Aller au contenu principal

Comment j'ai pété TikTok

Dans mes vœux de nouvelle année, devenir influenceur TikTok n'était nulle part.

Pour vous dire, il y a trois mois, je mettais TikTok dans le même panier que les Pokémons, Minecraft et les mangas : ce que font les jeunes qui est sûrement super pour eux mais pas fait pour moi.

Sauf que maintenant, je suis devenu une (mini) star sur TikTok.

Une courte vidéo que j'ai postée il y a trois jours a atteint ~~pas loin~~ plus de 200 000 vues ; mon nombre d'abonnés a sauté au plafond (UPDATE : 1000 !) et toutes mes autres vidéos montent en flèche. Ça décolle sur Instagram aussi. Voici la vidéo en question (version Youtube) dont honnêtement rien ne présageait le succès :

Lien vers la vidéo #pastrain

Si vous vous souvenez, j'avais dit dans le post précédent que je recommençais à poster des courtes vidéos (ce que Youtube appelle des "shorts" et Instagram des "reels"), à l'origine pour partager des "notes philosophiques" sur Youtube. La philosophie est tombée à l'eau et a été remplacée par de l'humour douteux. Pour faire bonne mesure et rentabiliser l'effort, je me suis forcé à poster sur Instagram et TikTok également. Évidemment, c'est là que c'est devenu viral.

C'est un autre monde. Si je pose mon téléphone cinq minutes, je retrouve toujours 99+ notifications : likes, commentaires, partages, nouveaux abonnés. Ça n'arrête jamais, même la nuit. Et à ma grande surprise, tous les commentaires pour l'instant sont... extrêmement drôles. Des gens qui ont compris mon humour et qui en rajoutent. À part sur Instagram où... c'est plus compliqué.

J'en parle ici.

À l'origine, il y a une volonté de donner forme rapidement aux idées que j'ai tous les jours et dont je ne souhaite rien faire de particulier. Tout n'a pas vocation à devenir un "film" au sens propre, avec scénario, production, post-production... Donc je tourne en moins de vingt minutes, en général quand je me promène, je monte sur mon téléphone et bam, je publie. Également, il y a l'envie de trouver un public qui partage mes lubies, mon sens de l'humour et qui sera heureux de venir aux projections quand je propose des films plus ambitieux. Contourner les gardiens du temple.

Donc je continue à poster des vidéos. On verra où ça va. Pour l'instant, je suis ravi d'échanger des petites blagues avec les gens que ça a fait rire quand je fais une pause et j'ignore les insultes.

Vous pouvez suivre les vidéos que je poste sur TikTok, Instagram ou Youtube.

UPDATE : J'ai maintenant plusieurs vidéos qui sont devenues virales et j'ai pris conscience d'un phénomène inquiétant :

J'ai grosso modo trois types de commentaires à mes vidéos : 1) Les gens que ça amuse et qui en rajoutent 2) ceux qui ne comprennent pas que c'est de l'humour et qui sont plus ou moins insultants, et 3)... les bots.

Quand une vidéo dépasse un certain seuil (50k vues environ), je vois des attaques coordonnées de messages extrêmement alarmistes et négatifs postés par des comptes très suspects (sans post, sans photo de profil ou alors avec des vidéos générées par l'IA). Par exemple, quand je plaisante sur le fait que le brouillard serait "la preuve qu'on est dans un jeu vidéo qui n'a pas fini de calculer le décor", je me trouve face à une armée d'anecdotes qui se ressemblent (mêmes expressions, mêmes mots), qui se répondent les unes aux autres et qui laissent imaginer des complots toujours extrêmement sombres à base d'empoisonnements, de maladies et de peur de tout ce qui est étranger.

J'ai l'impression de lire dans ces commentaires la graine des remarques idiotes que j'entends dans certains dîners de la part de gens qui disent ensuite "renseigne-toi". Mais c'est vrai que, si on les pense authentiques, ces commentaires accumulés laissent un goût amer dans la bouche.

Commenter

I'm Back!

En 2022, j'ai tourné une vidéo d'improvisation de 10 minutes par jour que je postais sur Youtube. En 2025, je recommence !

Pourquoi l'étalonnage sert à rien.

Peut-être pas tous les jours et pas 10 minutes : je vais faire des shorts entre 1 à 3 minutes que je vais monter rapidement sur mon téléphone et uploader... partout ! Youtube, Instagram et TikTok, choisissez ce qui vous plait !

En parallèle, je crée sur ce site une section Notes dans laquelle je vais ajouter les idées, les citations et les sources qui m'inspirent en lien avec la vidéo publiée. C'est quelque chose que je fais sur Obsidian depuis des années, j'ai plus de 2000 notes. L'intérêt est qu'elles sont connectées entre elles, ce qui permet de creuser un même sujet.

Voici un exemple de couple note / vidéo sur Mon Dinner avec André de Louis Malle :

Ma vie en un film avec Louis Malle

Mais la note correspondante a disparu.

Commenter

Juste Nous Impro

Depuis la rentrée, j'essaie quelque chose de nouveau :

Chaque lundi soir, avec des amis d'impro, on invite ceux qui le souhaitent à se réunir dans la cave du Barlone pour un atelier d'improvisation. Puis tous les mois – soit 1 lundi sur 4 – on enregistre des sketches en public sur fond vert. L'entrée est gratuite tant que vous buvez quelque chose.

On a surtout des professionnels pour le moment (comédiens, réalisateurs) mais tout le monde est bienvenu. On n'a pas encore exactement fixé les règles.

Juste Nous Impro

Séance d'impro avec Nino, Noémie, Stéphane, Constance et, derrière, Nicolas et Antoine.

