Attention humour noir
Un nouvel épisode de "Panique dans l'Espace !" sort ce matin. Mais il est de très mauvais goût :
Panique dans l'Espace #2 : Paye ton Vœu !
On vous aura prévenu.
Un nouvel épisode de "Panique dans l'Espace !" sort ce matin. Mais il est de très mauvais goût :
Panique dans l'Espace #2 : Paye ton Vœu !
On vous aura prévenu.
Ma dernière vidéo sur la procrastination a généré beaucoup de questions qui entraient dans deux catégories : exemples et solutions.
Certaines personnes ont eu du mal à comprendre de quoi je parlais.
Quel serait ce "problème de fond" auquel on ne s'attaquerait pas et qu'on préfèrerait éviter en "se jetant dans l'action inutile" ?
Trois exemples sortis de mon imagination :
Il y en aurait d'autres.
Toujours la même pour moi : la présence.
Trouvez-la de la façon que vous voulez – moi c'était la méditation et le journal – mais il en existe plein.
L'objectif est grosso modo le suivant :
Quand vous sentez une émotion, une tension, une gêne ou un obstacle s'élever, ne vous réfugiez pas immédiatement dans l'action.
Si chaque matin, la même peur revient. Si à chaque tâche, la même résistance s'élève. Si tous les jours, la même anxiété point...
Le travail, les projets et l'agitation ne sont pas forcément la solution.
Il ne s'agit pas d'arrêter ce que vous faites. Pas du tout.
Simplement : passez un peu de temps avec ces émotions.
Une minute. Cinq, si vous avez le temps.
Comment se manifestent-elles ? Sont-elles associées à une tension dans le corps ou à une douleur ? Y a-t-il des pensées ou des idées récurrentes qui les accompagnent ?
Et c'est tout. Continuez votre journée.
Il est probable que beaucoup de choses que vous faites dans la vie sont réactives.
C'est-à-dire que vous les avez mises en place à un moment pour éviter d'affronter un problème ou une émotion.
En prenant quelques minutes pour gagner en familiarité avec ce qui se passe à l'intérieur, vous aurez moins besoin de mettre en place des solutions inutiles à l'extérieur.
Et comme je dis toujours : ce n'est pas un travail intellectuel.
Il n'y a rien à comprendre. Pas de grande décision à prendre.
C'est juste une habitude à développer :
Contempler quelques instants l'émotion qui s'élève au lieu de chercher immédiatement à la résoudre.
Observer une minute la résistance ou l'anxiété qui point avant de chercher à la chasser.
C'est tout.
Le reste se fera tout seul.
Mon rapport à la communication a été transformé quand j'ai compris et intégré ce que j'appelle la première règle du design qui, selon moi, est valable partout :
Toujours mettre le plus important en premier et en très, très gros.
Elle n'est pas très compliquée et pourtant, tout le monde se plante.
Elle est construite sur une idée simple : les gens s'en foutent.
De votre site, de votre business, de votre idée.
J'avais même lu dans un article sur le design de site web le conseil suivant :
Imaginez que vos visiteurs vont passer sept secondes sur votre site web, et qu'ils sont ivres morts.
Donc tout ce qui n'est pas très très clair, et écrit en très très gros, va passer à la trappe.
Puis je me suis rendu compte que c'était valable partout ailleurs.
Dans les articles, les notes, les affiches, les dessins, les discours, les présentations, les relations...
C'est l'un des objectifs de mes accompagnements : aider les gens qui sont très doués dans ce qu'ils font à trouver les deux phrases qui racontent leur valeur.
On est bien d'accord que l'essentiel du travail n'est pas là.
Le véritable travail, ce sont les années de construction qu'il a fallu pour mettre au point le socle de connaissance et de savoir-faire qu'on propose.
Pourtant, sans ces deux phrases... le vrai travail peut passer inaperçu.
Et ne servir à rien.
C'est le lien que j'ai fait ce matin avec les prophètes.
Souvent, les prophètes sont accusés de mentir.
"Il a dit telle chose à untel, et complètement autre chose à telle autre personne. Il n'est pas consistant, il ment !"
Mais ce que les exégètes nous expliquent, c'est que le prophète dit à la personne la vérité qu'elle a besoin d'entendre à ce moment-là.
Tout le monde n'est pas au même niveau de développement. Tout le monde n'a pas les mêmes résistances.
Le rôle du prophète est de faire passer la personne en face de lui au niveau supérieur.
Pour cela, il va dire les mots appropriés. Qui ne marchent que pour cette personne. À ce moment-là.
De la même façon que le professeur de maths n'explique pas les vecteurs avec les mêmes mots en cinquième qu'en math sup, le prophète adapte son discours pour déclencher l'action.
C'est un problème qui me passionne.
La connaissance ne suffit pas. La vérité ne suffit pas.
Si vous lâchez la vérité pleine et entière sur la tête d'un passant, vous l'assommez. Et il vous en voudra.
Même si cette vérité est bonne pour lui. Même si elle peut lui sauver la vie.
La vérité n'a aucune valeur par elle-même. Elle dépend entièrement de comment elle est transmise.
En cela, nous sommes tous un peu des prophètes.
Nous avons tous compris quelque chose qui pourrait aider notre prochain.
Mais souvent, nous ne savons pas le communiquer.
Nous sommes aveuglés par l'idée que la vérité se suffit à elle-même.
Qu'une fois mise à nu, elle éblouira tout le monde et sera unanimement adoptée.
Rien n'est plus faux.
Tout se joue dans la relation, dans l'instant.
Dans le choix des deux phrases que je vais dire.
Pour aider cette personne-là.
Ici et maintenant.
Un matin, j'ai eu la réalisation suivante :
Je me soucie trop de l'opinion de gens qui ne sont pas dans ma vie.
Écouter les gens autour de soi : bien sûr !
Il ne s'agit pas d'obéir au doigt et à l'œil mais de prendre en compte.
C'est souvent ce qui arrive quand je fais un film : comme je suis très influençable, les gens de l'équipe laissent vraiment leur marque dans le projet.
Et je trouve ça très sain.
Je dirais même que c'est l'essence de la présence : se laisser toucher par ce qui est là. Ne pas rester hermétique aux choses.
En revanche, il y a eu une (longue) période de ma vie où j'ai réalisé que je m'empêchais de faire des choses parce que je craignais le jugement de gens qui n'étaient pas là.
C'est cette dernière partie qui est importante : ces gens n'étaient pas dans ma vie.
Je ne les croisais pas le matin, on ne s'appelait pas le soir.
Des fantômes. Des présences désincarnées que je faisais vivre dans mon imagination.
Parfois sans m'en rendre compte.
J'avais envie de faire quelque chose parce que j'étais curieux, excité, motivé, puis je sentais comme un blocage.
"Je ne devrais pas. C'est mal, pas drôle, pas correct, pas malin, pas..."
Alors je ne le faisais pas.
Quand j'ai commencé à méditer et à écrire un journal, j'ai cherché la source de ces obstacles.
Et je me suis rendu compte que je projetais sur mes actions des bribes de jugements que j'avais intériorisés.
Venus d'anciens professeurs, de famille, d'anciens amis, de célébrités (que je n'avais parfois jamais rencontrées) mais qui avaient dit quelque chose à la télé.
Ces conseils énoncés par des étrangers étaient devenus sans que je m'en rende compte des règles de vie, des barrières à l'action.
Le plus frappant, c'est comment on peut suivre inconsciemment les consignes de gens qu'on n'admire pas.
Il ne s'agit pas de confiance mais d'autorité, d'admiration, de peur.
"Aucune partie de moi n'a envie de devenir comme cette personne et pourtant, je fais ce qu'elle me dit."
Voilà ce que j'ai réalisé.
C'est maintenant une question que je me pose régulièrement avant de prendre en compte un conseil, un jugement, une critique.
