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Sur la maternité

On oublie trop vite les gens qui nous facilitent la vie.

On pense trop longtemps à ceux qui nous posent problème.

Ceux qui aplanissent le chemin, font la courte échelle au bon moment, aident de façon discrète quand on en a le plus besoin, ceux-là ont tendance à s'effacer au profit des autres : ceux qui créent le drame, compliquent la situation, présentent une menace. Un problème résolu, dit-on, c'est une chose de moins à penser. Par là-même, la main qui aide peut facilement être oubliée avec le problème qu'elle résout, là où le diable survit dans les complications qu'il crée.

Le cerveau s'efface au profit du monde, disait Alan Watts. Si je perçois le bruit de la rivière et la lumière du soleil, c'est parce que je ne suis pas sans cesse obnubilé par l'existence de mon système nerveux et l'activité de mes neurones. La machine disparaît au profit de l'expérience.

Par bien des côtés, l'instinct maternel fonctionne de la même façon. En pourvoyant en silence aux besoins vitaux, la mère permet à l'enfant de se concentrer sur le monde plutôt que sur sa faim, sa soif ou sa peur. Elle-même ne peut rester trop longtemps centre d'attention au risque de créer un attachement qui nuit à l'éveil. Elle a vocation à s'effacer au profit de tout le reste.

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L'Effet caméra

Souvent, quand je regarde un documentaire, je me demande comment des gens qui prétendent être si atteints, si déprimés, parfois si malveillants, peuvent sembler si ouverts, si sincères et avoir autant de recul au moment de raconter leur histoire. L'hystérique est parfaitement calme. Le menteur compulsif raconte toute la vérité. Ceux qu'on présentait comme souffrant de retards intellectuels ou émotionnels font preuve d'une clarté et d'une intelligence hors du commun dans leur introspection.

Ce n'est pas de la mise en scène, ni de la manipulation. C'est l'effet caméra.

Un jour, au milieu du train-train, un réalisateur les a appelés et s'est intéressé à eux. Il leur a posé des questions, a voulu en savoir davantage sur leur vie. Il ne semblait pas y avoir de prix à cet intérêt, pas de piège, rien à donner en retour. La confiance est née. Puis, le jour de l'interview, toute une équipe s'est mise en branle : on a installé des lumières, du matériel, déplacé des meubles et, au moment opportun, cette machinerie s'est tue pour recueillir leurs propos. Le réalisateur, le chef opérateur, l'ingénieur du son, l'assistant, tous ces gens étaient à l'écoute.

On cherche tous à prouver qu'on existe.

Par bien des côtés, la peur de ne pas être vu est la mère de toutes les peurs. À un petit niveau – l'irritation d'être bousculé par quelqu'un qui ne fait pas attention – ou à un niveau plus essentiel – la sensation d'être ignoré par ses parents, par ses amis, par le monde en général.

Lors d'une interview, cette peur s'éteint. Les lumières, la caméra, l'attention de toute l'équipe sont braquées sur soi. On a le temps. On se sent écouté. Les barrières qu'on avait mises en place pour se protéger, les réflexes qu'on avait créés pour prouver qu'on est là, pour attirer l'attention, tout cela peut être mis en pause.

On révèle la personne formidable qu'on serait à chaque instant si le monde prêtait attention.

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Qu'est-ce que la réactivité ? (Et pourquoi c'est mal)

En entreprise, bien sûr, c'est une qualité. On en veut à tous les étages.

En l'essence, la réactivité est la capacité d'analyser et de réagir à une situation qui sort du cadre initialement prévu. Lorsqu'on a conçu un plan qui, de toute évidence, ne marche plus ("c'est normal que le sous-sol soit inondé comme ça ?"), il faut être capable de mettre de côté les solutions périmées ("donc on ne rebranche pas le courant ?") pour initier des actions davantage adaptées à la réalité du problème ("on devrait peut-être dire aux enfants de remonter ?").

Donc si on vous pose la question en entretien d'embauche : oui, vous êtes réactif. À fond.

En philosophie orientale, c'est une qualité plus mitigée. Devenir moins réactif est même une mesure de progrès : un bouddhiste qui n'est pas fier de son comportement dira "j'ai été réactif" ou "j'étais dans la réactivité".

Dans ce contexte, la réactivité est le fait d'agir immédiatement sur la base de ses pensées et de ses émotions. Sans tampon, sans temporisation, sans leur donner une chance d'évoluer.

Pour les sages, pensées et émotions sont transitoires. Comme chaque chose en ce bas monde, les contenus psychiques apparaissent, suivent leur cours, puis disparaissent. La sagesse consiste à observer cette danse sans se laisser piéger par chaque humeur qui passe.

Car souvent, nous disent-ils, on accorde trop de crédit à nos pensées. On imagine que chaque idée est la représentation mentale d'une réalité sous-jacente ; que chaque émotion qui pointe à l'intérieur est la conséquence d'un phénomène qui se produit à l'extérieur ; qu'il existe un rapport 1:1 entre le monde physique et l'image qu'on en a. Dans cette vision des choses, il est primordial d'agir sans attendre puisque les pensées sont la réalité – ou en sont, tout du moins, de fidèles ambassadeurs.

Sauf qu'un minimum d'introspection met rapidement cette idée à mal.

Quand on ne les entretient pas artificiellement, force est de constater que les pensées... passent. Les émotions passent. Tout passe. Et généralement de façon très indépendante de la réalité à laquelle on les pensait attachées.

D'ailleurs, une même réalité peut se présenter de façon très différente au fil de la journée : inquiétante le matin, indifférente à midi, plus motivante le soir. Trois perceptions pour un même objet. Mais pour être témoin de ce changement (ce que les bouddhistes désignent sous le terme d'impermanence ou anitya), il faut ne pas agir à la va-vite le matin. En se lançant tout de suite dans l'action, en étant réactif, on ne se laisse pas la chance de voir disparaître cette première émotion au profit de la suivante, puis de la suivante, et ainsi de suite, révélant ainsi la nature essentiellement éphémère de nos contenus psychiques.

C'est d'autant plus important que, comme l'écrit Acharya Prashant dans Advait in Everyday Life (ne vous fiez pas à la couverture, ce bouquin est une mine) : la graine et le fruit de l'action ne font qu'un.

Autrement dit : l'action initiée sous le coup de la colère n'apporte que davantage de colère. L'entreprise bâtie sur la peur ne mène qu'à davantage de peur. L'émotion à la source du geste est celle qu'on retrouve à son dénouement, que le projet réussisse ou non.

Pensez-y : connaissez-vous beaucoup de millionnaires qui arrêtent les affaires une fois leur premier coup réussi ? Des politiciens qui ne veulent pas davantage de pouvoir une fois le premier poste atteint ? Des mafieux qui renoncent à la violence une fois les premiers rivaux éliminés ? Loin de la neutraliser, l'action valide et encourage l'émotion originelle.

Pour cette raison, l'action est rarement la bonne solution pour gérer ses émotions.

Transformer le monde extérieur ne mettra pas fin à cette tristesse. Accepter ou refuser cette proposition ne neutralisera pas cette angoisse. Utiliser la violence verbale ou physique n'arrêtera pas cette colère. Au contraire, l'action risque d'exacerber les émotions négatives et les pensées problématiques auxquelles elle était censée mettre fin.