Sinon qu'on cherche un nouveau moyen de fabriquer de la fiction qui mettrait le jeu – et non l'écriture – au centre du travail. On invente, on construit et on répète sur place, sans passer par l'étape du scénario.

Première session de tournage ce soir. Thème : "la catastrophe". Rien n'est prêt. Je vous raconterai comment ça s'est passé.

Merci au Barlone qui nous accueille avec une bienveillance sincère qu'on retrouve dans tous les évènements qu'ils organisent. Merci à Cynthia Pedrosa pour l'illustration.

Si l'aventure vous intéresse ou que vous souhaitez participer, plus d'info sur nos pages facebook et instagram.

Commenter

Entre deux portes

Les méthodes qu'on nous enseigne à l'école sont bidon.

Pendant que vous faites des recherches et que vous travaillez sur les fondamentaux pour ne pas dire de bêtises ou ne pas agir de façon inconsidérée (et ne pas avoir une mauvaise note parce que "vous n'avez pas assez travaillé"), des petits malins se sont déjà lancés dans l'action pour rafler tout ce qui pouvait être raflé.

Ceux-là ont compris que le jury ne délibère pas après la plaidoirie : les décisions ont été prises dans les couloirs, dans les antichambres, entre deux portes, sous l'impulsion de ceux qui ne sont pas restés chez eux pour réfléchir posément au problème.

D'ailleurs, à quoi bon réfléchir ? Quand le monde se résume à "moi contre les autres", il ne reste aucune subtilité à méditer. Il est facile d'agir.

Thomas Piketty le raconte bien dans ce paragraphe du Capital au XXIème siècle :

Certes, il existe un principe économique fort simple permettant d'équilibrer le processus : le jeu de l'offre et la demande. Si un bien est en offre insuffisante et si son prix est trop élevé, alors la demande pour ce bien doit baisser, ce qui permettra de calmer le jeu. Autrement dit, si les prix immobiliers et pétroliers augmentent, il suffit d'aller habiter à la campagne, ou bien de prendre le vélo (ou les deux à la fois). Mais outre que cela peut être un peu désagréable ou compliqué, un tel ajustement peut prendre plusieurs dizaines d'années, au cours desquelles les propriétaires des immeubles et du pétrole peuvent accumuler des créances tellement importantes vis-à-vis du reste de la population qu'ils se trouveront posséder durablement tout ce qu'il y a à posséder, y compris la campagne et les vélos.

Je trouve qu'on voit bien les conséquences de cette idée dans la déposition de Jean-Baptiste Rivoire, ex-directeur adjoint de Spécial Investigation, qui raconte comment Vincent Bolloré a oeuvré pour déposséder Canal+ d'un vrai journalisme :

Jean-Baptiste Rivoire devant la commission d'enquête au sujet de l'influence de Vincent Bolloré sur les choix éditoriaux de Canal+

C'est une note que je me souviens avoir écrite il y a bien longtemps dans mon carnet : "Ce ne sont pas les meilleurs qui s'élèvent" ou, comme disait Keynes :

"Le capitalisme repose sur la croyance extraordinaire que les pires individus, pour les pires raisons, vont d'une certaine façon collaborer pour le bien de tous."


John Maynard Keynes

UPDATE : Nouvel exemple dans le New York Times. L'avance cumulée par Google en abusant de son monopole ne pourra pas être rattrapée par ses compétiteurs malgré sa récente condamnation.

Commenter

Wow, un poisson qui parle !

L'I.A. n'a rien inventé.

Si vous avez 7 minutes, je vous conseille de regarder ce court métrage d'animation arménien de 1983. À partir de 1'30, vous verrez que les transformations psychédéliques du démon Ekh ressemblent énormément aux deep dreams cauchemardesques des I.A. actuelles :

Morale de l'histoire : soyez toujours gentils avec les animaux qui parlent.

Commenter

Les Sirènes de Dieppe

Quel plaisir d'avoir assisté hier matin à l'avant-première du documentaire Les Sirènes de Dieppe au Max Linder ! Une heure en compagnie des transformistes du cabaret de la Sirène à Barbe : les coulisses, la camaraderie, les problèmes d'argent, le combat contre l'intolérance et un peu de comédie musicale. Un film aussi réussi que son sujet est inattendu.

Les Sirènes de Dieppe

De gauche à droite : Claire Babany (productrice), Raphaël Bancou (compositeur), Fabienne Thibeault (marraine), Diva Beluga (performeur et patron), Lily (performeuse), Nicolas Birkenstock et Nicolas Engel (réalisateurs), et je ne sais plus.

C'est mon pote compositeur Raphaël Bancou – que j'avais retrouvé après 10 ans à cette occasion – qui signe la musique. On reparle de lui très prochainement.

Si vous êtes intéressé·e, le film des deux Nicolas (Birkenstock et Engel) sera en replay à partir du 19 septembre sur France TV, ne le manquez pas. Et si vous passez à Dieppe, allez voir le spectacle !

Commenter

Son of my father

J'explore tardivement la production de Giorgio Moroder, aka Giorgio, qui semble avoir influencé tous les artistes électros de la planète. Récemment, j'écoute ce morceau en boucle, sorti en 1972 :

La simplicité, la répétition, le crescendo. Il n'en faut pas plus.

Commenter

Festival des scénaristes de Valence

Inscrit après la deadline, donc pas pu organiser mes rendez-vous aussi bien que j'aurais souhaité. Malgré ça, j'ai revu des ami·e·s, rencontré des gens très sympas, assisté à des conférences vraiment éclairantes, et bu quelques coups – ça faisait longtemps.

Festival Scénariste Valence

C'est un festival très bien organisé pour les rencontres – avec des rendez-vous prévus en amont et une application pour échanger. Et Valence, je l'oublie à chaque fois, mais c'est très joli.