Est-ce que j'admire cette personne ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui brille en elle que j'aimerais voir briller en moi ?
Mais surtout :
Cette personne est-elle dans ma vie ?
Ma websérie sort aujourd'hui !
Panique dans l'Espace #1 : Le Raciste du Futur
Puis un épisode chaque vendredi à 10h.
Il n'y a pas de barrière. Il n'y a jamais eu de barrière.
C'est une phrase d'Osho que je me répète souvent.
Parfois, je suis en mode panique.
Je n'ai pas assez dormi. J'ai une obligation que je ne peux pas éviter. J'ai mal quelque part. Etc.
Et il y a souvent un fond de culpabilité : je considère que c'est ma faute. Je mérite ce qui m'arrive.
Dans ces moments-là, il est très dur d'être présent.
Méditer ou trouver la clarté n'est pas la priorité.
Pas le temps. Pas la disponibilité.
Il faut d'abord résoudre le problème.
C'est pour ces moments-là que je garde cette phrase au chaud :
Il n'y a pas de barrière. Il n'y a jamais eu de barrière.
Autrement dit : aucun obstacle ne m'empêche d'être présent tout de suite, quelle que soit la situation.
Cela ne nécessite pas de travail, pas de temps, pas d'entraînement.
En prenant conscience des émotions qui m'animent, je deviens présent instantanément.
Pas besoin de méditer des heures. Pas besoin de "prendre un moment". Je passe de l'autre côté en une fraction de seconde.
Comme si je faisais un pas de côté et que, d'une simple décision, je pouvais observer mes émotions de loin.
D'un coup, je ne suis plus emporté par le courant. Je vois le flot.
La panique est toujours là. L'anxiété n'a pas disparu. Mais elles ne me submergent plus.
C'est ça, la présence : ce pas de côté qui change la perspective.
Ce n'est pas chasser les émotions dont on ne veut pas.
Ce n'est pas se sentir aussi libre et disponible que les "bons" jours.
Ce n'est pas supprimer les pensées parasites pour trouver la clarté.
C'est simplement prendre conscience de ce qui est là.
Le stress. La confusion. La tristesse. Le bien comme le mal.
Et c'est absolument immédiat. C'est absolument sans effort.
C'est une décision. Qu'on peut prendre n'importe quand.
Car il n'y a aucune barrière. Il n'y en a jamais eu.
C'est sans doute la méthode qui m'a fait le plus progresser...
Même si je ne saurais pas bien l'expliquer.
Parfois, je médite "sans moi".
J'entends mes pensées, mes envies, mes inquiétudes.
Mais ce n'est pas moi. Ce ne sont pas les miennes.
J'ai conscience qu'elles viennent de mon cerveau. Je sais que si je souhaitais, je pourrais les prendre en compte, agir.
Mais non.
Elles sont du contenu sans plus d'importance que le reste.
Elles sont au même niveau que la lumière qui vacille ou le klaxon qui résonne : des phénomènes que je perçois, oui, mais qui ne m'appartiennent pas. Sur lesquels je n'ai aucun contrôle.
Je crois que les bouddhistes appellent ça Anatta : pas moi, pas mien.
Rien de ce qui survient n'est lié à moi.
Ou plutôt, pendant un moment, je reconsidère le lien avec mes pensées, mon corps, mes émotions.
Et je réalise que ce lien est une fabrication. Une habitude.
Que la relation de propriété et d'appartenance est une illusion.
D'ailleurs, quand je cherche ce fameux "moi" lors de la méditation, et qu'un gros camion passe dans la rue, je ne trouve à l'intérieur rien d'autre que le bruit du camion.
Pendant dix secondes, je suis ce bruit. Et c'est tout.
Puis je deviens le chant de l'oiseau. La tension dans le coude. La pensée sur mon travail. L'odeur du plancher...
Il n'y a plus de moi.
Et c'est extrêmement reposant.
L'entité qui avait tous ces problèmes n'existe plus.
La personne qui portait cette angoisse, qui gérait ces responsabilités, qui souffrait de ces insultes, cette personne-là s'est dissoute.
On ne peut plus lui faire de mal.
Elle est devenue le vent, la tempête. Le bruit de l'eau. L'odeur du pain.
Une succession d'expériences qui n'a pas de centre.
Qu'il est donc impossible de blesser.
Qui ne peut plus être en avance ou en retard pour quoi que ce soit.
Qu'on ne peut plus blâmer pour rien.
Qui est là, c'est tout.
Qui existe.
Sans moi.
En anglais, on dit :
The way you do anything is the way you do everything.
En français, on pourrait traduire maladroitement par :
La façon dont tu fais la moindre chose est la façon dont tu fais tout.
Je le sais depuis longtemps. Mais récemment, je me rends compte à quel point c'est omniprésent.
Quelques exemples.
Dans un commerce ou un restaurant, si un truc va de travers, c'est rarement le seul problème. C'est généralement le début d'une longue série. Dans une émission, un critique qui visitait un hôtel disait qu'il n'y avait que deux types d'établissements : ceux qui montent, et ceux qui tombent. Et pour l'un comme pour l'autre, ça se voit partout. Donc la porte d'entrée qui coince est souvent le signe que le réceptionniste sera désagréable et que la chambre sera sale.
Quand une personne fait une démonstration de colère, de violence, ou d'agression, quel que soit le flot d'excuses qui suit, on peut être certain que ce n'est ni la première, ni la dernière fois. C'est pour ça que la personne qui manque de t'écraser en voiture va aussi souvent t'engueuler. La conduite n'est pas la seule chose qu'elle fait mal. Ça fait partie d'un motif de vie qui s'exprime partout.
Quand tu regardes un film, une pièce ou une fiction, si les premières répliques sont téléphonées, si les premières interactions sont artificielles, ça se rattrape rarement dans la suite. C'est particulièrement visible dans les séries écrites par des pools d'auteurs : l'épisode qui commence de façon poussive s'améliore très rarement. Alors que celui qui touche juste dans la première minute finit souvent en apothéose.
Enfin, dans ma vie, il n'y a aucune personne arrivée en retard à un premier rendez-vous avec laquelle le travail se soit bien passé dans la suite. Ce premier retard était l'annonce de tous les retards suivants – et je ne parle pas que d'horaires.
Et je me rends compte à quel point c'est vrai dans le déroulement d'une journée, également.
La façon dont je me lève, dont j'interagis avec la brosse à dents ou avec le café, l'empressement ou le calme avec lequel je descends ma rue, tout cela révèle où j'en suis.
Le moindre geste expose mon attitude et donc le reste de ma journée.
Et lorsqu'on comprend cela, on réalise que tout compte.
La moindre action. La moindre pensée. La plus petite interaction.
Si je ne suis pas présent maintenant, je ne le serai jamais.
Et inversement : si je veux changer ma vie, je peux (et je dois) commencer par le plus petit détail, que je vais accomplir extrêmement bien.
Qui deviendra le reflet et le modèle de tout le reste.
Si on ne cherche pas à aller vite, est-on condamné à avancer lentement ?
Si on ne poursuit pas un objectif, reste-t-on forcément inactif ?
Au contraire.
La vitesse, comme l'action, se saisit.
Elle s'attrape au vol.
En étant présent, à l'affût, libre.
Ni distrait par le passé, ni aveuglé par le futur.
Détaché du film de ses propres pensées.
Attentif.
Acceptant l'inaction.
Puis un chemin apparaît.
Un alignement soudain entre les circonstances extérieures et la disponibilité intérieure.
Qui n'était pas là la seconde précédente.
Que personne d'autre ne voit.
Qui est fait pour soi.
On se lance.
Pas de discours. Pas de plan.
Il ne s'agit pas de se mettre à réfléchir.
Car la route n'est pas tracée.
Elle se révèle à mesure qu'on avance.
Il y a des bifurcations, des fausses pistes, des pièges.