Alors, que faire ? C'est à la fois le paradoxe et la solution : il n'y a rien à faire. Si vous ne les entretenez pas artificiellement par un désir d'action, les pensées naissent et disparaissent toutes seules, sans que rien ne soit requis de votre part. Car, comme disait l'autre :

"Tout ce qui a la nature d'apparaître va également disparaître."



Bouddha

Donc : quand je suis inquiet, triste ou angoissé, d'abord je gère l'émotion – en ne faisant rien – puis ensuite, seulement, j'agis. Mais souvent, à ce point, l'action n'est plus nécessaire. Ce qui me laisse le temps d'écrire tous ces articles à la con.

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Ennuyez-vous ! (Essence de la productivité)

Quand je trouverai le temps, j'écrirai un article récapitulatif sur mon approche de la productivité et sur le chemin que j'ai parcouru dans ce domaine.

Contrairement à ce que j'imaginais avant, la productivité n'est pas l'art d'en faire plus. ("Tiens, j'ai une heure de libre entre le sport et mon cours de cuisine, je vais apprendre la trompette !"). La productivité, c'est la recherche d'un alignement entre qui on est – ce qu'on croit, ce qu'on veut dans la vie, ce qui est le plus important pour nous – et la façon dont on passe son temps au quotidien. Trop souvent, les heures, les jours puis les années sont phagocytés par la routine, l'urgence, la fatigue. On finit par être en pilote automatique au service d'un travail, du train-train ou d'objectifs personnels qui ne sont plus à jour.

Retrouver une direction qui nous est propre, puis assurer que cette direction infuse dans chaque minute de chaque journée, c'est ça, l'essence de la productivité.

Mais comme je n'ai pas le temps – ironie ! – je vais partager cette vidéo de Pursuit of Wonder, une chaîne que je suivais à l'époque où j'étais beaucoup sur youtube. Si vous passez les sponsors de début et que vous affichez si besoin les sous-titres français (qui sont très corrects : options dans la barre de lecture > sous-titres > traduire automatiquement > français), vous aurez un aperçu d'une philosophie que je partage : l'importance du vide, de l'oisiveté, de l'ennui.

Chaîne que je recommande. J'aime les sujets qu'ils choisissent – des essais philosophiques ancrés dans le stoïcisme, le zen et bordant sur la science fiction – j'aime la voix hypnotique du type, j'aime les illustrations simples mais claires.

D'autres vidéo qui m'avaient plus : dans un genre un peu science fiction, il y avait The Machine. Dans le genre plus compte moral, il y avait The Nova Effect. Et dans le genre plus histoire, Every person is one choice away from everything changing. Enjoy.

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Monstres bibliques, capitalisme et fin de vie

J'ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement au New York Times et au New Yorker pour voir ce que ça fait. Ne pas m'engoncer dans mes habitudes de lectures et découvrir de nouvelles pistes.

Donc récemment, je me suis trouvé un peu con à certains moments clé où j'ai l'habitude de sortir mon portable. (Pause déjeuner : check. Pause prolongée aux toilettes : check. Avant de me coucher : check.)  Un peu comme quand j'avais arrêté Facebook & Co : comment je faisais avant ? Qu'est-ce que je lisais avant que mon téléphone portable ne consume ma vie toute entière ?

J'ai réfléchi à m'abonner à des newsletters gratuites. Mais encore rien trouvé de concluant.

Et puis par hasard, je suis tombé sur une mine.

Alors désolé : c'est en anglais. Je fais toujours un effort pour ne parler ici que de choses accessibles dans les deux langues ou dont il existe (ou dont je peux faire) une traduction. Mais là, que dalle.

Je suis tombé par hasard (via ce podcast de Lex Fridman) sur cet article incroyable : Méditations sur Moloch.

Moloch, c'est un monstre biblique qu'Allen Ginsberg a utilisé dans un fameux poème (en anglais ici, en français là, ça commence dans la deuxième partie) pour décrire ce qui ne va pas dans le monde. Beaucoup pense qu'il décrit le capitalisme, mais justement : dans méditations sur Moloch, l'auteur décortique le poème et montre que s'y cache quelque chose de beaucoup plus sombre.

Moloch, c'est la course vers le bas à laquelle chacun est obligé de participer même quand on sait qu'elle est mauvaise pour tous. C'est la nécessité d'abandonner des valeurs profondément humaines pour gagner des avantages compétitifs qui nous laisseront à la traîne si on ne fait pas comme les autres. C'est cette force qui pousse vers la survie ("l'état de subsistance", dit-il) plutôt que vers la vie et qui, une fois cette période transitoire d'abondance passée, nous réduira tous en esclavage.

Et dans ce très long article extrêmement bien écrit, bourré d'exemples et de références, il dévoile une vision absolument Lovecraftienne du monde dans laquelle les humains sont à la merci de monstres ancestraux qui s'affrontent les uns les autres. Et l'un d'eux, celui qui est probablement en train de gagner : Moloch.

Ça m'a fait réfléchir sur la nature humaine, sur notre époque et sur ce qui nous attend, notamment en terme de contraction énergétique à l'heure de l'avènement de l'Intelligence Artificielle – l'un des monstres qui pourrait travailler pour nous ou contre nous.

L'article m'a tellement saisi que je suis allé voir un peu autour. L'auteur se fait appeler Scott Alexander, il est psychiatre de son état et... il a écrit des tartines et des tartines. Genre des centaines de posts. J'en ai lu trois ou quatre au hasard et j'ai été subjugué par le détail, l'intelligence, l'originalité.

Par exemple, si vous avez le coeur bien accroché et que vous voulez réellement prendre conscience de votre condition de simple mortel – et, je répète, si vous parlez anglais – vous pouvez lire Who by very slow decay qui parle de comment les médecins affrontent la fin de vie – qui ressemble un peu à How doctors die dont j'avais parlé il y a longtemps et qu'il mentionne. (Coïncidence qui m'a fait cliquer sur l'article : "Who by very slow decay" est une phrase de la chanson de Leonard Cohen "Who by Fire" que j'ai découverte la semaine dernière.)

Encore mieux : quand on va sur son blog, il a une liste longue comme le bras de liens vers d'autres auteurs qui tiennent des blogs tout aussi fournis : économie, science, rationalité, etc... Que des sujets de geeks qui m'intéressent. Et sa marotte à lui, le fil qui lie ses articles, c'est l'altruisme efficace (effective altruism) qu'il explique extrêmemement bien.

Moralité : faisons le vide pour découvrir du neuf.

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2023 : L'Odyssée de la Normandie

Vous avez remarqué comme la musique de 2001 L'Odyssée de l'Espace de Kubrick rend tout étrange ? Non ? Et bien moi si :

(Ou c'est peut-être juste le Calvados qui est bizarre ?)

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Le Paradoxe des éléphants (et des dragons)

Le défi commence comme ça :

Ne pensez pas à des éléphants !

Bam ! Trop tard. Perdu.

Vous avez imaginé un éléphant. Ou Dumbo. Ou tout autre pachyderme lié à votre culture personnelle. Vous en avez peut-être imaginé un troupeau entier. La honte.

En psychologie, cet exercice sert à démontrer qu'on ne choisit pas toujours ses pensées. Une idée peut être plantée dans votre cerveau sans votre accord, comme sont plantées chaque jour des milliers de pensées par votre entourage, par les média, par le monde extérieur. Vous avez moins de contrôle sur votre mental que vous n'imaginez.

