrefois, quand j'entendais parler d'un réalisateur de mon âge qui sortait un long métrage, qui gagnait un prix, ou qui réussissait quelque chose, une partie de moi était à vif.
Pourquoi eux et pas moi ? C'est injuste, c'est pas mérité !
Leur film n'est même pas bien !
Si le film était vraiment bien, ça m'apaisait un peu.
Une autre partie de moi était sincèrement heureuse que le film existe et la jalousie s'effaçait derrière une forme de reconnaissance.
Mais la plupart du temps, je trouvais que tout était de la bouillie, que tout se ressemblait, et dans cette masse indistincte, je ne voyais pas comment j'allais tirer mon épingle du jeu.
Maintenant, ça va mieux.
Je n'essaie plus de tirer mon épingle du jeu.
Ce qui est devenu réellement important pour moi, c'est d'exprimer exactement ce que je veux exprimer.
Et dans ce jeu-là, je ne suis en compétition avec personne.
Personne ne peut faire ce que je fais.
On ne peut rien me voler.
Et surtout, je n'ai besoin de personne.
Le but, autrefois, c'était de trouver des moyens.
Un producteur, des subventions, un distributeur...
Tout cela obligeait à rentrer dans un certain cadre, à faire partie d'un certain milieu.
Et je crois que c'était ça, l'objectif caché : faire partie d'un milieu.
Être reconnu par certaines personnes dans un certain domaine.
Exister dans le monde du cinéma.
Cette ambition a complètement disparu.
Je ne la trouve plus nulle part en moi.
Ma seule envie : fabriquer.
Je peux commencer maintenant, avec les amis qui sont là.
Pas pour faire une maquette ou une preuve de concept qui servira de "carte de visite" pour la suite.
Non : faire ce que j'aime. Tout de suite.
Pour moi et pour ceux à qui ça plaira.
"Mais certains films nécessitent des moyens ! C'est pour ça qu'on doit passer par les gardiens du temple."
J'ai réalisé que non.
Ce que j'ai à raconter, si je vais chercher au fond, n'est jamais lié à des moyens, à des lumières, à des décors.
Je peux le raconter avec ce qu'il y a ici. Avec cette serviette, sur cette table, avec ce passant.
Non seulement je peux mais c'est l'unique façon de le faire.
Tout le reste était une illusion depuis le début.