Encore la Plage ?

Oui, désolé : je ne peux pas m'empêcher. Mais à chaque fois, je suis épaté.

La plage de Trouville en mai.
"La vie est belle" en coquillages.

Incroyable qu'en se retirant, la marée ait écrit un texte en français de façon si nette. Bravo la nature.

The Stagemaster : Deuxième Étape

Reçu cette semaine, à un moment particulièrement opportun (si seulement je croyais aux signes) :

Certificat de dépot de mon scénario à la Library of Congress.

Écrit en six mois ; laissé reposer presque cinq ans ; trouvé la bonne fin récemment puis déposé à la Library of Congress. The Stagemaster : scénario de comédie dramatique situé en Grande Bretagne, écrit en anglais et que je vais pouvoir commencer à diffuser. Contacts anglophones bienvenus.

Qu’est-ce que la Réactivité ? (Et Pourquoi c’est Mal)

En entreprise, bien sûr, c’est une qualité. On en veut à tous les étages.

En l'essence, la réactivité est la capacité d'analyser et de réagir à une situation qui sort du cadre initialement prévu. Lorsqu’on a conçu un plan qui, de toute évidence, ne marche plus (« c’est normal que le sous-sol soit inondé comme ça ? »), il faut être capable de mettre de côté les solutions périmées (« donc on ne rebranche pas le courant ?») pour initier des actions davantage adaptées à la réalité du problème (« on devrait peut-être dire aux enfants de remonter ? »).

Donc si on vous pose la question en entretien d'embauche : oui, vous êtes réactif. À fond.

En philosophie orientale, c’est une qualité plus mitigée. Devenir moins réactif est même une mesure de progrès : un bouddhiste qui n’est pas fier de son comportement dira « j’ai été réactif » ou « j’étais dans la réactivité ».

Dans ce contexte, la réactivité est le fait d’agir immédiatement sur la base de ses pensées et de ses émotions. Sans tampon, sans temporisation, sans leur donner une chance d’évoluer.

Pour les sages, pensées et émotions sont transitoires. Comme chaque chose en ce bas monde, les contenus psychiques apparaissent, suivent leur cours, puis disparaissent. La sagesse consiste à observer cette danse sans se laisser piéger par chaque humeur qui passe.

Car souvent, nous disent-ils, on accorde trop de crédit à nos pensées. On imagine que chaque idée est la représentation mentale d’une réalité sous-jacente ; que chaque émotion qui pointe à l’intérieur est la conséquence d’un phénomène qui se produit à l’extérieur ; qu’il existe un rapport 1:1 entre le monde physique et l’image qu’on en a. Dans cette vision des choses, il est primordial d’agir sans attendre puisque les pensées sont la réalité – ou en sont, tout du moins, de fidèles ambassadeurs.

Sauf qu'un minimum d'introspection met rapidement cette idée à mal.

Quand on ne les entretient pas artificiellement, force est de constater que les pensées... passent. Les émotions passent. Tout passe. Et généralement de façon très indépendante de la réalité à laquelle on les pensait attachées.

D’ailleurs, une même réalité peut se présenter de façon très différente au fil de la journée : inquiétante le matin, indifférente à midi, plus motivante le soir. Trois perceptions pour un même objet. Mais pour être témoin de ce changement (ce que les bouddhistes désignent sour le terme d'impermanence ou anitya), il faut ne pas agir à la va-vite le matin. En se lançant tout de suite dans l'action, en étant réactif, on ne se laisse pas la chance de voir disparaître cette première émotion au profit de la suivante, puis de la suivante, et ainsi de suite, révélant ainsi la nature essentiellement éphémère de nos contenus psychiques.

C'est d'autant plus important que, comme l'écrit Acharya Prashant dans Advait in Everyday Life (ne vous fiez pas à la couverture, ce bouquin est une mine) : la graine et le fruit de l'action ne font qu'un.

Autrement dit : l'action initiée sous le coup de la colère n'apporte que davantage de colère. L'entreprise bâtie sur la peur ne mène qu'à davantage de peur. L'émotion à la source du geste est celle qu'on retrouve à son dénouement, que le projet réussisse ou non.