Mais depuis quelques années, j'apprends à développer une immunité.

Soyons clair : si vous me parlez d'éléphants, je vais penser à des éléphants, comme tout le monde. En revanche, si on faisait un concours et qu'il existait une machine pour mesurer ce genre de choses, vous verriez que je suis capable d'arrêter d'y penser beaucoup plus vite que vous.

C'est ça, mon super pouvoir : ne pas penser trop longtemps à des éléphants.

Ça peut paraître anodin (débile ?) mais cette capacité permet de vivre plus heureux. D'avoir moins d'anxiété, des relations sociales plus faciles, d'être plus léger en général. Mais avant de vous expliquer pourquoi, laissez-moi vous montrer comment. Parce que c'est très simple.

Pour arrêter de penser à des éléphants, il suffit de :

  1. S'autoriser à penser à des éléphants,
  2. Accepter d'être interrompu,
  3. Ne jamais célébrer.

Je développe.

La première étape paraît contre-intuitive mais elle est éminemment logique : si on essaie de s'empêcher de penser à des éléphants, on examine chaque pensée pour vérifier qu'elle n'en contient pas. Vous voyez le paradoxe : c'est le processus de vérification qui entretient l'idée. Même si vous parvenez à passer à autre chose, c'est la comparaison qui ramène l'éléphant.

Pour contourner le piège, l'objectif est d'accepter la prochaine idée quelle qu'elle soit, sans jugement ni comparaison. Éléphant ? Très bien. Tigre ? Voiture ? Fromage ? Formidable. Tout le monde est bienvenu. C'est ce que j'appelle "accepter d'être interrompu" : en supprimant la douane anti-pachyderme et en recevant sans condition ce qui vient, on rétablit le fil naturel de la pensée, le fameux "flot de conscience" qui, quand on ne le retient pas, ne s'attarde jamais trop longtemps sur un même sujet.

La troisième étape est décisive :

Ne pas célébrer, ça veut dire ne pas chercher à vérifier si on a réussi. Et donc ne pas se réjouir d'une éventuelle victoire. Car le même paradoxe entrerait en jeu : pour certifier cette victoire, il faudrait comparer la pensée actuelle avec la pensée interdite. Et patatras : revoilà l'éléphant.

C'est ça, l'essence profonde de "passer à autre chose" : ne plus entretenir le souvenir qu'on évite. Ne pas comparer le présent avec le passé qu'on ne veut plus. Accepter d'être ailleurs, entièrement.

Pourquoi ça rend la vie plus facile ? Parce que ce qui marche pour les éléphants marche pour l'anxiété, pour la jalousie, pour la colère. Par exemple, voici ma recette en trois étapes pour se débarrasser de l'angoisse :

  1. S'autoriser à être angoissé,
  2. Accepter d'être interrompu par une autre émotion,
  3. Ne pas vouloir célébrer la disparition de l'angoisse.

Là encore, la dernière étape est déterminante : après la bataille, on aimerait se réjouir de la mort du dragon. Crier qu'il y avait ici un monstre qu'on a vaincu. Sauf qu'il suffit de prononcer son nom pour qu'il revienne : là où cherche de l'angoisse – même pour vérifier qu'il n'y en a plus – on en trouve toujours un peu.

D'où l'importance d'avancer, de passer à autre chose sans se retourner.

Après, tout dépend de ce qu'on cherche dans la vie : exister comme le Grand Tueur de Dragons dans un monde qui en est infesté ? Ou vivre comme un quidam dans un monde où ils n'existent pas ? Car les deux sont possibles et le choix dépend entièrement de soi.

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Léonard Cohen : Texte et Musique

Je redécouvre Léonard Cohen : The Partisan, oui, mais aussi "Who by Fire" qui me parle pas mal en ces périodes d'exploration zen.

Who by Fire, de Leonard Cohen

Je suis impressionné par la liberté métrique.

Chantonner Leonard Cohen sous la douche est moins facile que prévu : on se retrouve avec des syllabes en trop, des temps en moins, on balbutie en fin de phrase, trompé par l'apparente simplicité de l'interprétation.

C'est la force des ses chansons, je trouve : la simplicité. Pas d'adjectif inutile, pas de rime obligatoire, pas de métrique imposée. On est surpris par une phrase qui s'arrête plus tôt que prévu ("I took my gun and vanished"), par la répétition inattendue d'un mot ("Oh the wind, the wind is blowing. Through the grave the wind is blowing") ou par le changement constant de métrique qui créé une musique dans la musique, comme dans "Who by Fire".

Cette liberté créé la surprise. La surprise donne du poids à chaque idée.

J'ai toujours pensé – sans trop y réfléchir, honnêtement – que la chanson était une prolongation de la musique. D'abord on apprend la guitare, ensuite on cherche quoi chanter. En écoutant Léonard, je comprends que la chanson peut être une extension de la littérature ou de la poésie : d'abord on écrit un texte, ensuite on trouve la musique pour le faire résonner.

Quand on s'arrête à l'écriture, il est impossible d'obliger le lecteur à faire une pause sur un mot ou de percevoir la couleur émotionnelle d'une phrase – ou alors en ajoutant d'autres mots qui diluent l'ensemble. Dès lors, une chanson peut être vue comme une mise en espace (et en temps) d'un texte. Par le rythme et l'interprétation, on donne à chaque mot la place et la coloration que l'auteur avait imaginée mais que la page seule ne pouvait retranscrire.

Bref, bientôt : Boulengerie, l'album. Préparez-vous.

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L'ascèse rend-elle heureux ?

Je m'étais laissé un peu aller alors ce week-end, j'avais prévu de reprendre les choses en main.

Zéro sucre : fini les pâtisseries, les gâteaux et le chocolat noir. Zéro alcool : on ne passe pas au Pub – ou alors pour un Perrier. Deux vraies sessions de méditation par jour : c'est vrai qu'à Paris, entre mon fils et les rendez-vous, je fais souvent ça trop vite – on s'y remet.

Puisqu'on y est : plus de portable. Je ne suis plus sur Facebook et compagnie mais je passe des heures sur Reddit et Youtube. On désinstalle ! (Quitte à réinstaller plus tard...)

Et pourquoi s'arrêter là ? J'ai poussé le vice jusqu'à faire l'expérience suivante :

Pendant quarante-huit heures, quand j'avais envie de faire quelque chose qui n'était pas nécessaire... Et bien NON ! Je ne le faisais pas. Le but n'était pas de me priver ou de souffrir inutilement mais d'étudier ma réponse à la frustration, de voir comment mon cerveau réagit sous pression, d'observer les pensées et les émotions suscitées par la rupture de mes habitudes.

J'ai appelé ça mon expérience stoïcienne.

Récemment, je m'étais interrogé sur le rôle de l'effort, de l'inconfort et de la discipline. Notamment, en écoutant le podcast de Chris Williamson avec David Goggins sur comment dépasser ses limites, en relisant Marc Aurèle et ses potes stoïciens, en repensant à certains enseignements du Bouddha sur la nature de l'expérience, en réécoutant la présentation de Joseph Goldstein sur la fin des passions, mais aussi, simplement, en prenant exemple sur des personnalités que j'admire qui semblent gérer l'effort différemment.

Aussi : grâce au contre-exemple de proches que je vois sombrer sous le poids de leurs addictions.