Mais l'itinéraire devient toujours évident.
Tant qu'on avance.
Tant qu'on ne réfléchit pas à la prochaine étape.
La vérité apparaît dans l'action.
Au dernier moment.
Vu de l'extérieur, certains diront que vous allez vite.
Vu de l'extérieur, certains diront que vous avez un but.
Certains diront "j'aimerais aller vite comme lui".
Et d'autres : "j'aimerais avoir un but comme elle".
Alors ils se concentreront sur le but, sur la vitesse.
Ils réfléchiront à des moyens, à des solutions.
Ils chercheront le même chemin que vous.
Qui n'était jamais fait pour eux.
Ils se poseront des questions.
"Dois-je m'améliorer ? Me transformer ?"
Ils seront perdus dans leur tête.
Ce n'est pas grave.
Il y a une infinité de chemins.
Partout. Tout le temps.
Quand ils reviendront dans le présent, ils verront le leur.
Comme vous pourriez voir le vôtre maintenant.
Devant vous.
Juste derrière vos pensées.
J'ai arrêté de penser à moi comme étant "réalisateur".
Ce n'est pas un métier.
Je fais des films, oui.
Mais je ne me sens pas nécessairement proche des autres réalisateurs.
Utiliser une caméra, des lumières et tout le tintouin n'est pas un point commun suffisamment fort pour créer un sentiment de communauté.
Ce qui m'intéresse, c'est le sujet. Ce que les gens ont à dire. Leur process en tant qu'artiste.
Ce qui, finalement, ne dépend pas du métier.
En cela, un réalisateur qui ne ferait que des films de cuisine serait pour moi plus proche d'un cuisinier ou d'un critique gastronomique que d'un autre réalisateur.
Le cinéaste passionné de crimes aurait plus de choses à dire au romancier ou au policier qu'au réalisateur de comédies.
Quant à celui qui mise tout sur l'improvisation, sur la création organique, il n'aurait probablement pas beaucoup d'atomes crochus avec celui dont chaque scène est storyboardée au millimètre.
Je rencontre beaucoup de réalisateurs auxquels je n'ai rien à dire.
Je vois beaucoup de films dont je n'ai rien à faire.
Ce qui me surprenait, au début. On fait la même chose, pourtant ? On fait partie du même milieu ?
Mais en fait, non. Pas du tout.
Et je pense que c'est la vérité pour beaucoup de métiers, surtout dans la création.
Le fait d'utiliser des outils communs pour produire des œuvres qui portent un même nom générique ne garantit pas la compatibilité.
Entre deux auteurs, deux peintres, deux artistes, il peut y avoir un monde.
À moins de vraiment parler boutique.
"Quel logiciel tu utilises ?" "Quelle caméra ?" "Quel pinceau ?"
Mais très vite, la conversation s'arrête parce que sur l'important, il n'y a pas forcément de connexion.
L'équivalent artistique de parler du temps qu'il fait.
Qu'est-ce qui vous en empêche ?
"Ah, mais il faut d'abord que..."
"Je ne peux pas m'y mettre tant que..."
"Je dois attendre d'avoir un..."
Les obstacles extérieurs ne sont que la manifestation visible de vos barrières intérieures.
Si vous étiez prêt·e, vous n'auriez besoin de rien.
S'il vous manque quelque chose, c'est qu'un travail intérieur est nécessaire pour vous aligner.
Rien ne justifie de retarder ce travail-là.
Il ne nécessite rien.
Il ne deviendra pas plus facile avec le temps.
Toutes les conditions sont déjà réunies.
Vous pourriez le faire tout de suite.
D'ailleurs, c'est ça, le vrai travail.
Le reste, tout le reste – la mise en route, l'exécution, la collaboration, la promotion... – ne sont que des conséquences de ce travail intérieur que vous pourriez démarrer en cet instant.
Quelle que soit l'ampleur de la tâche.
Quelle que soit son importance dans votre vie.
Le premier pas, le plus important, est immédiatement accessible.
C'est le seul qui compte.
Et il ne nécessite rien. Rien !
Alors, qu'est-ce qui vous en empêche ?
Non, ce n'est pas un nouveau post sur le jeûne.
C'est une réflexion sur la liberté.
Ce matin, après avoir emmené mon fils de quatre ans et demi au centre aéré, j'étais... fatigué.
J'ai essayé d'enclencher la journée comme d'habitude mais ça ne prenait pas.
Le journal était creux. Rien d'intéressant ne venait.
Il aurait été facile d'écrire une note – j'aurais pris un sujet au hasard dans mon journal et j'aurais brodé. Mais je n'écris plus si rien ne vient. Je ne veux pas que ça devienne un exercice creux.
Donc je n'ai rien fait.
Et toute la journée s'est déroulée un peu comme ça. Mollement.
J'ai quand même fait ce que j'avais à faire. Mais la création est restée au placard jusqu'en fin d'après-midi.
Quand mon fils est à la maison, le timing n'est pas le même. Quand j'essaie de calquer sur ce que je fais d'habitude, ça ne marche pas.
Normalement, je commence mon journal après une heure de méditation et d'exercice. Je suis présent. Ça fuse.
Quand mon fils est là, je suis 100% avec lui. Ce qui est une forme de présence aussi, mais pas la même.
Je suis disponible pour lui, à son service. Ce qui me permet d'enchaîner facilement sur les obligations (être disponible pour mes clients, pour la compta). Mais pas pour créer.
Je crois que mon erreur est de vouloir passer de l'un à l'autre trop rapidement.
Finalement, la méditation n'est pas ce qu'on fait pour commencer la journée.
C'est ce qu'on fait pour devenir plus présent.
Donc demain, je vais essayer de prendre un moment après avoir déposé mon fils au centre aéré.
Parce que je crois que c'est un peu comme le jeûne :
Quand on commence, au début, le corps n'est au courant de rien. Le foie, le pancréas, le cerveau, tous les organes ont besoin d'un long moment pour enclencher la machine.
On a faim. On se sent faible.
Mais quand on jeûne régulièrement, tout passe beaucoup plus vite. C'est presque invisible.
C'est pareil pour la liberté, je pense.
Au début, il me fallait des heures, parfois des jours, pour passer d'un état d'anxiété et d'urgence généralisé à un calme plus propice à l'action. Maintenant, c'est souvent très rapide.
Mais ce matin, je ne me suis même pas donné l'occasion de ça. Je ne me suis pas laissé de temps de transition.
Or, à tous les coups, je réalise que c'est le plus important.
Quand le doute ou l'anxiété survient, il ne faut pas accélérer.
Il faut méditer. Revenir en présence.
Et l'action suivante vient toute seule.
Si vous m'aviez parlé de ça il y a quelques années, je vous aurais traité de fou.
Mais maintenant... c'est devenu presque normal.
Ça s'est fait par étapes et ça a commencé il y a quelques années par la réalisation suivante :
Je suis toujours en train de digérer.
Voilà ce dont je me suis rendu compte un soir en lisant un article. Mon système digestif est toujours plein.
Manger était la première chose que je faisais le matin, souvent la dernière chose que je faisais le soir, et j'imaginais bien comment mes organes pourraient en avoir un peu marre.
Surtout que nos ancêtres ne mangeaient pas autant, paraît-il. Et je voyais bien comment cette idée de "trois repas par jour" pouvait avoir été inventée par des industriels intéressés par autre chose que notre santé.
J'ai essayé le jeûne intermittent. Pour voir.
Un peu comme quand j'avais arrêté la viande : l'idée n'était pas d'arrêter mais de voir ce que ça faisait. Après tout, on ne peut pas dire qu'on a choisi un style de vie si on n'a pas essayé l'autre. Alors essayons.
Et ça a été... extrêmement facile.
Beaucoup plus que prévu.
Je dîne tôt, vers 19h, puis, à part les cafés du matin, je ne mangeais rien de solide jusqu'à midi le jour suivant.