Pensez-y : connaissez-vous beaucoup de millionnaires qui arrêtent les affaires une fois leur premier coup réussi ? Des politiciens qui ne veulent pas davantage de pouvoir une fois le premier poste atteint ? Des mafieux qui renoncent à la violence une fois les premiers rivaux éliminés ? Loin de la neutraliser, l'action valide et encourage l'émotion originelle.

Pour cette raison, l'action est rarement la bonne solution pour gérer ses émotions.

Transformer le monde extérieur ne mettra pas fin à cette tristesse. Accepter ou refuser cette proposition ne neutralisera pas cette angoisse. Utiliser la violence verbale ou physique n'arrêtera pas cette colère. Au contraire, l'action risque d'exacerber les émotions négatives et les pensées problématiques auxquelles elle était censée mettre fin.

Alors, que faire ? C'est à la fois le paradoxe et la solution : il n'y a rien à faire. Si vous ne les entretenez pas artificiellement par un désir d'action, les pensées naissent et disparaissent toutes seules, sans que rien ne soit requis de votre part. Car, comme disait l'autre :

"Tout ce qui a la nature d'apparaître va également disparaître."  
-- Bouddha

Donc : quand je suis inquiet, triste ou angoissé, d'abord je gère l'émotion – en ne faisant rien – puis ensuite, seulement, j'agis. Mais souvent, à ce point, l'action n'est plus nécessaire. Ce qui me laisse le temps d'écrire tous ces articles à la con.

Sondage du Jour

J’ai retrouvé une mine de dessins de confinement dans un dossier égaré. Vous n’êtes pas sortis de l’auberge.

Ennuyez-Vous ! (Essence de la Productivité)

Quand je trouverai le temps, j'écrirai un article récapitulatif sur mon approche de la productivité et sur le chemin que j'ai parcouru dans ce domaine.

Contrairement à ce que j'imaginais avant, la productivité n'est pas l'art d'en faire plus. ("Tiens, j'ai une heure de libre entre le sport et mon cours de cuisine, je vais apprendre la trompette !"). La productivité, c'est la recherche d'un alignement entre qui on est – ce qu'on croit, ce qu'on veut dans la vie, ce qui est le plus important pour nous – et la façon dont on passe son temps au quotidien. Trop souvent, les heures, les jours puis les années sont phagocytés par la routine, l'urgence, la fatigue. On finit par être en pilote automatique au service d'un travail, du train-train ou d'objectifs personnels qui ne sont plus à jour.

Retrouver une direction qui nous est propre, puis assurer que cette direction infuse dans chaque minute de chaque journée, c'est ça, l'essence de la productivité.

Mais comme je n'ai pas le temps – ironie ! – je vais partager cette vidéo de Pursuit of Wonder, une chaîne que je suivais à l'époque où j'étais beaucoup sur youtube. Si vous passez les sponsors de début et que vous affichez si besoin les sous-titres français (qui sont très corrects : options dans la barre de lecture > sous-titres > traduire automatiquement > français), vous aurez un aperçu d'une philosophie que je partage : l'importance du vide, de l'oisiveté, de l'ennui.

Chaîne que je recommande. J'aime les sujets qu'ils choisissent – des essais philosophiques ancrés dans le stoïcisme, le zen et bordant sur la science fiction – j'aime la voix hypnotique du type, j'aime les illustrations simples mais claires.

D'autres vidéo qui m'avaient plus : dans un genre un peu science fiction, il y avait The Machine. Dans le genre plus compte moral, il y avait The Nova Effect. Et dans le genre plus histoire, Every person is one choice away from everything changing. Enjoy.

Je Ne Sais Pas Quoi Lire... Ah si ! (Monstres Bibliques, Capitalisme et Fin de Vie)

J'ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement au New York Times et au New Yorker pour voir ce que ça fait. Ne pas m'engoncer dans mes habitudes de lectures et découvrir de nouvelles pistes.

Donc récemment, je me suis trouvé un peu con à certains moments clé où j'ai l'habitude de sortir mon portable. (Pause déjeuner : check. Pause prolongée aux toilettes : check. Avant de me coucher : check.)  Un peu comme quand j'avais arrêté Facebook & Co : comment je faisais avant ? Qu'est-ce que je lisais avant que mon téléphone portable ne consume ma vie toute entière ?