La théorie est la suivante : puisque personne n'échappe à la souffrance et à l'inconfort, il faut apprendre à vivre avec. Mieux : en faire des alliés. On ne contrôle pas les circonstances extérieures, c'est vrai, mais on peut contrôler notre relation à ces circonstances. Là existent une marge de progression et un terrain d'expérimentation.

Premier constat du weekend : c'est dur. Mais bref.

L'instant où on se refuse le gâteau, le session youtube sur le canap' ou la p'tite bière de fin de journée, cet instant-là est extrêmement difficile à traverser. Tout, à l'intérieur de soi, hurle : "Mais pourquoi ?! On a toujours fait comme ça !". Le poids des habitudes pèse et le corps se rebelle : la sensation de faim se fait plus aiguë, ou la fatigue, ou l'envie de boire. Il faut faire un effort qui semble démesuré face à la taille réelle de l'obstacle.

Et une minute plus tard... plus rien.

L'inconfort et la difficulté ont disparu aussi vite qu'ils étaient venus. Pas de trace, pas de séquelle. On ne se sent ni mieux ni moins bien, comme si l'obstacle n'avait jamais existé.

Puis, à mesure qu'on laisse passer chaque nouvelle envie, ça devient de plus en plus facile – toute catégorie confondue. On finit par moins vouloir, être moins attaché à la satisfaction de son désir. Sans objectif à atteindre dans le futur, on devient plus disponible pour le présent : on reçoit ce qui est plutôt que sans cesse comparer avec ce qui devrait être.

Conséquence : on réalise que, tout le reste du temps, on agit sur la base de pulsions très éphémères qui n'ont aucune conséquence sur le bonheur à long terme. Pire : satisfaire une envie renforce le mécanisme du "je veux / j'obtiens" qui rend plus difficile de résister au prochain assaut. Lâcher prise se travaille comme un muscle.

Deuxième constat : on se trouve dans des situations inédites.

Quand je m'interdis de m'effondrer sur le canapé pour une nouvelle session youtube, pendant un moment, je me trouve un peu con. Qu'est-ce que je fais à la place ? Si je ne m'allonge pas, je reste debout ? Je m'assois ? Mais... où ? À mon bureau ? Sur cette chaise dans le coin qui ne sert jamais ? Mais... POUR QUOI FAIRE ?

Une habitude, c'est l'autorisation qu'on se donne de s'abandonner corps et âme à une activité familière qui ne pose aucune question. Dès qu'on rompt le traintrain, plus rien ne va de soi et les questions reviennent. Tout devient nouveau et mystérieux. Et si je jouais du xylophone ? Si je nettoyais les carreaux ? Rappelez-moi : qu'est-ce qu'on faisait pour se distraire avant les portables ?

Parce que soyons honnête : une session youtube, c'est vingt minutes minimum – et il y en a plusieurs dans la journée. La bière, c'est souvent deux bières, et ça implique un trajet, des potes et du blabla. Quand au sucre, c'est comme la bouffe en général : c'est tout un rituel qui nécessite de faire des courses, de cuisiner, de manger, de faire la vaisselle, etc. Souvent avec la radio ou la télé.

Donc c'est mathématique : quand on arrête tout ça, on a du temps en plus.

Des heures, littéralement.

C'est pourquoi ce weekend, sans vraiment m'en rendre compte, je me suis remis à dessiner, j'ai refait de la musique sur mon Pocket Operator, j'ai visité une maison de retraite et un cimetière, j'ai lu beaucoup plus que d'habitude, et mon journal est rempli de fulgurances sur le sens de la vie et la nature de l'existence.

Je recommande.

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Formons un groupe !

Chanson du moment. Je l'aime parce qu'elle n'a pas vraiment de refrain, les paroles sont nostalgiques et elle finit en apothéose. C'est pas tout jeune – 2007 – mais je l'ai découverte récemment à la suite de This is the life que j'ai toujours appréciée.

Le thème commun des deux morceaux, c'est... comment dire ? Une mythologie associée à la musique et à l'adolescence. Les groupes, les soirées, les fêtes, les festivals... Quand on est jeune, ce n'est pas simplement la culture ou une étape de la vie : c'est un monde. C'est le monde. (This is the life!)

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J'aurais voulu être Jeff Bezos

Aller voir les pièces des mes potes comédiens quand j'étais en école d'acteur m'a dégoutté du théâtre fauché, voire du théâtre tout court. Maintenant, soit je vais à la Comédie Française voir des classiques, soit tant pis : je regarde Netflix.

C'est donc plus pour passer une soirée entre potes que j'ai suivi le mouvement pour aller voir J'aurais voulu être Jeff Bezos d'Arthur Viadieu au Théâtre de Belleville, avec mon pote Bob Levasseur. Je ne m'attendais pas à grande chose. Et ça dure une heure trente.

C'est devenue ma pièce préférée du monde entier.

Tout : le sujet, l'écriture, la mise en scène, le jeu de tous les comédiens. Je ne voulais plus que ça s'arrête. j'ai ri, j'ai été touché, j'ai appris. Ça redonne confiance en la création. Bravo les ami·e·s.

Alors ne les manquez pas tant qu'ils sont à Belleville.

UPDATE : vous les avez ratés ? Ils reviennent en octobre 2023 à Belleville !

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Rien d'autre à dire (pas gai mais beau)

Bien sûr, vous connaissez ce titre depuis belle lurette. Parce que vous êtes cools, vous.

Mais saviez-vous que Dan Klein, le chanteur de The Frightnrs, est mort de la maladie de Charcot ? Je trouve que ça fait quelque chose d'écouter une chanson en sachant que :

  1. Le chanteur est décédé avant la sortie de son premier l'album,
  2. Il savait qu'il allait mourir au moment d'enregistrer le morceau,
  3. On va tous mourir.

Alors oui : c'est du reggae. Mais du reggae new yorkais, me dit-on.

Et quand vous entendrez s'élever les premiers notes de son chant sinueux et mélancolique*, je pense que, comme moi, vous serez conquis :

Till Then, par The Frightnrs

** I never chose to love so sweet a rose, I suppose I was just made that way. (Je n'ai jamais choisi d'aimer une rose si délicate, je suppose que j'ai simplement été fait comme ça.)*

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Pourquoi faire vite ?

Je passe tellement de temps à écrire sur ordinateur (roman, scénario, journal, email, etc.) que j'ai récemment commencé à m'entraîner à taper au clavier. Chaque mot-par-minute gagné me sera repayé au centuple – voilà mon plan diabolique.

Au cours d'une de ces sessions dactylographiques, je me suis rendu compte du phénomène suivant : j'obtiens de bien meilleurs scores quand je n'essaie pas d'aller vite.

Plus exactement : quand je me concentre uniquement sur la précision (faire zéro faute en allant aussi lentement que nécessaire), je deviens à la fois plus rapide (en nombre de mots par minute) et plus précis (en nombre d'erreurs par phrase). Autrement dit : je tape plus vite quand je prends mon temps.

D'où ma question : dans combien de domaines suis-je inefficient (ou tout simplement mauvais) parce que j'essaye d'aller trop vite ?

D'ailleurs, pourquoi aller vite ?

Il semble qu'on n'y puisse rien : c'est un réflexe conditionné. Dès qu'on maîtrise les bases d'une activité, l'étape suivante est de vouloir augmenter la cadence. Trouver la technique, l'astuce, le gadget qui permettra d'aller plus vite pour améliorer le rendement. Ne surtout pas perdre son temps.