Soit environ 16 heures de jeûne.
Et non, je n'étais pas fatigué.
Avant le confinement, je faisais même du jiu jitsu brésilien le matin. Avec le ventre vide. J'étais nul, oui, mais pas faible.
Et si j'avais vraiment faim certains matins, je mangeais. Mais ça arrivait de moins en moins.
Puis récemment, je suis passé à l'étape au-dessus.
Je n'arrêtais pas de lire des trucs sur les bénéfices du jeûne de temps en temps. Un jeûne par semaine, ou deux par mois.
D'autant que je mange assez mal – même si j'ai fait des progrès.
Je me suis rendu compte que je faisais partie de la grande famille des personnes insulino-résistantes : trop de sucre, trop de féculents, pics glucidiques, réveil la nuit, tension...
Ça valait le coup d'explorer les alternatives.
Donc un jour, j'ai essayé un jeûne de 24 heures. Pour voir.
Et c'était assez difficile. Pas un calvaire mais j'avais froid, faim. Je n'arrivais pas à penser à autre chose.
Trois semaines plus tard, j'ai essayé à nouveau. Facile.
Puis, pour voir, j'ai essayé deux jours de suite. Un repas tous les 24 heures.
Et le deuxième jour, je ne me suis quasiment rendu compte de rien.
Tel que vous me voyez, j'écris cet article à 9h30 du matin et je n'ai pas mangé depuis hier midi.
Et je n'ai pas faim. J'ai l'esprit clair – plus qu'après un repas.
Souvent, oui, je pourrais manger. En vrai : je pourrais toujours manger puisque ma vie a toujours tourné autour de la bouffe. Mais ce n'est pas une lutte.
C'est même beaucoup moins dur qu'avant. La faim ne fait plus peur. Je ne me sens jamais faible.
Le plus dur au départ, c'est abandonner le rituel du repas.
Quand on a pris l'habitude de manger trois fois par jour, on se rend compte à quel point la vie tourne autour de la nourriture. Faire les courses, cuisiner, le repos après manger. Puis penser au prochain repas.
À quelle heure je mange ? Ça dépend.
Dans l'après-midi en général. Comme ça, les jours où j'ai des déjeuners ou des dîners mondains, ça ne décale le repas que de quelques heures dans un sens ou dans l'autre. Facile, encore.
Ça veut aussi dire que je fais beaucoup plus attention à l'équilibre de mes repas. Les fibres, les protéines, le gras. Des repas avec tout. Qui n'ont pas besoin d'être gargantuesques. Mais pas chiches non plus.
C'est d'ailleurs sans doute ça, la véritable révolution : j'ai appris que la faim venait souvent du mal manger. Donc j'ai appris à mieux manger. Chaque repas coche maintenant toutes les cases.
C'est le paradoxe : je mange moins mais je suis mieux nourri.
Et oui, je me sens plus en forme. Je dors mieux. Je me lève plus tôt, avec moins d'angoisse. J'ai davantage de clarté la journée.
De manière générale, ça a transformé mon rapport à la nourriture et à la faim.
Comme si une peur s'était éteinte.
"Il faut manger ! Il faut manger ! Qu'est-ce qu'on va manger ? Et si je n'ai pas assez ? Et si j'ai faim ? Ahhhh !"
Maintenant, si j'ai faim, j'ai faim. C'est une envie beaucoup moins impérieuse qu'avant. Ça dure un temps. Puis ça passe.
(Attention : je parle d'une petite faim, hein. Celle où, avant, j'aurais grignoté. Si un moment j'avais vraiment faim ou que je me sentais faible, bien sûr, je mangerais ! Mais ce n'est pas encore arrivé.)
À suivre.
Suite à ma question d'hier sur l'usage de l'IA sur ce site, la plupart des réponses allaient dans mon sens :
Autant faire sans.
Une réponse allait en sens inverse et était intéressante :
Quand bien même ton contenu eût été entièrement généré par IA (ou réceptionné comme tel), qu'est ce que cela changerait vraiment ? Rien pour le lecteur, je crois : il resterait tout aussi pertinent et intéressant pour le lecteur…
neijul_
C'est vrai, après tout.
Du point de vue du lecteur / visiteur, la seule chose qui compte, c'est la qualité de ce qu'il lit ou voit.
Quelle importance de savoir comment (ou par qui) cela a été fait ?
C'est presque un héritage du monde du spectacle et du cinéma : on n'est pas censé savoir ce qui se passe dans les coulisses.
Le magicien tue-t-il vraiment l'oiseau pour son tour ? Le comédien a-t-il vraiment fait la cascade lui-même ? Ont-ils vraiment détruit un bâtiment ou est-ce une maquette ?
Quand j'étais jeune, tout cela n'avait aucune importance pour moi. Je n'étais intéressé que par le résultat.
D'ailleurs, mon fils de quatre ans se soucie bien peu de qui dessine Bluey ou de l'auteur de son livre favori. C'est l'histoire qui l'intéresse. Les personnages.
Alors faisons-nous de la discrimination envers l'IA ?
Devrions-nous accepter que c'est un outil de plus qu'utilisent les créateurs ?
Quelque chose me gêne toujours.
Mais peut-être parce que je suis un vieux con. Le genre qui n'aurait pas apprécié la fin des films muets ou le début d'internet. ("À mon époque...").
J'ai l'impression que l'implication des humains dans la création est importante, même quand je ne la vois pas.
Par exemple : si j'apprenais que "Friends", la série de mon adolescence, avait été entièrement générée par IA, que les personnages n'existaient pas, que tout avait été fait dans un ordinateur... je serais déçu.
Pareil : si je lis un article passionnant et que j'apprends qu'il a été généré par un LLM...
Une partie de moi s'identifie aux créateurs que j'aime. Je m'imagine rencontrer un jour l'acteur de la série ou l'auteur de l'article.
Lorsque quelqu'un produit quelque chose qui me parle, je me dis qu'il y a quelque part dans le monde quelqu'un qui comprend mes problèmes et qui a su en faire quelque chose.
Je ne suis plus seul.
Mais si j'apprends que ça a été fait par un ordinateur...
Je suis seul à nouveau.
D'ailleurs, ce n'était pas prévu, mais c'est exactement le sujet de l'épisode "1000 ans de solitude" de ma websérie Panique dans l'Espace (qui sort le 1er mai !).
Un type se rend compte que son meilleur ami en ligne est... vous devinez.
Et ça change tout.
J'hésite.
Beaucoup de choses à faire aujourd'hui.
Alors à la place de la note du jour, je pensais poster "le dialogue de la semaine".
Il y a quelques années, j'avais commencé à écrire des dialogues de fiction qui avaient bien marché. Je les ai déterrés et je comptais les republier ici pour continuer la série mais...
J'ai eu un doute.
Voyez-vous, les portraits des personnages étaient faits avec Midjourney.
Est-ce que je dois les refaire à la main ?
Au départ, j'ai pensé : "On s'en fiche. C'est juste une illustration, c'est le dialogue qui est important."
Mais récemment, j'ai lu un commentaire assez pertinent d'une illustratrice qui disait en substance :
Si les illustrations de votre texte sont faites par l'IA, je vais supposer que vous avez utilisé l'IA pour écrire le texte aussi.
Ce qui n'est pas dénué de sens.
Or, comme toutes les notes sont écrites à la main, je ne voulais pas que des éléments IA aillent mettre le doute chez le lecteur.
Soyons clair : j'utilise l'IA.
Je l'utilise pour corriger les notes (orthographe, grammaire) puis les traduire en anglais. Je l'utilise aussi pour me coder des outils sur mesure (facturation, gestion clients, etc.).
Mais comme vous le savez, j'ai trouvé que l'IA ne m'était d'aucune utilité ni pour l'écriture, ni pour le "vrai" travail intellectuel (construire une stratégie narrative pour mes clients).