J'ai réfléchi à m'abonner à des newsletters gratuites. Mais encore rien trouvé de concluant.

Et puis par hasard, je suis tombé sur une mine.

Alors désolé : c'est en anglais. Je fais toujours un effort pour ne parler ici que de choses accessibles dans les deux langues ou dont il existe (ou dont je peux faire) une traduction. Mais là, que dalle. 

Je suis tombé par hasard (via ce podcast de Lex Fridman) sur cet article incroyable : Méditations sur Moloch.

Moloch, c'est un monstre biblique qu'Allen Ginsberg a utilisé dans un fameux poème (en anglais ici, en français , ça commence dans la deuxième partie) pour décrire ce qui ne va pas dans le monde. Beaucoup pense qu'il décrit le capitalisme, mais justement : dans méditations sur Moloch, l'auteur décortique le poème et montre que s'y cache quelque chose de beaucoup plus sombre.

Moloch, c'est la course vers le bas à laquelle chacun est obligé de participer même quand on sait qu'elle est mauvaise pour tous. C'est la nécessité d'abandonner des valeurs profondément humaines pour gagner des avantages compétitifs qui nous laisseront à la traîne si on ne fait pas comme les autres. C'est cette force qui pousse vers la survie ("l'état de subsistance", dit-il) plutôt que vers la vie et qui, une fois cette période transitoire d'abondance passée, nous réduira tous en esclavage.

Et dans ce très long article extrêmement bien écrit, bourré d'exemples et de références, il dévoile une vision absolument Lovecraftienne du monde dans laquelle les humains sont à la merci de monstres ancestraux qui s'affrontent les uns les autres. Et l'un d'eux, celui qui est probablement en train de gagner : Moloch.

Ça m'a fait réfléchir sur la nature humaine, sur notre époque et sur ce qui nous attend, notamment en terme de contraction énergétique à l'heure de l'avènement de l'Intelligence Artificielle – l'un des monstres qui pourrait travailler pour nous ou contre nous.

L'article m'a tellement saisi que je suis allé voir un peu autour. L'auteur se fait appeler Scott Alexander, il est psychiatre de son état et... il a écrit des tartines et des tartines. Genre des centaines de posts. J'en ai lu trois ou quatre au hasard et j'ai été subjugué par le détail, l'intelligence, l'originalité.

Par exemple, si vous avez le coeur bien accroché et que vous voulez réellement prendre conscience de votre condition de simple mortel – et, je répète, si vous parlez anglais – vous pouvez lire Who by very slow decay qui parle de comment les médecins affrontent la fin de vie – qui ressemble un peu à How doctors die dont j'avais parlé il y a longtemps et qu'il mentionne. (Coïncidence qui m'a fait cliquer sur l'article : "Who by very slow decay" est une phrase de la chanson de Leonard Cohen "Who by Fire" que j'ai découverte la semaine dernière.)

Encore mieux : quand on va sur son blog, il a une liste longue comme le bras de liens vers d'autres auteurs qui tiennent des blogs tout aussi fournis : économie, science, rationalité, etc... Que des sujets de geeks qui m'intéressent. Et sa marotte à lui, le fil qui lie ses articles, c'est l'altruisme efficace (effective altruism) qu'il explique extrêmemement bien.

Moralité : faisons le vide pour découvrir du neuf.

 

Oiseau de Sang

Un autre de mes hobbies sans avenir : l'art génératif. Je programme en c avec la librairie Cairo pour faire des petits dessins. Je fais ça certains dimanches après-midi au lieu de bricoler.

Art génératif : que voyez-vous dans cette tâche ?

Là : test d'une nouvelle fonction de bruit pour diriger le pinceau. C'était pas à partager mais le résultat m'a surpris et comme je n'ai rien publié depuis une semaine...

À terme, j'aimerais utiliser cette technique en animation pour illustrer certains essais vidéo.

Parce que oui, c'est l'avantage : une fois un premier dessin réalisé, il est facile de bidouiller certains paramètres pour créer des animations psychédéliques très évocatrices.

Le Paradoxe des Éléphants (et des Dragons)

Le défi commence comme ça :

Ne pensez pas à des éléphants !