On voit ça partout. À l'école, les meilleurs élèves sont ceux qui brillent en temps limité. En sport, la médaille est attribuée au plus véloce. Au travail, le premier arrivé remporte le marché ou la promotion. C'est tellement entré dans les mœurs qu'on n'y pense même plus.

Mais récemment, j'organise la résistance.

En y réfléchissant un peu, on réalise qu'il existe de nombreuses activités où la vitesse n'est pas aussi nécessaire qu'on imagine. Grosso modo, à moins d'être urgentiste, pompier ou sprinter, on a pris l'habitude d'aller trop vite en tout.

Donc la prochaine fois que travaillerez, que vous marcherez ou que vous ferez le ménage, posez-vous cette question magique : "Pourrais-je faire cette activité beaucoup, beaucoup plus lentement ?".

Cette façon de voir les choses a transformé mon quotidien.

L'idée que je pourrais accomplir une tâche "à mon rythme" sans considération de vitesse ou d'efficacité me rend toute activité beaucoup plus sympathique. Je procrastine moins. Je suis moins anxieux dans le travail. Je considère sans appréhension des actions que je n'aurais jamais songé entreprendre auparavant. Et quand je remarque un stress latent, je peux souvent le relier à une pression de rendement sous-jacente.

Mais surtout, cette philosophie a un autre avantage auquel je ne m'attendais pas : ralentir m'a rendu beaucoup, beaucoup plus rapide en tout.

* Pour ceux que ça intéresse, ma routine pour taper au clavier : je commence par keybr où mon objectif est de faire un zéro faute avec majuscule et ponctuation activées. Une fois réussi, je passe à monkeytype où je dois avoir plus de 96% de précision (français 2K avec majuscules et guillemets). Enfin, 10fastfingers pour aller le plus vite possible toujours en restant au-dessus des 96%.

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Trois règles de vie pour changer le monde

Changer le monde, peut-être pas. Mais déjà, vous arrêterez de me casser les pieds.

1. Plus de "bon appétit" à tout bout de champ

À table, avec votre famille, avec vos amis : éclatez-vous.

Même si le manuel de Nadine de Rothschild dit que ça ne se fait pas (quelle est la prochaine étape : "bonne graille ?" faisait remarquer un convive), ça fait partie de la culture française, de votre liberté d'expression et sinon, comment briser la glace avec tous ces gens auxquels on a rien à dire ?

En revanche, quand vous voyez, assis sur un banc public ou à une terrasse, quelqu'un que vous ne connaissez ni d'Ève ni d'Adam, que vous ne recroiserez jamais de votre vie, et qui est en train prendre la première bouchée de son sandwich en lisant le journal... Pourquoi l'emmerder ?

C'est vrai : c'est toujours agréable de connecter avec un autre être humain.

Mais à part l'obliger à avaler de travers pour répondre un "merci" sans conviction et disparaître à jamais de sa vie, qu'avez-vous accompli ? Qu'avez-vous tiré de cette interaction ? Pourquoi cet entrain dans la voix et ce petit sourire satisfait en repartant rue d'Amsterdam ? (Les intéressés se reconnaîtront.)

2. Plus de croissant inutile

Si vous êtes serveur et que je vous demande un café, inutile de me proposer "Et vous ne voulez pas un petit croissant avec ça ?".

Non. Je ne veux rien. Remballe ta camelote.

Si j'avais voulu quelque chose, j'aurais prononcé les mots correspondants. J'aurais articulé "avec un croissant" ou j'aurais demandé "une formule petit déjeuner". Je n'ai besoin d'aucune assistance dans l'appréciation de mes désirs ni la formulation de mes envies.

Alors je sais : c'est probablement votre patron qui l'exige. Mais laissez-moi partager un secret avec vous : rien ne vous oblige à suivre des ordres débiles quand votre patron ne se tient pas juste derrière vous. Et je refuse de croire qu'il se repasse les enregistrements de surveillance en lisant sur vos lèvres pour vérifier que vous suggérez les bonnes pâtisseries. (Si c'est le cas, foutez le camp.)

C'est quoi la prochaine étape ? Commander un verre d'eau pour entendre le serveur vous glisser à l'oreille "vous n'iriez pas faire un petit pipi avant ?". Au moins, je trouverais ça drôle.

3. Commencez maintenant

Terminons sur du positif.

Qu'il s'agisse de méditation, d'exercice physique ou de recherche d'un sens à votre vie, commencez maintenant. Mettez-vous y aujourd'hui. Tout de suite. Ne finissez même pas ce paragraphe. Allez-y.

Surtout, n'attendez pas "d'avoir fini tel projet" ou "d'être dans de meilleures dispositions".

Il y a deux raisons de ne pas attendre :

  1. Sans équilibre, votre projet va sûrement dans la mauvaise direction et son accomplissement ne fera que vous enfoncer davantage. Quant aux meilleures dispositions, elles ne viendront que si vous faites ce qu'il faut. Commencez.
  2. Si vous repoussez ce qui améliore votre vie à plus tard, "quand vous aurez le temps", vos bonnes résolutions disparaîtront en même temps que votre temps libre. Or, c'est là que vous en avez le plus besoin.

Par exemple : je médite et j'écris mon journal chaque matin. Parfois, je saute un jour ou deux – ça arrive. Mais jamais – ô grand jamais ! – quand j'ai une journée importante ou chargée. Au contraire : c'est là que ça compte et que j'ai besoin de toute mon énergie mentale.

Les lendemains de cuite où je mange du gras en regardant Netflix, c'est moins grave.

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Sites web, Wordpress, Drupal : comment faire mal

Un mot rapide sur comment je fais mes sites internet parce que ma méthode est :

  • Extrêmement lente,
  • Très fastidieuse,
  • Pas du tout sécurisée,
  • Impossible à partager / mettre à l'échelle,
  • Une énorme perte de temps dans ma vie.

Si vous voulez faire la même chose, voici comment.

À la préhistoire, je faisais des sites statiques en HTML / CSS. Et c'était drôle. J'avais appris le html au cours d'un stage dans une boîte internet et je prenais beaucoup de plaisir à faire des sites psychédéliques où tout bougeait grâce à des gifs (maintenant je prononce "jguif" pour mettre tout le monde d'accord) soigneusement placés.

J'aurais dû m'arrêter là.

Puis je me suis mis à Wordpress. Et soyons clair : c'est très bien, Wordpress. Un environnement très mature, une base de code solide, une communauté très active autour d'un schéma open source avec des possibilités payantes pour ceux qui veulent. Quelque soit votre business, dans 90% des cas, Wordpress est une bonne solution.

J'aurais dû m'arrêter là.

Mais quand est venu le moment de faire un site web pour ma société ChezFilms, je voulais davantage de contrôle. Sur l'esthétique, les catégories, la navigation. J'ai commencé par un site statique en html : simple, sobre, rapide. Les infos importantes sur la société, des films de démonstration, une adresse email et puis c'est marre.

Et c'est là que j'ai déconné. J'ai mis le doigt dans l'engrenage.

Je me suis dit : "si je créais quand même une toute petite base de données pour rentrer mes films" ? Après tout, avec plus de 60 films à mon actif, ça avait du sens de pouvoir naviguer les projets par client, par métier, par genre, etc. J'ai donc relié mon site à cette base en php.