Donc mon dilemme est le suivant :
En réalité, ce site est déjà presque 100% sans IA. En ajoutant des portraits Midjourney, même petits, ça introduit un doute.
D'autant que mon intention est ensuite de mettre mes photos, dessins, poèmes... Autant de choses dans lesquelles l'IA ne joue aucun rôle.
D'où l'idée de me jeter dans le grand bain : créer ce label "100% sans IA".
Assurer le lecteur sur la première page qu'aucun contenu n'a été fait avec l'IA. Avec un lien cliquable qui explique plus en détail l'utilisation éventuelle : correction, traduction.
Ce qui ne veut pas dire que je suis contre ceux qui utilisent l'IA. C'est juste qu'il se trouve que, pour l'instant, je ne l'utilise pas. Donc autant faire le petit effort supplémentaire pour mettre les choses au clair.
Ce serait plus de travail, parce qu'il faudrait que je dessine les portraits de mes dialogues moi-même. (Le dessin, ça va. C'est la couleur !)
Mais je trouve que ça vaudrait le coup.
Qu'en pensez-vous ?
Abraham Lincoln disait :
"Si j'avais neuf heures pour abattre un arbre, je passerais les six premières à affûter ma hache."
C'est pareil le matin.
Parfois, des anxiétés me cueillent au réveil.
"Han ! Il faut que je fasse ça ! Et ça ! Et j'avais oublié que j'étais en retard là-dessus !"
Avant, ça voulait dire une chose : il faut se grouiller. Sors du lit et mets-toi au travail, fainéant !
Maintenant, la règle est la suivante :
Je reste au lit tant que je ne suis pas redevenu parfaitement tranquille.
Tant que je ne suis pas heureux de me lever, content d'aller "surfer avec le chaos", je n'ai pas le droit de mettre un orteil dehors (ou un doigt sur l'ordinateur).
Les idées fortes pour accompagner ce process sont les suivantes :
Mais surtout : le temps que je prends le matin pour partir du bon pied m'est payé au centuple dans la journée. J'identifie les priorités facilement. Je ne me laisse pas stresser par les faux problèmes. Je trouve les idées providentielles qui résolvent plusieurs sujets d'un coup.
Considérez ceci : si vous êtes mal luné·e, un seul faux problème peut occuper toute votre journée.
Donc oui, le matin, passez un peu de temps à affûter votre hache.
Sur le tournage de Migrul, j'étais très en retard.
C'était un film marathon écrit et tourné en quelques jours pendant le festival Off Courts.
On tournait le lendemain – une seule journée – et il manquait tout.
En particulier : une perruque importante pour mon personnage. Des éléments de costume. Et de quoi fabriquer une fausse fenêtre de train.
Donc l'après-midi, j'avais prévu de faire un aller-retour à Caen en voiture pour aller chercher tout ça.
Une heure aller, une heure retour, sans aucune idée des magasins à cibler.
Et revenir fissa pour les répétitions avec les comédiens qu'on n'avait pas commencées.
À la bourre, donc. J'aurais mieux fait de partir tout de suite.
Sauf qu'avant le déjeuner, plutôt que de continuer à avancer dans la todo liste qui ne cessait de s'allonger, j'ai pris la décision suivante :
Je vais prendre 20 minutes pour faire une sieste cuillère.
La sieste cuillère, c'est lorsqu'on s'assoupit un moment avec une cuillère à la main. Lorsqu'on s'endort trop profondément, la cuillère tombe et on se réveille.
Ça aurait été inventé par Dali, paraît-il, et ça permettrait de prendre du recul sur les choses et de mieux associer les idées.
Par exemple : ils auraient fait des études où ils auraient demandé à des sujets de résoudre des puzzles complexes avec ou sans sieste cuillère. Eh bien apparemment, la sieste aiderait énormément.
Donc j'ai essayé. C'était la première fois.
Ce dont je me suis rapidement rendu compte : en fait, c'est une sorte de méditation (que je fais déjà tous les jours) mais déguisée en micro-sieste, sans le côté New Age.
La différence, c'est que j'ai l'habitude de méditer au réveil, pas en plein rush, pas au moment où je dois prendre la route pour résoudre cent problèmes.
Mais j'ai joué le jeu.
Je me suis allongé, relaxé. Comme souvent, des images sont apparues, des idées, une conscience plus apaisée.
Puis en dix minutes, les uns après les autres, tous mes problèmes se sont résolus.
La perruque ? Je vais prendre une serpillère, ça sera plus drôle.
La fenêtre de train ? Je vais prendre les rideaux de ma chambre, ça sera parfait.
Les costumes ? Je viens de me souvenir que j'ai ceux de mon tournage précédent dans une cave – ils marcheront très bien.
Quand je me suis levé, tout était résolu.
L'aller-retour au bout du monde n'était plus nécessaire.
Les solutions que j'avais trouvées étaient meilleures que celles que j'envisageais avant.
J'ai tiré une leçon de cette expérience :
Lorsque je sens une résistance dans l'action, quelque chose que je n'ai pas envie de faire, c'est souvent qu'il ne faut pas le faire.
Il existe une autre solution, plus personnelle, plus alignée, plus créative, à portée de main.
Que je ne vois pas parce que je ne suis pas assez présent.
Donc la présence n'est pas qu'une idée de beatnik pour cueillir des fleurs et chanter Hare Krishna.
C'est aussi ce qui permet d'aligner l'action et de devenir plus productif.
Pour tourner des films de vampire, par exemple.
Mais pour le reste aussi, sûrement.
Au départ, je ne travaillais que pour les entreprises.
D'abord en production audiovisuelle, puis en prise de parole, puis ces dernières années en stratégie narrative.
Sauf que récemment... j'avais des ami·e·s qui galéraient.
Qui n'arrivaient pas à se vendre. Dans des domaines très divers, loin de l'innovation.
Pour dépanner, je leur ai proposé l'accompagnement que je réserve normalement aux experts.
Gratuitement. Parce que c'est des amis.
Mais juste la partie où on discute : je ne produis pas le livrable stratégique comme pour les entreprises.
Pendant deux heures, ils me racontent leur parcours.
On laisse passer deux semaines, puis pendant une heure, on fait une séance de travail pour débloquer leur process.
Puis un mois plus tard, on regarde où on en est.
Résultat : ça les a vraiment, vraiment aidés.
Puis j'ai été contacté par des inconnu·e·s qui cherchaient du coaching.
Je leur ai dit que je faisais quelque chose qui ressemblait à du coaching professionnel. Que c'était nouveau.
Cette fois, j'ai facturé.
Et comme ça a continué à les aider, j'ai créé une offre dédiée.
J'essaie de garder les tarifs accessibles, bien en dessous de mes tarifs pour les entreprises.
L'objectif, c'est de débloquer, de mettre sur la bonne voie. Qu'ensuite, ils n'aient plus besoin de moi.
Parfois, on s'aperçoit que les gens auraient quand même besoin du livrable stratégique. Ils sont à un point de leur développement où il leur faut réellement une stratégie de communication. Dans ce cas, on passe à l'offre au-dessus.
Mais dans la grande majorité des cas, parler suffit.
Ce sont des gens talentueux qui ont juste un problème de process.
Ils sont bloqués par des croyances sur la communication qui les empêchent d'avancer. Ils ne veulent pas "se transformer en vendeur".
Alors on trouve une façon de communiquer avec laquelle ils sont à l'aise.
Comme j'ai fait pour moi, finalement.
On veut tous gagner en assurance.
C'est le modèle qu'on nous montre dans les films : le héros qui ne se laisse jamais prendre au dépourvu, qui sait toujours quoi répondre.
Moins pour les femmes, c'est vrai. Les clichés nous présentent souvent la vulnérabilité comme un charme féminin.
Mais à quoi sert l'assurance, en vrai ?