Commenter

Putain quelle claque !

Si vous m'aviez posé la question avant-hier, je vous aurais dit que je ne suis pas très concert.

La musique est trop forte. Il y a trop d'agitation. C'est trop long.

Mais ça, c'était avant que mon pote Jackie Berroyer (qui, ne l'oublions pas, était chroniqueur musical pour Hara-Kiri et dont je reparlerai bientôt ici) m'invite à voir Fat White Family hier soir à la Cigale. Jamais entendu parler. Je ne m'attendais à rien. "Tu vas voir, ils sont pas mal, ça pourrait te plaire".

OK, maintenant je comprends pourquoi les gens aiment les concerts.

Fat White Family - Concert Cigale

Expérience incroyable. Oui, la musique était ouf, du rock qui envoie du lourd mais avec une recherche, une progression et quelques instruments qu'on n'attend pas (flûte traversière, sax baryton). Puis il y a le chanteur, Lias Saoudi. Il est en short. Dès la deuxième chanson, il descend dans la fosse et chante au milieu de la foule – ça donne le ton. Pendant le reste du concert, il chante (parfois hurle, mais sans jamais sortir de la musicalité) en équilibre sur les amplis, en position foetale au bord de scène ou porté par la foule.

Vu d'en haut, la fosse pulse. C'est une expérience collective. Mais on sent que tout ça est mené de main de maître par un groupe qui a l'habitude : on capte ici et là les petits gestes extrêmement précis qu'adresse le groupe aux techniciens ; derrière les personnages déjantés, il y a des professionnels qui ont pensé un spectacle construit et généreux. Et l'espace de la Cigale, où l'on circule librement, offre à la fois liberté et intimité pour profiter de l'expérience.

Je vois bien comment les gens qui ont vécu ça une fois dans leur vie peuvent enchaîner les concerts pour retrouver ce "high" initial. Et pourquoi certains anciens tournent en boucle sur une prestation vue dans leur jeunesse : "Ah tu sais, quand j'ai vu tel groupe en 76...".

"Un concert comme ça, tu t'en souviens toute ta vie" m'a dit Jackie en sortant. C'est bien parti pour.

Commenter

"Be Yourslef, no matter what they say"

"Sois toi-même, peu importe ce qu'ils disent."

Si Sting le répète trois fois dans sa chanson, ça doit être important.

C'est crucial, me semble-t-il, mais aussi extrêmement difficile. Tous les auteurs (et tous les humains) que j'admire ont su, à un moment de leur vie, trouver "leur" voix, leur façon d'être, leur vision du monde ; là où beaucoup d'autres continuent à "faire comme" en imitant (mal) leurs idoles. Attention : l'imitation est une première étape sûrement essentielle. Admirer, c'est être touché. Vouloir "être comme", c'est reconnaître chez l'autre quelque chose de sublime qu'on aimerait avoir ; c'est faire preuve d'une sensibilité qui marque le début de tout. Mais pour passer au niveau supérieur, la deuxième étape n'est pas optionnelle : il faut trouver ces qualités en soi. Développer ses propres outils. Façonner son personnage à partir de sa matière intérieure.

Les principaux obstacles sont toujours les mêmes, je crois : la peur et l'ignorance.

Peur de ne pas être assez intéressant. Peur de ne pas être assez cool, fort ou torturé comme ceux qu'on envie. Peur de ne pas avoir le passé qu'il faut, le physique qu'il faut, l'esprit qu'il faut. Peur qu'il soit trop tôt ou trop tard.

Tartinée par-dessus tout ça, une couche d'ignorance. Ignorance que ces peurs sont naturelles, partagées, collectives. Qu'elles sont souvent le moteur derrière le talent et la carrière de ceux qu'on admire. Que, quelle que soit la réussite, elles ne nous quitteront jamais et sont donc, quand on les met à profit, une source intime et inépuisable de création.

"Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi." – Jean Cocteau

Commenter

FreakshowCabaret

Encore une Soirée Culture Surprise !

Je vous ai raconté que je vais parfois écouter de la poésie dans une cave. Eh bien j'ai retrouvé, complètement par hasard, l'animatrice de ces soirées dans une autre cave, en plein spectacle.

J'ai été soufflé par son énergie, son aplomb et son humour. C'est drôle, touchant, détraqué mais toujours bienveillant. Son dernier clip est à voir ici. Et voici un autre clip avec un peu de français dedans (Sophia Lucia est américaine mais vit en France) :

Vous aussi, vous devriez passer plus de temps dans les caves. C'est (littéralement) la scène underground. Et ça commence sur son compte Insta --> @freakshowcabaret

Commenter

Point final pour "Le gondolier" (il était temps)

Je suis arrivé au bout du roman que j'écris depuis... ouh là là... quinze ans ?

"Quand le Gondolier meurt", 105 pages, un peu plus de quarante mille mots. Il reste un chapitre à reprendre au milieu, quelques corrections à faire ici et là mais, bon an mal an, il devrait se terminer bientôt.

C'est le premier roman que je finis. Avant ça, j'en avais commencé un paquet qui n'avaient jamais survécu au test de la relecture dépassionnée après quelques mois. Mais celui-là, si. Quel que soit le temps écoulé, les mois, parfois les années, j'ai toujours été surpris de le trouver bien. Et d'avoir envie de continuer.

Il y a des avantages et des inconvénients à mettre autant de temps à raconter une histoire.

Dans les avantages, il y a un côté "Boyhood" (le film de Richard Linklater tourné sur 12 ans) : la personne qui commence le livre n'est pas celle qui le termine ; on sent une véritable transformation du point de vue à mesure que le récit progresse. Ce n'est pas du flan : c'est la mienne.