Mais pour remplir cette base et la mettre à jour, il fallait bien une console d'administration. Donc j'ai programmé ça, toujours en php : une façon rapide et adaptée de rentrer les films, les équipes, les projets. La version 1 ne concernait que les films. Pour la version 2, j'ai étendu aux autres types de posts : photos, articles, vidéos, etc.

Et avant que je m'en rende compte, j'avais programmé un nouveau Wordpress.

En beaucoup, beaucoup, beaucoup moins bien, évidemment. Mais – je dois l'admettre – très adapté à mes besoins. De sorte que si vous allez sur ChezFilms, c'est encore mon code qui fait tourner le site. (Update : non, ce n'est plus le cas !) La console permet aussi de gérer factures et devis.

Puis... J'en ai eu marre. Depuis le début de l'année, comme vous le savez, je mène une approche davantage centrée sur le contenu que le contenant.

J'ai donc tout repris à zéro en utilisant Drupal.

C'est un framework qui permet de construire un site de A à Z mais plus en profondeur que Wordpress. L'architecture est extrêmement modulable de sorte qu'on peut faire ce qu'on veut avec un minimum de code. Et il existe des templates tout faits. C'est avec ça que j'ai créé cette version de la Boulengerie et que je vais créer la prochaine version de ChezFilms.

Et après, c'est promis : on s'arrêtera là.

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Statistiques de la matinée

Distance marchée ce matin : 8.9km

Nombre d'enfants déposés à la crèche : 1

Envie de travailler : 0

Écrits dans le journal : 1231 mots (7287 caractères)

Argent dépensé en cafés boissons : 11,40€

Nombre de rendez-vous très importants cet après-midi : 2

Nombre de rendez-vous reportés sans date : 1

Nombre de rendez-vous repoussés d'une heure : 1

Nombre de fois où je me suis dit que dans la vie il faut vraiment rien prévoir enfin on peut prévoir mais le plus important est d'être capable de danser avec le chaos quand rien ne se passe comme prévu : 2

Nombre de femmes croisées en train de sangloter devant le Bataclan : 1

Nombre de fois où avoir lu le nom d'une actrice que je connais vaguement sur l'affiche d'une pièce à succès m'a fait réfléchir sur l'importance de faire grandir son réseau pour réussir à tel point que j'ai lu l'article wikipedia sur la théorie des graphes pour réfléchir plus profondément aux connexions qui nous lient et imaginer comment on pourrait automatiser le process de trouver des gens qui nous correspondent : 1

Nombre de fois où j'ai eu l'impression de perdre mon temps et de ne pas faire ce que je devrais être en train de faire : 4

Nombre de fois où je me suis dit "tant pis, je fais ce que je fais, arrête de juger" : 3

Nombre de fois où ça a aidé : 2

Nombre de coups de fil reçus pendant la rédaction de ce poste : 1

Nombre de rendez-vous reportés sans date qui ont maintenant une date : 1

Succès de cette matinée sur une échelle de 1 à 10 : 10, les doigts dans le nez.

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Sous son œil

Il est certains regards qu'on a intériorisés.

Celui d'un parent, d'un professeur, d'un ami, d'une idole. Quelqu'un qui a eu de l'importance à un moment et qui est devenu un filtre invisible et permanent dans notre façon de voir le monde.

Sans s'en rendre compte, on réagit pour cette personne.

On imagine inconsciemment ce qu'elle trouverait admirable, ridicule, bienvenu, inapproprié. On fait semblant d'apprécier, de détester, de s'amuser, d'être offensé. On agit contre son instinct pour obtenir l'approbation de quelqu'un qui n'est pas là.

On en vient à vouloir contrôler ses pensées. À justifier les fulgurances qui ne vont pas dans le bon sens. Celles qui ne plairaient pas.

Parfois, plusieurs regards se fondent en une masse indistincte qui n'a plus de nom. Une présence multiforme qui juge et qui devient une partie de nous. Voilà le danger : quand la genèse du regard disparaît et qu'il ne reste plus qu'un jugement permanent dont on ignore l'origine. On cherche à marquer des points dans un jeu sans adversaire qu'on ne peut pas gagner.

Le premier remède est de s'en rendre compte. Reconnaître ces moments où le surmoi nie l'instinct, où le cœur dit une chose à laquelle le cerveau s'oppose par réflexe. Comme si l'élan lui-même était tabou. D'où vient ce jugement ? Y a-t-il une présence derrière tout ça ?

Ensuite, se souvenir que ces regards sont des constructions intérieures qui n'ont plus aucun lien avec les personnes qui en étaient la cause. Des jugements qu'on entretient entre soi et soi, sans ancrage dans la réalité, et dont on peut choisir de se débarrasser sans demander la permission.

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Pourquoi la technologie me met de mauvaise humeur

Oui, c'est un lieu commun, mais dont j'ai pris conscience récemment à titre très personnel.

J'ai réalisé dernièrement que j'étais davantage prompt à m'énerver après de longues périodes de travail sur ordinateur. À cause des bugs ? Pas du tout. Parce qu'après une interaction prolongée avec un esclave numérique qui répond au moindre clic, qui exécute mes ordres sans discuter, sans juger, sans se fatiguer et qui, en outre, brille par sa rapidité, son harmonie visuelle et sa disponibilité sans faille, je suis beaucoup moins enclin, quand je retourne parmi les vivants, à supporter la lenteur, l'incompétence et la mauvaise foi du monde.

Songez-y : à l'époque où nos ancêtres ne se souciaient que de la terre et des saisons, rien dans leur quotidien – rien ! – ne répondait au doigt et à l'œil. Tout dépendait de la force humaine, animale ou naturelle. L'instantané n'existait pas.

Ma théorie est donc la suivante : le jour où on a inventé l'interrupteur, l'humanité a perdu un peu de son calme

NB: Je réalise que l'informatique énerve aussi ma mère mais pour la raisons exactement inverse : l'absence totale de contrôle sur ce qui se passe à l'écran. À chaque fois que je la vois intéragir avec un ordinateur, ça me rappelle ce mème :

Sur Microsoft word.



Bouge une image de 1 mm sur la gauche.



Tout le texte et les images se décalent.



Quatre nouvelles pages apparaissent.



Au loin, des sirènes.

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Ce que j'avais adoré dans La Famille Addams (mais que j'ai détesté dans Mercredi)

Je profite d'avoir arrêté au milieu du premier épisode de Mercredi (j'ai essayé d'aller au bout, je promets, j'ai même arrêté puis repris) pour vous raconter ce que j'avais vraiment aimé dans le film de Barry Sonnenfeld La Famille Addams.

D'abord, oui : c'est un type d'histoire difficile à naviguer. C'est piégeux, pour un scénariste. Quand on suit une famille où tout est à l'envers, ou le mal est bien, où le haut est bas, et où toutes les valeurs sont inversées, le spectateur peut avoir un problème d'identification avec les personnages. S'ils aiment tant la tristesse et l'échec, quelle est leur motivation pour surmonter les obstacles que le film met sur leur chemin ?

La version de Sonnenfeld avait trouvé un bon équilibre. Mais pas seulement : il avait réussi à complètement renverser la vapeur.