Pourquoi avoir l'air sûr de soi est-il mieux ?
Pour convaincre ? Pour vendre ?
Sûrement.
J'ai effectivement remarqué que les gens préfèrent écouter (et donc suivre) les gens sûrs d'eux. Même quand ils racontent n'importe quoi.
Si vous avez une grosse décision à prendre, financière ou médicale, vous allez plutôt écouter la personne qui est certaine, catégorique.
Comme si sa certitude à elle contrebalançait votre inquiétude à vous.
Elle ne pourrait pas être si sûre d'elle si c'était du flan, si ?
Mais si, justement.
Parce que les vendeurs de tous poils – et j'inclus les politiciens – ont compris ce mécanisme et l'exploitent pour leur bénéfice.
Et puisqu'on les voit réussir, eux, on se dit qu'on devrait faire pareil, nous.
Sauf que la fausse assurance est comme une maison en carton : très jolie vue de l'extérieur mais quand on essaye de vivre dedans... moins.
À la première tempête, tout s'effondre.
À quoi sert l'assurance si elle ne permet pas d'affronter les tempêtes ? N'est-ce pas précisément son rôle ?
C'est le sujet d'un scénario de long métrage que j'avais écrit il y a quelques années :
Dans The Stagemaster, on découvre que le personnage le plus fort n'est pas le grand metteur en scène intimidant, ni le majordome calculateur.
C'est un petit bout de femme timide, apeuré, qui passe son temps à s'excuser. Et qui finit par porter tout le monde à bout de bras.
Je crois sincèrement que la vraie force, c'est la vulnérabilité.
Plus on se laisse atteindre, plus on apprend.
Faire semblant n'impressionne que ceux qui font semblant aussi.
Aujourd'hui, pas de note.
J'avais trop de choses à faire ce matin et je n'ai pas eu le temps.
Est-ce que je l'écris cet après-midi ?
Moyen envie. D'autres choses à faire.
Est-ce que je me force ?
Vous savez ce que j'en pense.
Puis j'y ai réfléchi et j'ai réalisé qu'il y avait en réalité deux raisons de se forcer :
Et comme clairement, je faisais ça pour des raisons extérieures (maintenant que j'ai des lecteurs, je ne veux pas les décevoir), j'en suis arrivé à la conclusion suivante :
Aujourd'hui, pas de note.
De temps en temps, ce sera comme ça.
Puis, comme souvent...
Une fois que je me suis donné la permission de ne pas le faire, l'envie est revenue.
J'ai trouvé cette idée d'obligation intérieure / extérieure illustrée par la note du jour amusante.
Donc maintenant, j'écris pour des raisons intérieures. Avec joie.
C'est souvent comme ça que j'accomplis les choses qui m'ennuient :
Quand je sens une résistance, je ne force pas.
Puis à un moment, un élan arrive.
La tâche devient aisée, le résultat bien meilleur.
Élan qui ne serait jamais venu si je m'étais forcé au départ.
Ce qu'on pense et ce qu'on fait ne va pas de soi.
Le fait que ça sorte de nous ne veut pas dire qu'on est d'accord ou que ça nous est utile.
C'est un des premiers apprentissages de la méditation :
Je ne choisis pas mes pensées. Elles surgissent.
Et ensuite :
Je ne choisis pas mes actions. Des impulsions surviennent, que je choisis de suivre ou non.
Ou parfois, je construis le geste de façon purement intellectuelle et je choisis de l'exécuter.
Et qui fait tous ces choix ? Mes pensées – que je ne choisis pas.
C'est ma conviction qu'une grande partie de l'anxiété quotidienne vient de notre désir inconscient de rassembler tout ça sous un seul et même chapeau.
On ne supporte pas l'idée d'être une superposition de choses.
On veut maintenir cette vision qu'au sommet de notre pyramide intérieure se trouve la pensée – qui serait vraiment nous – qui contrôle tout le reste.
Et on passe nos journées à effacer méticuleusement toute preuve du contraire.
Je ne suis pas un patchwork ! Je suis Jean-Pierre ! 😭
De nombreuses études ont montré que, de fait, le cerveau ne fonctionne pas ainsi.
Énormément de décisions sont prises bien avant que le cortex préfrontal, le siège de l'intelligence conceptuelle, ne s'en mêle.
Résultat : la logique sert davantage à post-rationaliser qu'à choisir.
On fait de gros efforts pour expliquer pourquoi on a fait ça.
Au besoin, on invente des histoires. Sur soi. Sur le monde. Pour justifier tel geste. Histoires qu'on finit par défendre bec et ongles et qui, lorsqu'elles sont mises à mal, deviennent une nouvelle source d'angoisse.
Tout plutôt que d'admettre qu'on ne serait pas 100% cohérent.
Lâcher prise, c'est se rendre compte de ce mécanisme.
C'est accepter d'être une superposition de courants qu'on ne maîtrise pas toujours.
C'est comprendre qu'on peut regarder ce qui se passe à l'intérieur avec le même intérêt et la même curiosité que ce qui se passe à l'extérieur.
La pensée qui surgit est aussi belle et inattendue que l'oiseau qui s'envole.
L'action qu'on entreprend n'est pas moins mystérieuse que celle du voisin.
On s'observe comme on observerait la mer ou la tempête : fasciné par ce mélange de complexité et de beauté qui nous dépasse.
Il n'y a plus de différence entre l'intérieur qu'on contrôlerait et l'extérieur dont on serait victime.
Simplement le monde qui danse.
Et dont on fait partie.
Beaucoup d'activités, y compris professionnelles, deviennent plus faciles quand on réalise qu'il n'y a rien à faire.
Rien. Il suffit d'être là.
C'est dans le bouquin de Rob Burbea "Seeing That Frees" que j'avais découvert cette idée pour la première fois.
Il était prof de méditation dans un institut. Quand quelqu'un venait à lui, il écoutait, répondait aux questions, apportait des clarifications.
Le reste du temps, disait-il, il marchait. Dans un bel endroit.
Et pendant qu'il marchait, il pouvait voir les choses de deux façons. Soit "je suis en train de travailler". Soit "je marche dans un bel endroit".
Autrement dit, entre les interactions, il ne travaillait plus. Il faisait ce qu'il aurait fait naturellement.
Et même durant ces interactions, finalement, il faisait aussi ce qu'il aurait fait naturellement.
La méditation était au cœur de sa vie, de ses préoccupations, et si un inconnu était venu le voir dans la rue pour lui poser une question, il aurait répondu avec joie.
Simplement, là, il était payé. C'était son métier.
Cette vision des choses a eu beaucoup d'impact sur moi.
Personnellement, d'abord.
On a parfois du mal à aborder les gens, à réagir à une situation.
C'est parce qu'on cherche quoi faire.
Alors très souvent, je me répète : "il n'y a rien à faire".
Par exemple : je ne m'approche plus d'un groupe, d'une personne ou d'une situation pour faire quelque chose.
Je m'approche pour être présent. Écouter. Être dans le même espace.
Puis au bout d'un moment, je ne peux pas m'empêcher d'agir. Ça sort de moi. C'est évident.
Et dans cet instant, j'agis d'une façon que je n'aurais jamais pu imaginer avant, à distance.
L'action surgit de la présence.
Alors que l'anxiété surgit parce qu'on veut savoir quoi faire à l'avance.
"Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire ?" "Comment pourrais-je être utile ?" "Pourquoi voudraient-ils de moi ?"
Il faut faire le premier pas en sachant qu'on ne sait pas.
Le reste suit.
Et quand rien ne vient, c'est bien aussi.
Cette idée m'a aussi transformé professionnellement.
Maintenant, la majorité de mes revenus vient d'actions que je ferais même si je n'étais pas payé.
C'est ma vision de l'alignement.
Mes accompagnements sont construits sur ma réaction naturelle aux personnes que je rencontre.