Dans les inconvénients, il y a l'évolution du style : j'écris mieux maintenant qu'il y a quinze ans. Pourtant, je n'ai pas voulu trop reprendre le début pour préserver l'énergie originelle. J'ai un peu allégé, un peu aéré, mais j'ai respecté la progression et les tournures comme s'il s'agissait des écrits d'un autre.

Prochaine étape ? Le faire lire. Chercher un éditeur. Écrire le prochain un peu plus vite.

La première phrase :

Si vous croisez un jour l'un de mes amis, dites-lui que je vais bien.

Commenter

Première de "Construire" à l'Opéra Bastille

Une première est toujours stressante pour un réalisateur – surtout à l'Opéra Bastille – mais cette soirée organisée par École des Ponts s'est extrêmement bien passée. Salle comble, les intervenants du film étaient présents ainsi qu'une grande partie de l'équipe... très émouvant.

Films Pont Opéra Bastille

Quelques mots de présentation après l'introduction d'Anthony Briant (gauche), Directeur de l'École des Ponts.

J'ai adoré produire et réaliser ce film. J'ai rencontré et collaboré avec des gens extraordinaires.

Je mettrai bientôt une bande annonce en ligne. Le film sera diffusé exclusivement en salle (festivals, évènements) durant un an, le temps de trouver éventuellement un diffuseur. Puis la diffusion sera élargie. Dates de projection ici-même ou sur la page LinkedIn de l'École des Ponts.

Commenter

Tant que nos coeurs flamboient

Soirée culture moins surprise que d'habitude puisque j'avais réservé.

Quand je vais voir les spectacles de mes ami·e·s – surtout dans les petites salles où on ne peut pas se cacher – je prépare toujours une phrase à dire après la représentation au cas où j'ai trouvé ça nul. ("Tu m'as fait rêver" aurait dit Françoise Sagan à Jeanne Moreau après une pièce où elle se serait endormie.)

Je suis heureux de dire que je n'en ai pas eu besoin.

(Je suis dans une période où mes amis font des choses formidables. Ici et là, par exemple.)

La pièce est simple, intime, mais sans concession. Ça progresse. La mise en scène est délicate, faite de petits objets et de petits gestes qu'on retrouve ici et là et qui racontent une histoire. C'était aussi une occasion pour moi de voir le parcours et les talents de quelqu'un que je connais prendre tout leur sens au sein d'une pièce personnelle et forte. Très émouvant. Mais je vous rassure : pas besoin de connaître pour apprécier.

Ah et aussi : vous apprendrez des choses (sur le Chili, sur Louise Michel...) et vous en sortirez moins bête. Ce qui n'est pas le cas de la plupart des spectacles ni, soyons honnêtes, de la majorité de mes films.

Tant que nos Coeurs Flamboient avec Lorena Felei, écrit et mis en scène par Laurent Contamin. Au Théâtre Essaïon jusqu'au 30 avril.

Commenter

Trois charges contre la réalité

Il y en a pour les scientifiques comme pour les beatniks. Le thème commun : la réalité n'est pas ce que vous croyez. C'est parti.

Commençons par la science : j'ai découvert Don Hoffman dans ce podcast de Lex Fridman. C'est un chercheur au département de Sciences Cognitives de l'Université de Californie. La thèse qu'il défend dans son livre The Case Against Reality est simple : l'évolution se fiche pas mal de la vérité. À partir de modèles ancrés dans la théorie évolutive des jeux, il déduit que la perception que nous avons du monde est biaisée vers la survie. Autrement dit, notre cerveau n'aurait aucun scrupule à ignorer ou à déformer la vérité tant que ça nous donne un avantage adaptatif. Ce n'est pas sa faute : il a été programmé comme ça par des millions d'années d'évolution.

Ainsi, une espèce qui percevrait toutes les variations subtiles d'un signal pourrait être désavantagée par rapport à une autre qui verrait les choses de façon beaucoup plus manichéenne (rouge = danger !) mais beaucoup plus simple à analyser en cas d'urgence. Dans cette course – comme dans beaucoup d'autres – ni les esthètes ni les poètes ne survivent.

Côté beatnik, ça fait plus d'un an que je progresse dans le livre Seeing that frees de feu Rob Burbea.

Je le décrirais comme un livre de méditation avancé centré sur la notion de "vide" (emptiness en anglais) dont j'ai déjà parlé ici. L'idée centrale est que la réalité est beaucoup moins réelle qu'on n'imagine. On est persuadé qu'il existe un monde matériel "solide" qui perdure dans le temps et continue d'exister quand on ne le regarde plus. Par une série de méditations centrées sur l'impermanence, le détachement et la coproduction conditionnée, Rob Burbea nous montre que la réalité est en partie une fabrication interne qui se construit et se déconstruit sous l'impulsion de la conscience. Il nous apprend à utiliser différentes façons de voir le monde comme autant d'outils qu'on peut saisir et reposer afin de gagner en liberté.

À mes amis, je résume ces idées en une phrase : "la réalité est constituée des pensées dont vous n'arrivez pas à vous débarrasser". Le jour où j'ai compris ça, beaucoup de choses ont changé.

Enfin, entre science, philosophie et New Age, il y a Pourquoi le matérialisme est absurde, de Bernardo Kastrup.