Sans rien perdre de l'esprit de la série, le film avait brillamment dépeint ce que de nombreux psychologues, sociologues et maîtres zen décriraient comme la famille parfaite.

Si, je vous promets. Si vous ne me croyez pas, je vous encourage à revoir le film sous cet angle. Je ne pourrais pas faire la liste de toutes leurs vertus mais en voici quelques unes en pagaille :

C'est une famille unie où plusieurs générations vivent sous un même toit ; les parents sont amoureux et professent sans cesse leur attachement en public ; ils sont cultivés, vivent au milieu des livres et parlent plusieurs langues ; ils suivent leur passion sans juger les autres et sans se soucier de ce qu'on pense d'eux ; ils discutent ouvertement de la mort et cultivent un rapport avec leur ancêtres dont ils tirent une partie de leur identité ; ils aiment rire, faire la fête et dansent extrêmement bien ; l'éducation des enfants est construite autour du jeu, du dialogue et de la confiance ; malgré leur richesse, leur culture n'est jamais basée sur l'argent ni la possession ; malgré tout ce qui les sépare des autres, ils n'ont jamais peur des étrangers et sont extrêmement inclusifs, y compris avec ceux qui ne leur ressemblent pas et les jugent sévèrement.

Et lorsque le ciel leur tombe sur la tête, ils se serrent les coudes avec dignité.

C'était ça, la force et l'ironie du film : le véritable modèle, c'était la famille Addams. Pas la Famille Parfaite qui  juge le reste du monde en chemin vers l'église. (Mais dont certains membres trouvent une rédemption grâce aux Addams, justement.)

Je ne m'attendais pas à la même chose dans la version Netflix, bien sûr. Mais ils se sont pris les pieds dans le tapis, ai-je trouvé. Ils ont pris l'anecdotique du film pour en faire le coeur de la série. Et n'ont pas su naviguer l'inversion des polarités.

Bien sûr, tout le monde me dira que tout le sel se trouve dans la fin du premier épisode que je n'ai pas vue. Ou dans les épisodes suivants que je ne regarderai pas. Mais rassurez-vous : j'ai vu la danse de Mercredi sur internet. Je n'ai donc pas tout manqué.

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Comment les habitudes contrôlent notre vie

Nos habitudes sont une aubaine et une malédiction.

Une aubaines parce qu'elles permettent de ne pas réinventer la roue en permanence. On se laisse guider par le train-train : les mêmes actions, dans le même ordre, produisent les mêmes résultats. On ne peut pas tout remettre en question chaque matin.

Une malédiction parce qu'elles nous emprisonnent. Une fois mises en place – depuis des années, des décennies – elles sont extrêmement difficiles à transformer. On fait ce qu'on fait parce qu'on ne sait pas faire autrement.

Une habitude ne requiert pas d'énergie mentale. En suivant le même trajet, les mêmes automatismes, on met une partie de son quotidien en pilote automatique afin d'être disponible pour le reste. Mais quand on veut changer – arrêter de fumer, commencer le sport, ne plus se ronger les ongles – l'effort nécessaire consomme une énergie qu'on ne peut plus utiliser ailleurs. Tout le reste en devient d'autant plus difficile.

On est la somme de ses habitudes.

De nombreux traits qu'on pense faire partie intégrante de notre identité sont en réalité des habitudes qu'on pourrait changer. Ce que les psychologues appellent "le déclaratif" ("moi je suis ainsi, j'aime ceci, je déteste cela, je fais toujours telle ou telle chose, etc") est souvent une excuse pour justifier une façon de faire qu'on n'a pas l'énergie d'amender.

Et puis c'est rassurant, la fatalité. Il est plus facile de dire "je suis comme ça" que d'essayer de faire autrement.

Ce lien entre identité et habitude est décrit par James Clear dans Atomic Habits. Notre culture aujourd'hui, dit-il, est le résultat de nos habitudes de lecture des dix dernières années. Notre santé, le résultat de nos habitudes alimentaires et sportives des dix dernières années. Nos finances, de nos habitudes de travail et d'épargne des dix dernières années.

Et la personne qu'on sera dans dix ans, le résultat des habitudes qu'on met en place aujourd'hui.

Mais ce que je trouve passionnant – et qui a été une véritable source de progrès au cours des dernières années – c'est de reconnaître notre ignorance presque totale de leur genèse.

Le plus souvent, on ignore comment sont nées nos habitudes. Plus elles sont anciennes, moins on sait. Et puisqu'elles contrôlent une grande partie de notre vie, cela revient à dire que, bon an mal an, on ignore pourquoi on agit. Pire : quand on nous pose la question, on affabule, on invente des excuses mêlant "je suis comme ça" aves des histoires fumeuses sur le passé, les croyances, la société... Tout plutôt que d'admettre qu'on ne sait pas.

Pensez-y : pourquoi mangez-vous trois fois par jour ? D'où vient votre rapport au travail, à la réussite, à l'échec ? Comment sont nées vos  addictions ? Vos passions ? Pourquoi écoutez-vos cette musique, regardez-vous ces émissions, faites-vous confiance à tel groupe plutôt qu'à tel autre ?

D'où vient tout cela ? De vos parents ? De l'école ? De la télévision ? Du travail ?

Et surtout : si vous ne savez pas comment ni pourquoi ces habitudes se sont installées, comment savoir si elles sont vraiment bonnes pour vous ?

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10 résolutions moins débiles pour 2023

Moins des résolutions que des grands principes que j'explore depuis quelques années :