Les mots qui sortent de ma bouche sont ceux que je dirais à tout un chacun dans une même situation.
À aucun moment je ne me force. À aucun moment je n'ai l'impression de travailler.
Même mes vidéos pour trouver des prospects sont faciles à faire.
Attention : je ne dis pas que trouver cet alignement s'est fait du jour au lendemain. Il a fallu faire un travail. (Et il me reste du chemin à faire !)
Mais au cœur de cette démarche, il y a cette idée qu'on retrouve dans la création, dans la productivité, même dans le jeu d'acteur :
Il n'y a rien à faire.
Agir, c'est réagir.
Ça n'a rien de religieux. C'est tombé comme ça.
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OUI, c'est du contenu inédit.
NON, je ne crois pas que vous receviez d'autres newsletters comme ça.
OUI, vous devriez essayer. Au pire, vous vous désinscrirez après.
("C'est exactement ce que m'avait dit mon dealer d'héroïne 😭")
Je sais. Bisou. À lundi.
Ça fait plusieurs fois qu'on me demande si je fais un podcast, des rencontres ou des consultations.
Par exemple, ce matin, au café où je travaille, on me dit :
Tes vidéos sont super mais on a envie de répondre. Souvent je ne suis pas tout, j'aimerais poser des questions, réagir, et je suis frustrée que ça n'aille que dans un sens.
Ça a déclenché un mini-débat (très fun) au café.
Ce qui m'a ramené à plusieurs idées que j'ai en ce moment, à savoir :
Ça fait longtemps que je me dis que c'est ça, la réponse.
À la politique, au monde qui s'effondre.
J'ai l'impression qu'on a très peu de pouvoir sur la course du monde et que la seule chose qu'on puisse faire, c'est créer du lien. Localement. Avec ses voisins, son quartier. Connaître les gens. Accepter ceux qui ne pensent pas comme nous.
Se serrer les coudes pour affronter les tsunamis qui arrivent.
Donc cette idée de créer des "événements" où l'on se retrouve me parle.
Mais quoi ?
L'année dernière, j'avais animé un atelier d'improvisation.
C'était très drôle, mais pas seulement.
Le but n'était pas que de faire rire mais d'explorer la spontanéité, le lâcher-prise, le jeu.
Rechercher l'action pure, sans préparation.
Ensemble.
Je me dis que je referais bien quelque chose comme ça. Mais où ? Dans quelles conditions ?
L'année dernière, j'avais enregistré plusieurs (longues) conversations avec des créateurs que j'admire.
Je débarquais chez eux à l'improviste, sans prévenir que j'allais les enregistrer, puis on parlait de création pendant une heure ou deux.
Je n'ai encore rien fait de ces enregistrements.
Aussi parce que je ne vois pas de suite. Je ne suis même pas sûr d'avoir le temps de faire ça régulièrement.
Mais pareil : quel format ? Dans quel but ?
Vous êtes nombreux·ses à vous être inscrit·e·s à la newsletter et j'en suis ravi.
Mais je ne poste rien... pour l'instant.
Qu'est-ce qui vous plairait ? Recevoir la note quotidienne ? Un florilège mensuel ? Autre chose ?
Si vous avez des idées / opinions / pistes, n'hésitez pas à me les envoyer par le formulaire "Poser une question sur cette note".
Bon weekend !
Pour aider les professionnels à exprimer leur valeur, je commence par ce que j'appelle un "entretien immersif".
Pendant deux heures, la personne me raconte son parcours. Très souvent, on part du personnel pour expliquer le professionnel.
Et je me suis rendu compte d'une chose :
Le métier que vous avez choisi, ainsi que les difficultés que vous rencontrez pour progresser dans votre carrière, sont certainement liés à la relation avec vos parents.
Précisons d'abord : je ne suis pas psychologue. Je n'ai pas de formation dans le domaine et ce n'est pas du tout mon objectif d'en devenir un.
Néanmoins, je n'ai eu besoin d'aucune formation pour remarquer cette corrélation qui se manifeste encore et encore, et qui semble être la source inconsciente de nombreux obstacles professionnels.
À chaque fois, je me permets de le pointer comme premier point, dans une section que j'appelle "ce n'est pas mon domaine mais voilà ce que j'ai remarqué et que vous pourriez choisir d'approfondir avec quelqu'un d'autre".
Le constat :
Il est possible que vous ayez choisi votre métier pour plaire ou prouver quelque chose à vos parents.
Dans ce cas, il est tout aussi possible que les obstacles qui vous empêchent de passer au niveau supérieur n'aient rien à voir avec votre profession.
Autrement dit : ce n'est pas en travaillant davantage dans votre champ d'activité que vous allez avancer.
La volonté et l'acharnement ne changeront rien.
Au contraire : ils vous éloigneront du cœur du problème.
Pour progresser, il faut retourner à la source.
Qu'est-ce que j'essaye d'atteindre en réalité ?
Si mon père ou ma mère étaient encore vivants, à quel triomphe professionnel aimerais-je qu'ils assistent ?
Ou au contraire, s'ils disparaissaient demain, quel événement de ma carrière vais-je regretter qu'ils ne voient pas ?
Cette partie de moi qui cherche à exister à leurs yeux joue-t-elle un rôle plus important dans mes décisions que je n'imagine ?
Car souvent, le problème n'est pas de trouver comment atteindre ce qu'on veut.
Mais de comprendre pourquoi c'est si important.
Dans le pourquoi se trouve le comment.
Et donc la solution.
C'est une phrase que je me suis dite un jour alors que je ne faisais pas du tout ce que j'aurais dû être en train de faire.
J'étais au café, à écrire.
Alors que j'avais du "vrai" travail à terminer.
Je me sentais coupable.
Et c'est là que je me suis dit : "Non : je fais exactement ce que je devrais être en train de faire".
D'abord parce que ça ne sert à rien de nier la vérité : j'étais bel et bien au café. Pas au bureau. Inutile de souhaiter une réalité alternative qui n'existe pas.
Mais surtout parce que je ne connais pas le futur.
Faire ce travail que je n'ai pas envie de faire est-il réellement le meilleur chemin pour moi ?
Ou est-ce un réflexe conditionné, scolaire ? Il faut se forcer. Travailler. Se faire violence pour faire ce qu'on n'a pas envie de faire.
Sinon, on sent peser sur soi le regard réprobateur des professeurs, de la famille, de la société.
Maintenant que les choses marchent mieux, je me rends compte que les réflexions du café m'amenaient dans une bien meilleure direction – professionnelle et personnelle – que le travail qui m'ennuyait.
J'avais résumé cette idée dans une phrase ajoutée à la note que je lis tous les matins :
La bonne action, juste, exécutée au bon moment, a plus d'importance que des semaines ou des mois de travail.
Le but n'est pas la quantité. Ni de se faire mal.
Le but est de capter la bonne opportunité quand elle se présente.
Et pour ça, il faut être là.
Il faut être attentif, à l'écoute, présent.
Ce qui ne veut pas dire – je le répète – que j'ai enlevé les efforts de ma vie.
Au contraire. Je me lève plus tôt. Je travaille plus longtemps.
Même les tâches qui m'ennuient – la compta, le ménage, l'administration – sont faites dans les temps et plus facilement qu'avant.
Je dirais même que je crois encore beaucoup à la valeur de l'effort.
Mais dans le sens d'un don.
On donne son effort à soi, aux autres, au monde.
Parce que, dans un sens, on les aime.
Mais pas par obligation.
Jamais par obligation.
C'est comme ça que je résume l'anxiété qui m'anime parfois :
La peur de perdre.
J'ai l'impression que certains événements dans la vie sont comme un jeu, un concours.
Il faut "réussir", "gagner", "passer" ou au moins "ne pas perdre".
On se sent observé. Sans savoir par qui.