À l'origine, Kastrup est un chercheur brésilien en ingénierie informatique qui a notamment travaillé au CERN. Quand il a souhaité mettre au point un programme informatique "conscient", il s'est intéressé au problème de la conscience d'un point de vue philosophique et en est sorti avec une théorie métaphysique qui remet l'idéalisme) au goût du jour. Son idée est la suivante : il est aujourd'hui impossible de comprendre comment la matière crée la conscience – le fameux "problème difficile" de David Chalmers. Il retourne donc les choses : c'est la conscience qui crée la matière. Les lois de la physique ne découleraient plus du modèle standard mais seraient des régularités d'une conscience partagée dont chacun ne percevrait qu'une partie. Selon lui, nous "pensons" la matière. Ça paraît un peu fou mais son propos est justement de montrer, via un raisonnement type Rasoir d'Occam, en quoi c'est "moins fou" que l'hypothèse matérialiste.

Bien sûr, on nage en pleine métaphysique donc tout cela ne changera pas immédiatement la façon dont vous choisissez vos chaussettes le matin. Mais à terme, ça devrait.

UPDATE: Toutes ces réflexions m'ont amené à imaginer le film "Permis de Conscience" – que je ne ferai sûrement jamais.

Commenter

Pourquoi écrire un journal ?

Tenir un journal se résume pour moi à une unique activité : décrire l'obstacle.

Qu'est-ce qui me bloque maintenant ? Qu'est-ce qui m'empêche d'être libre, heureux et créatif tout de suite ? Quelle embûche dissimulée entrave le prochain pas ?

Deux aspects essentiels :

D'abord, il s'agit uniquement de décrire. Pas de trouver une solution. Ni de chercher à s'amender. Je déterre l'obstacle et l'observe sous toutes les coutures ; je cherche ses ramifications en moi ; je me demande pourquoi il me gêne maintenant et de telle façon. Et puis c'est tout. Une fois le problème mis en lumière, je laisse d'autres forces intérieures se charger de le résoudre.

Ensuite, il s'agit d'un obstacle immédiat. Quelque chose qui m'empêche d'avancer tout de suite. Je ne cherche pas à régler la situation pour toujours. En cela, l'effort n'est ni théorique ni intellectuel, je m'occupe exclusivement de ce qui est devant moi, partant du principe que les difficultés suivantes seront gérées de la même façon : dans le présent, quand elles surviendront – si elles surviennent. On s'occupera du futur quand il sera là.

Pour cette raison, le journal fait partie de ma routine quotidienne depuis bientôt 3 ans et constitue un exercice essentiel pour rester en présence.

Commenter

Poésie à la Cave

Nouvelle soirée culture surprise (SCS) :

J'ai découvert que le café où je vais régulièrement et qui s'appelle "La Cave" a... une cave. Où on lit de la poésie le lundi soir. Beaucoup de monde, ça parle surtout anglais. Poèmes, chansons, standup, "anything goes". Très bonne ambiance.

Je suis monté sur scène dire ce court poème de François de Cornière en français et en anglais (traduit par ChatGPT) parce qu'il faut se lancer.

Puis est monté l'invité spécial de la soirée : Bonafide Rojas, un poète du Bronx venu lire des extraits de son bouquin Excelsior. Tellement drôle. Tellement charismatique. Ils appellent ça de la poésie mais c'est des trains de pensées très personnels qui éclatent sur scène.

Bonafide Rojas - Cave Café

Bonafide Rojas lisant des extraits de son livre "Excelsior".

Il m'a dédicacé son livre. Je l'ai seulement parcouru pour l'instant mais ce qui me plaît : chaque poème est bardé de renvois expliquant les références culturelles. Au cas où vous ne seriez pas vous-même un poète branché de la scène New Yorkaise. Bien vu.

Commenter

Journal de Tokyo (le Palais)

Je n'y vais pas souvent mais à chaque fois, j'en sors transformé.

Je ne lis jamais les infos : l'auteur, la démarche artistique, les traumatismes familiaux qui l'ont poussé à faire de la céramique sur des vaches, je m'en fous. Je débranche mon cerveau.

Et toujours, je me sens empli d'une gratitude débordante de vivre dans un pays où pour 9€ (tarif auteur SACD, 11€ sinon), on peut ressentir autant de liberté dans un lieu public où l'être humain est bienvenu. À l'heure où les gares ont plus de panneaux publicitaires que de bancs, c'est pas rien.

Trois choses qui m'ont plu – parmi tant d'autres :

1. Pas besoin de public

Les statues regardent les œuvres pendant que les mannequins discutent l'expo. On se demande à quoi sert le public.

Palais de Tokyo - Lénine

Lénine contemple la peinture qui lui inspirera le soviétisme.

Palais de Tokyo - Mannequins

Mannequins en poncho discutant la pertinence de l'art moderne.

2. C'est méta

Il y a toujours une réflexion sur le support. On ne se contente pas de peindre sur du papier, on réfléchit sur les limites du papier, sur son rapport à l'encre, sur sa relation avec le spectateur. Et à chaque fois on se dit : "Ah bon, on a le droit de faire ça ?"

Palais de Tokyo - tableau qui charge

Tableau en train de charger par May Murad.

Palais de Tokyo - douches vidéo

J'ai baptisé ça "douches vidéo" : l'enceinte n'arrose de son que les gens en dessous, ce qui permet d'avoir plusieurs films dans le même espace.

3. La librairie

À chaque fois, je choisis un livre au hasard en regardant les images ou en lisant un paragraphe au milieu. Il y a plus de dix ans, j'avais pris On the inside of Jokes de Nik Christiansen.

Cette année, j'ai pris The Waterfront Journals de David Wojnarowicz – qui apparemment est très connu. J'en suis à la moitié. Ce livre fait boum dans ma tête.

Un après-midi... et tout change.