  1. Gagner en clarté Sans clarté, chaque décision, petite comme grande, est tributaire de nos peurs irrationnelles, de nos angoisses inconscientes et finit par nous mener dans la mauvaise direction. La clarté est la première chose qu'on devrait rechercher. Avant le travail. Avant l'amour. Avant de se brosser les dents le matin. Mais voilà : pour se rendre compte de son importance, il faut déjà en avoir un peu. C'est le paradoxe. À moins de...
  2. Vouloir progresser Ça paraît simple, presque enfantin, mais ça marche. Appelez-ça comme vous voulez : la foi, la grâce, la résilience. Si on cherche réellement à grandir, à gagner en sagesse, à devenir une meilleure personne, on trouve un chemin. Même si ce chemin n'est pas visible pour l'instant ou – plus difficile – si ce n'est pas celui qu'on avait prévu au départ. Mais il faut le vouloir vraiment. Genre : vraiment vraiment. Alors aucun paradoxe, aucune excuse, aucun obstacle ne tient. C'est la véritable foi.
  3. "Où ?" avant "Comment ?" "Comment ?" est la question qui obsède tout le monde. "Comment faire ceci ? Comment arriver là ?" Au point qu'au final, on ne va pas là où on veut, mais là où on sait aller. On se laisse guider par les "comment ?" appris à l'école, au travail, à la télé au lieu de poser la seule question qui compte: "Où ?". "Où veut-on aller ? Et pourquoi ?". La mauvaise direction, même quand on y va très vite ou très efficacement, reste la mauvaise direction.
  4. La direction avant la position Là où on se trouve n'est pas important. Au fond du trou, en haut de la montagne, au milieu de la pente : c'est provisoire. Ce qui compte, c'est la direction (le taux d'accroissement, diraient les ingénieurs) : est-on en train de monter ou de descendre ? En train de grandir ou de chuter ? En transformant sa pente intérieure de quelques degrés, on change à la fois la personne et la destination. Ce n'est pas forcément visible immédiatement mais, à terme, c'est ce qui fait la différence.
  5. La solution est toujours à l'intérieur Les problèmes qu'on a sont une fonction de qui on est. Si un génie faisait disparaître tous nos problèmes cette nuit en claquant des doigts, on serait content une journée puis, en moins d'une semaine, on se refabriquerait les mêmes – ou des similaires. Donc inutile blâmer les circonstances extérieures : elles n'y sont pour rien. Chercher les causes intérieures qui sont la source. La fameuse pente interne qui nous pousse vers le haut ou vers le bas.
  6. Les problèmes avant les solutions En entreprise, nous dit-on, il ne faut jamais signaler à son patron un problème sans présenter en même temps une solution. Dans la vie, c'est une bêtise. Repérer les problèmes est la première étape vers une résolution. On appelle ça la clarté. Une fois l'obstacle repéré, des mécanismes se mettront en place pour le franchir. C'est le déni qui donne longue vie aux difficultés.
  7. Apprendre à se connaître Puisqu'on n'en reçoit pas à la naissance, il est urgent d'investir dans la rédaction de son propre mode d'emploi. S'observer. Pratiquer l'introspection. Comment naît la colère ? La jalousie ? La peur ? Quelles raisons profondes motivent nos actions ? Quelle peurs irrationnelles contrôlent nos pulsions ? Identifier les mécaniques intérieures permet de s'en libérer et donc, à terme, d'être davantage délibéré en chaque chose.
  8. Se méfier des pensées Rien de ce qui est vraiment important n'est intellectuel. Réfléchir peut être ludique, social, productif mais les piliers d'une vie ne peuvent pas reposer sur un raisonnement logique. Notre cerveau invente les problèmes quand il n'en trouve pas. Par nature, la pensée n'est jamais en paix. Il faut laisser tourner cette machine sans trop s'en soucier et chercher l'équilibre ailleurs. En cela, la pensée est un peu comme la télévision : elle ne devient nocive que lorsqu'on croit qu'elle dit la vérité.
  9. Se méfier des chiffres Les chiffres, pareil : ils ne sont jamais là où ils devraient être. Le cholestérol est trop haut, le salaire trop bas, la température trop faible, le taux d'intérêt trop fort. Par essence, les chiffres servent à quantifier ce qui manque ou ce qui est en trop et sont donc une source permanente d'insatisfaction et de déséquilibre. Mieux vaut se concentrer sur ce qui ne se mesure pas : la joie de voir quelqu'un, le plaisir d'une activité qu'on aime, la beauté du ciel.
  10. Vivre dans le présent C'est une expression galvaudée mais c'est aussi la clé du coffre. Seul le présent existe. Le passé, c'est la mémoire – souvent sélective et déformée. Le futur, c'est l'imagination – souvent filtrée par les angoisses du moment. Donc ne pas vivre dans le présent, c'est vivre dans sa tête. Être prisonnier de ses pensées, de ses opinions, de ses souvenirs. Pourquoi pas, après tout. Mais de temps en temps, il est toujours souhaitable faire un tour "ici et maintenant". Pour garder contact avec le monde, avec les autres et avec soi.

Bonne année 2023.

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La peur et le confort

Deux très mauvaises raisons de ne pas agir.

Deux causes principales de notre inaction.

À tel point que maintenant, quand je me sens sur le point de renoncer à un projet, petit ou grand, je me pose la question : "Est-ce que je renonce par peur ?". Si je me rends compte que la peur est l'unique (ou la principale) raison, je me fais violence. Ou, au moins, j'essaie d'analyser cette peur, de la mettre en lumière pour qu'elle ne pilote pas mes choix dans l'ombre.

Si ce n'est pas la peur, je me pose la question : "Est-ce que je renonce par confort ?". La chaleur de mon nid douillet m'empêche-t-elle de partir à l'aventure ? Le nid en question n'est pas nécessairement matériel : il peut s'agir d'un confort de pensée, d'un attachement à des habitudes, d'une satisfaction excessive de ce qu'on possède déjà. Là, pareil : j'essaie de me secouer ou, au moins, d'en être conscient. On tombe moins dans les trous qu'on a repérés.

La peur nous détourne du nouveau. Le confort nous attache au status quo.

Comprenez-moi bien : il y a mille raisons valables de ne pas se lancer. Parfois, le véritable courage est de ne pas agir. Mais si ces raisons se résument à la peur ou au confort, ça vaut peut-être la peine d'aller chercher plus loin.

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Ce que je pense des fêtes de fin d'année

Vous imaginez bien qu'un païen comme moi n'est pas particulièrement concerné par la naissance de Jésus Christ. Quant au réveillon du 31, je suis trop snob pour vouloir faire la fête en même temps que tout le monde.

Pourtant, j'aime beaucoup les fêtes de fin d'année.

Justement parce que (presque) tout le monde les fête en même temps. Un peu comme le dimanche. On s'est mis d'accord pour ne rien foutre le même jour et chacun choisit comment. Parcs, ballades, vacances, vélo, famille, messes satanistes.

Tellement peu de choses sur lesquelles on est d'accord.

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Le progrès en méditation

Je pourrais faire un historique de comment je me suis mis à la méditation et de tout ce que ça a changé dans ma vie mais on fera ça une autre fois. C'est souvent l'erreur, lorsque je commence un nouveau site ou un nouveau carnet, de vouloir "repartir de zéro" et expliquer la genèse de tout. Mais très vite, je suis dépassé par la tâche et j'abandonne.

Donc parlons du présent.

Un progrès notable que j'ai remarqué dans ma pratique est de reconnaître de plus en plus de contenus comme étant des pensées.

Vous savez sans doute qu'en méditation, on essaie de faire un pas de côté afin de reconnaître que telle angoisse, telle peur ou telle colère n'est simplement "qu'une pensée" qui va passer comme passent les nuages dans le ciel. Cette simple requalification permet de s'en libérer. Quand une angoisse existentielle est ramenée à ce qu'elle est réellement – un pet de cerveau – elle perd son pouvoir.

Sauf qu'on n'y arrive pas toujours.

Si certaines appréhensions sont très vite reconnues pour ce qu'elles sont – des constructions intellectuelles – d'autres sont plus tenaces, plus insidieuses. Comme si, dans le jeu qui consiste à reconnaître les pensées, elles ne comptaient pas. "Ça, se dit-on, c'est la réalité".

Or, les pensées qu'on n'arrive pas à désigner comme telles sont souvent les plus intimes. Celles auxquelles on est le plus habitué et qu'on traîne avec soi depuis des années, parfois depuis l'enfance. Elles font partie de nous, de notre schéma mental, de notre façon de réagir au quotidien. Elles sont comme un papier peint tellement collé à la réalité – et depuis tellement longtemps – qu'on n'arrive pas à imaginer le monde sans.

Le progrès en méditation, pour moi, c'est le processus qui permet de remettre ces éléments-là en question également.

Jour après jour, la frontière de la conscience s'étend et ce qu'on pensait être la fabrique du monde, l'essence des choses, la fatalité (…) se révèlent n'être qu'un élément supplémentaire de notre monde intérieur. Un autre pet de cerveau.

Jusqu'au jour où, tiraillé par cette angoisse si familière qu'on la pensait inéluctable, on se trouve soudain en position de prononcer ces mots magiques :

"Ça aussi, c'est une pensée."

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