Il y a un juge quelque part, un arbitre. Peut-être aussi des gens qu'on pourrait décevoir si ça ne marchait pas.
Alors on projette. On prépare. On fait tout pour être à la hauteur.
Problème : on ne connaît pas les règles.
On ne sait même pas à quoi "gagner" ressemblerait.
Donc on se concentre sur la seule chose qui reste : ne pas perdre. Éviter les pièges.
Sauf qu'avec ce point focal, évidemment, tout devient piège.
On se met à voir des obstacles qui n'existent pas, à essayer d'éviter des mines qui n'ont jamais été là.
Et lorsque tout se passe bien, on se dit que c'est ça le piège : on n'a pas dû voir le problème.
C'est une vision parfaitement sensée du monde :
Il n'y a pas de jeu sans obstacle, pas de concours sans épreuve, pas de compétition sans compétiteur.
Donc si effectivement c'est un jeu, les ennemis se cachent.
Il faut les trouver.
Et lorsqu'on est focalisé sur cette recherche, on finit par trouver. On les invente au besoin.
Ce faisant, on n'est pas attentif à la réalité des choses : il n'y a jamais eu de compétition.
Il n'y a jamais eu de jeu.
Il n'existe que dans notre tête.
Ou alors, il s'agit du jeu originel :
Celui des enfants, qui n'a ni gagnant, ni perdant, et qu'on fait uniquement pour célébrer la joie d'être ensemble.
C'est dur à croire, quand on se lève.
À peine les yeux ouverts, le flot des obligations revient.
Et il y a ceci. Et il y a cela. Et ce problème qu'il va falloir gérer. Et ce rendez-vous-là qu'on ne peut pas manquer. Etc.
Comme un ordinateur qui charge son logiciel problemes.exe.
Toute la journée ne ressemble plus qu'à une longue exécution.
On est bien obligé, non ?
Il n'y a pas d'alternative ?
Si.
Il est possible de se lever le matin, léger.
De partir de rien et de construire à partir de ce qui vient, de ce qu'on a envie de faire, de ce qui apporte de la joie.
Non seulement c'est possible, mais c'est la seule façon d'être réellement productif. De vraiment faire une différence.
Quel que soit le domaine.
Ce n'est pas réservé aux artistes et aux tire-au-flanc.
Ce n'est pas la prérogative des gens sans argent ni ambition.
C'est la marque d'une vie alignée.
Ça ne veut pas dire une vie sans effort.
Il y a toujours des choses à faire, des obstacles à surmonter. Mais tout semble plus facile, plus léger. Faisable.
Mais pour atteindre cette vie-là, il faut savoir qu'elle existe.
Qu'elle est possible.
Qu'on peut l'atteindre.
Oui : même vous.
Si vous me connaissez un peu, vous savez que je répète souvent que "l'important n'est jamais intellectuel".
Les grandes décisions ne devraient pas être construites sur un raisonnement.
La logique est commune à tout le monde.
Elle peut être biaisée, faussée, mal appliquée.
Elle ne prend pas en compte l'entièreté de qui vous êtes, ni la globalité de la situation.
Elle dépend entièrement des variables qu'on a choisi de considérer en entrée, sans donner aucune espèce d'indication sur la pertinence de ces choix.
Elle ne s'appuie pas assez sur l'émotion ni le ressenti, souvent trop difficiles à mettre en mots, et qui sont pourtant, au final, les seules juges du résultat.
Il suffit de regarder comment deux raisonnements parfaitement valables peuvent aboutir à deux décisions complètement différentes. Lequel est le bon ?
Réponse : aucun.
Car les grandes décisions ne devraient jamais être construites sur l'intellect.
C'est une idée qui n'est pas universellement acceptée – c'est le moins qu'on puisse dire – et je me trouve souvent, dans les conversations, en position de l'expliquer ou de la justifier. Avec un certain succès, je dois avouer.
Mais il n'y a aucun domaine où elle est plus vraie que dans la création.
La création n'est jamais intellectuelle.
Certaines parties exigent bien sûr d'allumer son cerveau. Il faut exécuter, appliquer, incarner dans un champ de contraintes.
Là, oui : on réfléchit. On calcule. On ajuste.
Mais la source elle-même n'est jamais, jamais un raisonnement.
C'est une cueillette.
On attrape ce qui vient. Sans choisir. Sans juger.
On joue à "chaud ou froid" avec l'instinct.
On fait un premier prototype. Toutes les variables sont bonnes. Toutes les contraintes sont respectées.
Mais la petite voix intérieure dit "non". Sans expliquer. Sans justification.
Alors on efface et on recommence.
C'est ma définition d'un artiste : quelqu'un qui écoute sa voix intérieure en dépit de la raison.
On a tous cette voix. Elle est présente et active en chacun.
L'artiste est celui qui choisit de lui obéir.
Oui, ça se travaille, mais ce n'est pas un talent.
C'est un choix.
Malheureusement (ou heureusement), l'IA ne me sert à rien pour écrire.
Si : je l'utilise pour corriger les fautes, traduire en anglais, me proposer un synonyme si je suis bloqué. (Et encore : j'ai toujours mon thesaurus.)
Mais dès qu'il s'agit de produire une idée ou un texte, je suis à chaque fois surpris par son inutilité.
C'est un mixeur. Elle mélange tout. Produit de la bouillie qu'elle compacte ensuite en petites portions bien carrées pour faire croire que c'est de la pensée construite.
Quand on lit rapidement sur un sujet qu'on ne connaît pas, on peut se laisser berner.
Ça peut aussi être utile pour produire du texte informatif sur un corpus de connaissances existant. Dans ce cas, la masse d'information qu'elle possède lui permet de structurer, d'argumenter, d'enseigner.
Et bien sûr, c'est extrêmement utile pour créer ses propres outils. Je n'achète plus de logiciels : je produis les scripts dont j'ai besoin, faits sur mesure pour mon usage.
Mais pour écrire quelque chose de nouveau... Rien ne va.
Les idées fortes sont aplaties.
Les formulations saillantes sont rendues génériques et fades.
Le style est soit inutilement fleuri (trop de mots, trop d'adjectifs, trop de tout), soit trop sec.
Bien sûr, j'ai essayé des instructions personnalisées. De manière itérative. À partir d'échantillons.
Le résultat est pire : texte et instructions se mélangent dans un fouillis dont rien ne sort intact.
Parce qu'au fond, ce n'est pas un problème de prompt, c'est un problème de structure. Le LLM pense de façon "plate" : il n'y a pas de relief de la pensée, avec plusieurs étages de raisonnement à différents niveaux d'importance.
Tout est au même niveau.
Le dernier pet de cerveau compte autant que l'axiome fondateur placé au début. Les points clés, les chevilles du raisonnement, les nœuds émotionnels n'ont pas davantage de poids que les apartés. Pour l'IA, tout est instruction.
J'imagine que c'est une bonne nouvelle pour mes lecteurs et mes clients : mes notes comme mes comptes rendus sont écrits à la main.
Pas par éthique. Pas pour sauver la planète.
Parce que je n'ai pas le choix.
Je plaisante, évidemment.
Tout l'intérêt des notes, c'est de les écrire moi-même. (Pas pour le lecteur, pour moi !) J'ai besoin de mettre des idées sur papier pour m'éclaircir la tête, donc l'IA n'a pas de rôle là-dedans.
Quant aux documents que je livre à mes clients : ils sont extrêmement spartiates. Pas de mise en page, pas de longues phrases : les idées seules.
C'est peut-être l'avenir du travail humain, au fond.
Maintenant, l'habillage, les exemples, le blabla ("la bouillie") peuvent être produits par les machines.
Donc la valeur de l'humain, c'est la direction. Les quelques mots qui fixent le nord. Les pièges. L'itinéraire.
Et le style. La façon unique et propre à soi de nommer le monde.
Le reste, c'est des zéros et des uns.