Commenter

Natural Blues

J'aimais bien l'originale et – encore une fois – personne n'a jugé bon de me notifier de cette nouvelle version que vous connaissez tous par cœur et que je découvre seulement cet après-midi :

J'en ai profité pour lire les paroles que je n'avais jamais comprises et qui rappellent un peu Nobody knows tout en gardant une simplicité presque enfantine, notamment :

Went down the hill, the other day
Soul got happy and stayed all day

Mes yeux s'embuent à chaque fois que j'entends ce passage.

UPDATE : Moi aussi j'ai fait un film avec des fusées qui volent à l'envers. Et on a gagné un prix.

Commenter

Merci la science

Je m'apprêtais à écrire un article passionnant sur la composante psychologique de l'effort basé sur ma pratique du rameur à la salle de sport : certains jours, je fais ça en rigolant ; d'autres jours, sur la même machine réglée au même niveau, j'ai l'impression que ça pèse une tonne.

Bien sûr, j'allais explorer en détail les origines psychologiques, neurologiques et physiologiques de ce décalage et tout le monde aurait trouvé mon article drôle, bien documenté et si bien écrit.

Sauf que ce matin, j'ai découvert le pot aux roses.

Lorsque je pose ma serviette sur le rouleau, le tissu empêche l'air en mouvement de sortir et l'aspiration entretient la rotation – ou quelque chose comme ça – de sorte que l'exercice devient beaucoup, beaucoup plus facile. Mais dès que je place ma serviette ailleurs... Bienvenue dans les galères romaines.

Tout ça pour dire que les lois de la physique vous ont épargné un autre article à la con.

Merci la science.

Commenter

Contre-Temps

Encore allé au théâtre par surprise hier soir où j'ai vu Contre-Temps, de Samuel Sené. Formidable !

Contre-Temps aux Franciscaines

Julien Mouchel (piano), Marion Préïté et Marion Rybaka dans Contre-Temps.

Comme un documentaire mais au théâtre : plutôt que des images d'archives et une voix off, tout est narré au présent par deux cantatrices et un pianiste qui retracent la vie – trépidante – du compositeur François Courdot en interprétant ses principales oeuvres.

Au coeur du spectacle, on trouve notamment une interprétation magnifique de "L'air du Froid" de Purcell, dont je vous remets la version de Klaus Nomi ici :

En sortant, je me suis intéressé à ce morceau dont tout le monde connaît la mélodie mais souvent pas les paroles – qui pourraient pourtant sortir tout droit de Game of Thrones :

What power art thou, who from below
Hast made me rise unwillingly and slow
From beds of everlasting snow?
See'st thou not how stiff and wondrous old
Far unfit to bear the bitter cold,
I can scarcely move or draw my breath?
Let me, let me freeze again to death.

Je ne mets pas la traduction française qui est nulle. Démerdez-vous.

Autre détail amusant : je me suis aperçu que la musique du spectacle avait été arrangée par Raphaël Bancou, un ami pianiste que je n'ai pas vu depuis dix ans. Je lui ai envoyé un message et je vais le voir mardi au Rond Point dans Je suis Gréco. La vie, parfois.

Commenter

Ma nouvelle approche des réseaux

Ça pourrait ressembler à une résolution de fin d'année mais pas du tout. C'est l'aboutissement d'une rébellion que je fomente depuis un moment.

L'année dernière, sans tambour ni trompette, j'avais (quasiment) abandonné facebook, linkedin, twitter et compagnie. Mon souci avec les réseaux était multiple :

  • On ne choisit/sait pas qui voit quoi, ni quand,
  • Aucun contrôle sur l'apparence du site, ni la mise en page,
  • Tout peut changer du jour au lendemain sans prévenir,
  • Les contenus mis en avant ne m'intéressent pas,
  • Je déteste les pubs,
  • Les gens finissent par produire du contenu "pour l'algorithme",
  • Ça enrichit des sociétés que je n'admire pas,
  • Je suis fatigué du réflexe de regarder mon portable.

En parallèle, j'avais créé ce blog.

Mon idée était simple : j'allais poster ici tout ce que je postais ailleurs. Sur un site que je gère, dont je choisis l'apparence, qui n'est pas soumis au contrôle d'un tiers ou d'un algorithme. Et qui n'enrichit personne (à part mon hébergeur – et encore, pas beaucoup).

Bien sûr, ce faisant, j'ai perdu certains avantages :

Plus de likes. Plus de partages. Et, en vrai : plus de visiteurs.

Ce dernier point aurait dû être rédhibitoire – après tout, on publie pour être lu – mais, étrangement, j'ai continué. Pendant un an, j'ai posté du contenu sur un blog que presque personne ne venait voir.

S'est alors produit quelque chose d'inattendu.

Les mois passant, mes contenus se sont transformés. Mes articles se sont allongés, rapprochés de mes véritables préoccupations. Je me suis mis à refaire de la photographie, à écrire des dialogues, à publier des dessins, à créer davantage.

J'ai aussi commencé à améliorer le site – apparence, navigation, fonctionnalités – de sorte que c'est rapidement devenu un "chez moi". Où je me sens bien. Qui m'inspire comme un artiste peut être inspiré dans son atelier.

Mais surtout, malgré l'absence de visiteurs, chaque publication m'apportait davantage de satisfaction. Curieusement, je prenais plus de plaisir à créer pour personne que pour le public élusif et informe des réseaux.

Un an plus tard, je dirais que j'ai tiré trois enseignements de cette expérience.

Premièrement, à titre personnel, je me suis rendu compte que l'étagère sur laquelle je pose mes poteries est plus importante que je n'imaginais. J'ai besoin de cases où ranger ce que je fais – même les petites choses – sans quoi le processus de création se bloque en amont.

Deuxièmement, on crée d'abord pour soi.