Bam ! Trop tard. Perdu.

Vous avez imaginé un éléphant. Ou Dumbo. Ou tout autre pachyderme lié à votre culture personnelle. Vous en avez peut-être imaginé un troupeau entier. La honte.

En psychologie, cet exercice sert à démontrer qu'on ne choisit pas toujours ses pensées. Une idée peut être plantée dans votre cerveau sans votre accord, comme sont plantées chaque jour des milliers de pensées par votre entourage, par les média, par le monde extérieur. Vous avez moins de contrôle sur votre mental que vous n'imaginez.

Mais depuis quelques années, j'apprends à développer une immunité.

Soyons clair : si vous me parlez d'éléphants, je vais penser à des éléphants, comme tout le monde. En revanche, si on faisait un concours et qu'il existait une machine pour mesurer ce genre de choses, vous verriez que je suis capable d'arrêter d'y penser beaucoup plus vite que vous.

C'est ça, mon super pouvoir : ne pas penser trop longtemps à des éléphants.

Ça peut paraître anodin (débile ?) mais cette capacité permet de vivre plus heureux. D'avoir moins d'anxiété, des relations sociales plus faciles, d'être plus léger en général. Mais avant de vous expliquer pourquoi, laissez-moi vous montrer comment. Parce que c'est très simple.

Pour arrêter de penser à des éléphants, il suffit de :

  1. S'autoriser à penser à des éléphants,
  2. Accepter d'être interrompu,
  3. Ne jamais célébrer.

Je développe.

La première étape paraît contrintuitive mais elle est éminemment logique : si on essaie de s'empêcher de penser à des éléphants, on examine chaque pensée pour vérifier qu'elle n'en contient pas. Vous voyez le paradoxe : c'est le processus de vérification qui entretient l'idée. Même si vous parvenez à passer à autre chose, c'est la comparaison qui ramène l'éléphant.

Pour contourner le piège, l'objectif est d'accepter la prochaine idée quelle qu'elle soit, sans jugement ni comparaison. Éléphant ? Très bien. Tigre ? Voiture ? Fromage ? Formidable. Tout le monde est bienvenu. C'est ce que j'appelle "accepter d'être interrompu" :  en supprimant la douane anti-pachyderme et en recevant sans condition ce qui vient, on rétablit le fil naturel de la pensée, le fameux "flot de conscience" qui, quand on ne le retient pas, ne s'attarde jamais trop longtemps sur un même sujet.

La troisième étape est décisive :

Ne pas célébrer, ça veut dire ne pas chercher à vérifier si on a réussi. Et donc ne pas se réjouir d'une éventuelle victoire. Car le même paradoxe entrerait en jeu : pour certifier cette victoire, il faudrait comparer la pensée actuelle avec la pensée interdite. Et patatras : revoilà l'éléphant.

C'est ça, l'essence profonde de "passer à autre chose" : ne plus entretenir le souvenir qu'on évite. Ne pas comparer le présent avec le passé qu'on ne veut plus. Accepter d'être ailleurs, entièrement.

Pourquoi ça rend la vie plus facile ? Parce que ce qui marche pour les éléphants marche pour l'anxiété, pour la jalousie, pour la colère. Par exemple, voici ma recette en trois étapes pour se débarrasser de l'angoisse :

  1. S'autoriser à être angoissé,
  2. Accepter d'être interrompu par une autre émotion,
  3. Ne pas vouloir célébrer la disparition de l'angoisse.

Là encore, la dernière étape est déterminante : après la bataille, on aimerait se réjouir de la mort du dragon. Crier qu'il y avait ici un monstre qu'on a vaincu. Sauf qu'il suffit de prononcer son nom pour qu'il revienne : là où cherche de l'angoisse – même pour vérifier qu'il n'y en a plus – on en trouve toujours un peu.

D'où l'importance d'avancer, de passer à autre chose sans se retourner.

Après, tout dépend de ce qu'on cherche dans la vie : exister comme le Grand Tueur de Dragons dans un monde qui en est infesté ? Ou vivre comme un quidam dans un monde où ils n'existent pas ? Car les deux sont possibles et le choix dépend entièrement de soi.