Ma bataille contre la perfection

Autoportrait voiture.
Avant, quand j'achetais du matériel, je voulais toujours "le meilleur".
Le meilleur carnet, la meilleure caméra, le meilleur instrument.
La qualité technique me semblait être la fondation sur laquelle j'allais construire ma pratique. ("Un bon ouvrier a de bons outils.")
Avec l'idée que si je ne prenais pas le meilleur, j'allais le regretter à un moment.
"Si je fais un chef-d'œuvre sur un mauvais support technique, il risque de ne pas avoir la carrière qu'il mérite !"
La technique n'était d'ailleurs pas qu'une question matérielle : c'était aussi une question de maîtrise.
Pas question de dessiner avant d'avoir appris les bases de la perspective, de l'anatomie, de la théorie des couleurs...
Autrement dit : je créais pour un public imaginaire qui allait juger le résultat. Sur des bases purement techniques.
Ce public existe, bien sûr.
C'est le public des professeurs, des juges, des critiques.
Tous ceux qui ont souffert trop longtemps de l'apprentissage technique pour laisser les autres s'en tirer à bon compte.
Mais en créant pour ces gens-là, on finit par éluder une question bien plus importante :
"Est-ce que ça me plaît ?"
Cette ligne, cette histoire, cette image... me plaît-elle ?
Suis-je capable d'oublier la conformité technique pour simplement déceler si... je ressens quelque chose ? Un élan ? Une joie ?
Quand on commence à centrer son travail autour de cette question, tout change.
La technique n'est plus le socle. C'est une conséquence.
Le matériel et le savoir-faire ne sont plus des prérequis douloureux. Ce sont des prolongements du geste.
J'apprends parce que j'aime. Je pratique parce que l'action me plaît.
En sachant pertinemment que si je partage ce travail, il sera critiqué par certains.
Mais il sera apprécié par d'autres.
Et ces autres, c'est mon public.