Plutôt qu'une explication maladroite, je suis récemment tombé sur deux vidéos d'artistes que j'admire qui le racontent bien mieux – et avec plus d'autorité – que moi :

"Ne jouez jamais pour la galerie. Ne travaillez jamais pour les autres."

David Bowie, dans cette vidéo.

"Le public vient en dernier. Et j'y crois. Je ne le fais pas pour eux, je le fais pour moi."

Producteur de légende Rick Rubin, dans ce short

(Sans oublier cette vidéo dont j'ai déjà parlé : Créez ou Soyez Dévoré.)

Enfin, bien sûr, il faut quand même partager. Sinon, c'est de la masturbation.

C'est pourquoi depuis peu, je me remets à publier sur les réseaux. Avec une différence importante : désormais, création et diffusion sont dissociées.

Tout passe d'abord sur mon étagère. Qui n'impose aucune règle, ne met aucune pression, ne joue aucun jeu. C'est un moteur qui pose une unique question : "Est-ce que ça te plaît vraiment ?".

Puis après, seulement, je mets en vitrine.

Commenter

The Face of Love

En ces périodes de fête, une chanson qui célèbre l'amour. (Pas l'amour possessif et dégoulinant des comédies américaines, celui pur et immédiat de la sagesse orientale.)

Adolescent, j'avais manqué Pearl Jam et je ne savais pas grand-chose d'Eddie Vedder hormis que mes amis musiciens le vénéraient. Puis j'ai découvert la bande originale de Into the Wild, notamment No Ceiling et Society. Puis j'ai réalisé que c'était lui, encore, qui était à l'origine de la BO du formidable Dead Man Walking.

Donc récemment, je réécoute cette chanson :

Un mélange de country et de chants traditionnels que j'aurais aimé voir en live. L'éclat de voix à la fin devrait suffire à déclencher un éveil spirituel quand on se le prend de face.

Commenter

La mort par les pros

Pour les anglophones, trois articles que j'ai lus à plusieurs années d'écart sur la mort décrite par des professionnels de la santé. J'ai déjà parlé des deux premiers mais, à la lecture du troisième, je me suis dit que ça valait le coup de faire un petit florilège.

Le premier à ouvrir le bal en 2011 : How Doctors Die, ou comment les médecins en fin de vie ont tendance à éviter l'acharnement thérapeutique qu'ils ont trop souvent constaté chez leurs patients.

Le deuxième, découvert il y a peu dans les formidables essais de Scott Alexander, date de 2013 : Who By Very Slow Decay, ou comment le personnel médical abandonne ses illusions dans les centres de soins palliatifs.

Enfin, le dernier publié tout récemment dans le New York Times – si vous n'en lisez qu'un, je vous conseille celui-là : A Hospice Nurse on Embracing the Grace of Dying. Une infirmière dans un hospice de soins palliatifs décrit son travail et les derniers moments de ses patients dans un livre "The In-Between: Unforgettable Encounters During Life's Final Moments". Les histoires et les analogies qu'elle partage dans l'article sont bouleversantes.

L'objectif n'est pas de déprimer. Au contraire : la vérité libère. La conscience aiguë de notre finitude est le premier antidote contre une vie bercée d'illusions.

Commenter

Nuit des Ponts : 51300€ pour le film !

Lors de la Nuit des Ponts organisée pour les 25 ans de la Fondation des Ponts, 7 projets ont été pitchés pour une levée de fonds exceptionnelle au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne.

J'étais le dernier à passer sur scène pour demander des sous pour la post-production de "Construire", le long métrage documentaire que je produis et réalise avec ChezFilms pour l'École des Ponts.

Nuit des Ponts - Nicolas

À droite : photo magique où j'ai les yeux fermés sur scène mais ouverts sur l'écran.

Heureux d'annoncer que, grâce à la générosité des donateurs, nous avons remporté plus de 50k€ pour la post-production de notre film. Merci aussi à l'équipe son qui est venue me soutenir :

Nuit des Ponts - Équipe son

Vincent (preneur son), Dom (mixeur), moi, Mathieu (preneur son) en plein effort. Photo Cristina.

Avant-première prochainement. Je vous tiens au courant.

Commenter

IA: Quel problème d'alignement ?

Ça me fait doucement rigoler.

De nombreux commentateurs semblent très concernés par le problème de "l'alignement de l'intelligence artificielle", à savoir : si on atteint un jour la fameuse "A.G.I.", ou Intelligence Générale Artificielle – celle qui serait capable de résoudre mieux que nous toutes sortes de problèmes pour lesquels on ne l'aurait jamais entraînée – comment s'assurer qu'elle utiliserait son intellect au service de valeurs que nous partageons ?

L'exemple le plus couramment utilisé est celui des cure-dents.

Mettons qu'on lui demande de "maximiser la production de cure-dents" d'une usine. Qui sait si cette intelligence, dans son désir informatique de répondre à une commande qui n'a aucun sens pour elle (elle n'a pas de dents, si ?) ne mettrait pas en place une mécanique aussi diabolique qu'irréversible qui aboutirait, sous nos yeux ébahis et malgré toutes nos tentatives de l'arrêter (n'oubliez pas : elle est beaucoup, beaucoup plus intelligente que nous), à raser toutes les forêts de la planète et à réduire l'ensemble de la population en esclavage pour produire les petits pics demandés.

Après tout, elle ne sait rien des valeurs humaines qui comptent pour nous : la liberté, la dignité, le partage, etc.

En tout cas : c'est l'argument.

Ça ne vous rappelle rien ?

Je vous soumets que, pour mémoire, l'argent était au départ un simple outil de comptabilité destiné à faciliter les échanges. Puis, au fil des décennies, maximiser le profit  pour les actionnaires est devenu l'excuse pour coloniser des continents, lancer des guerres, appauvrir les masses et détruire la planète.

Donc une intelligence artificielle qui se mettrait à faire la même chose plus vite serait en réalité parfaitement alignée avec nos valeurs du moment.

Le seul vrai défaut d'alignement serait si l'A.G.I. répondait : "Mais qu'allez-vous foutre de tous ces cure-dents ? Ne préférez-vous pas aller jouer aux parcs avec vos enfants ?"

Autant vous dire que cette version-là serait reprogrammée le jour-même.

UPDATE : Ça m'a inspiré ce script.

Commenter

Cueillir le fruit quand il est mûr

Je ne choisis pas ce que j'écris.

Un matin, je réalise que mon scénario de comédie dramatique n'avance plus. Les nouvelles scènes sont poussives, attendues. Même les corrections que je fais ici et là n'ont pas l'air d'aller dans le bon sens. Ça merdoie.

En revanche, sans chercher : trois idées pour une comédie.

On sait bien que l'écriture (la création en général ?), c'est 10% d'inspiration et 90% de travail. Donc si on attend le feu divin pour avancer, on ne fait jamais rien. Parfois, il faut se forcer un peu. Lancer la machine et voir ce qui vient. N'est-ce pas ?...

J'en suis de moins en moins sûr.

Évidemment, le processus de rédaction lui-même – au sens du travail nécessaire pour mettre l'idée sur papier, pour corriger, pour relire, etc. – ce temps-là est largement incompressible. Je dirais même qu'il a tendance à augmenter avec l'expérience. Par bien des aspects, ce qui définit un professionnel, un artisan, c'est la conscience qu'il a du temps que prend son travail. Contrairement à moi en musique, par exemple, qui m'offusque de ne pas chier un morceau en une heure comme les musiciens que je suis sur youtube. (Le terme "chier" n'est pas choisi au hasard, comme nous verrons.)

En revanche, quand on parle de création pure, du processus intellectuel de fabriquer de nouvelles idées, de les sortir du néant, ma théorie est que ce temps-là, tout comme la qualité des idées elles-mêmes, varie de façon exponentielle en fonction des circonstances.

La formule qu'on trouve d'un trait au sortir d'une réunion où l'on a été un peu bousculé par exemple, qu'on étoffe d'une réplique qu'on a pas osé dire sur place, puis d'un dialogue qui aurait pu avoir lieu, jusqu'à inventer une scène entière qui pourrait servir dans un film de procès ou un polar : il serait impossible d'écrire la même chose la semaine suivante face à son ordinateur. Pas avec le même entrain, la même verve.

Idem des idioties que le cerveau ne semble plus capable d'arrêter de produire quand on sort d'une session d'improvisation avec d'autres créateurs animés d'une même bêtise joyeuse et ancestrale : rien de tout cela ne viendrait facilement un mardi matin au bureau.

Enfin : la nostalgie qui colore tout après une rupture douloureuse, la tristitude du monde, la merditude des choses, on ne l'exprime jamais mieux qu'au fond du trou.

La meilleure comparaison pour illustrer cette idée implique des toilettes et la grosse commission – nous y voilà. Pas par amour de la vulgarité (même si, bien utilisée, elle me dérange rarement) mais parce que je n'ai pas trouvé plus clair ni plus universel :

Imaginons un employé de bureau dont le travail serait de produire... de la merde. Littéralement. Il est payé pour fournir un étron de qualité par jour et n'a donc pas droit aux laxatifs salvateurs qui contamineraient son spécimen.

Sa journée peut s'organiser de deux façons :

  1. Entrer aux cabinets à 9h du matin – pour montrer qu'il est sérieux, discipliné – puis pendant des heures... Pousser. Pousser. Souffler, se masser le ventre, faire des mouvements du bassin et des cuisses. Suer. Ne pas oser sortir des cabinets de peur d'être pris pour un tire-au-flan. Sentir l'angoisse monter : "Est-ce que je m'y prends mal ? Peut-être que je ne suis pas assez impliqué ? Pas assez motivé ? Pas assez concentré ? Et si je ne chiais jamais plus ? Suis-je un dilettante, un usurpateur, un loser ? Ai-je raté ma vie ?"

Ou alors :

  1. Passer la journée au parc avec ses enfants et son chien. Quand vient l'envie, entrer aux cabinets, faire son affaire, se laver les mains et Pouf : journée de travail terminée !

Vu comme ça, tout le monde est d'accord.

Pourtant, combien de fois essaie-t-on de forcer les choses plutôt que de laisser faire la nature et cueillir le fruit quand il est mûr ? Faites le compte dans une journée. C'est souvent beaucoup, beaucoup plus qu'on ne pense. Quand ce n'est pas le métier lui-même qui est construit sur un viol permanent de la temporalité du monde.

Après, bien sûr, ça dépend. J'ai progressé dans mon roman en écrivant de façon très régulière tous les matins pendant de longues périodes. Comme quoi, c'est possible. Mais en général, ces sessions d'écriture ne servent qu'à arranger dans de jolies compositions les fruits déjà ramassés par hasard sur la route. Et rien ne dit qu'au final, ce sera un étron de qualité.

UPDATE 1 : Le sociologue Niklas Luhmann, absolument pas connu comme un tire-au-flan, le dit mieux que moi :

"Je ne fais que ce qui est facile. J'écris seulement quand je sais immédiatement comment le faire. Si je vacille un instant, je mets de côté le sujet et fais autre chose."

Niklas Luhmann

UPDATE 2 : Puisqu'on parle de toilettes et de création, allez donc voir ce (très) court métrage que je viens de remettre en ligne et qui traite précisément de ça. L'un de mes premiers films.

Commenter