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Edmond et la Puce à l'oreille

Récemment, je retourne au théâtre.

Ouais, je sais pas ce qui me prend : sûrement un début de dépression.

J'ai vu des trucs formidables – dont J'aurais voulu être Jeff Bezos qui joue en ce moment, allez-y !

Et puis j'ai vu... Edmond.

C'est la pièce à très grand succès de cet auteur à succès qui ne fait que des succès. Et honnêtement, j'étais enchanté à l'idée de partager l'amour d'un spectacle populaire avec le reste de la France. J'allais rire, être ému puis participer aux conversations de café en criant "Moi aussi je l'ai vu !!" et on se serait remémoré les meilleurs moments en riant tous ensemble. Je me serais peut-être même fait de nouveaux amis.

Et puis... plouf.

Après, c'est toujours délicat de dire du mal d'une pièce qu'autant de monde a adoré. Pour rester sobre, je vais me contenter de dire ceci :

Cette pièce est une merde et tous les gens qui ont aimé sont des cons.

Tant pis pour les nouveaux amis.

Pour faire vite : j'ai trouvé le texte poussif, l'humour ras les pâquerettes, reposant sur des accents qui bavent et des blagues lourdingues. Un énième remake de Shakespeare in Love sauf que les connexions entre la vie de l'auteur et son oeuvre sont artificielles et anecdotiques – un procédé maladroit qui sert de prétexte à des retournements faciles.

Le tout interprété par des comédiens – sûrement tous très talentueux – qui se relaient de représentation en représentation dans ce qui est devenu du théâtre industriel.

Dans les "plus" : oui, la mise en scène est dynamique, très cinématographique, les scènes s'enchaînant comme dans un film avec une musique qui ressemble à une bande originale. Du cinéma recréé au théâtre. Pourquoi pas.

Puis je suis allé voir La Puce à l'Oreille à la Comédie Française.

Le texte est long – plus de deux heures – mais un vrai plaisir. On sent une troupe qui a eu le temps de travailler chaque scène, chaque dialogue, chaque réplique pour en tirer le maximum d'effet comique – c'est quand même bien pour ça, le théâtre public. On est surpris par des ruptures qu'on n'attendait pas, des gestes, parfois même des cascades qui soulignent et dynamisent le texte, le rendant vif, accessible et moderne.

Et puis le lieu. J'avais oublié comme c'est beau.

Bon, après, je suis peut-être un peu méchant avec Edmond. Ça reste bien construit, bien mis en scène et visuellement très agréable. C'est un spectacle. Si vous y allez avec des amis, vous passerez sûrement une bonne soirée. Et surtout, quand vous sortez, n'oubliez pas d'effacer mon numéro.

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Ce qui brille dans le futur

Petit vague à l'âme sur l'autoroute.

Sans raison. Mal nulle part. Pas de nouveau gouffre dans ma vie. Rien qui ne doive m'inquiéter plus que d'habitude.

Puis j'ai compris : rien d'excitant ne m'attendait à Paris. Ni à l'arrivée, ni le soir même, ni dans la semaine qui s'annonçait. Pas une semaine désagréable en perspective – pas du tout – mais rien qui me rende impatient.

Ce qui m'a fait réaliser deux choses.

La première : mon bonheur tient presque entièrement à l'anticipation de bonheurs à venir.

Il faut que quelque chose brille dans mon futur.

Soit une petite étincelle dans mon futur immédiat : une pâtisserie, un rendez-vous, une distraction. Soit un grand soleil dans mon futur lointain : le succès d'un projet de longue haleine, un changement de vie, la promesse d'un lendemain qui chante.

Étrangement, la taille réelle de l'étoile ne compte pas, seulement sa taille apparente. Si elle est petite, elle doit être proche – je la veux maintenant. Si elle est lointaine, elle doit être grande – que ça vaille le coup. De sorte que son diamètre vu du présent reste toujours à peu près le même : il me faut une certaine quantité de luminosité à l'horizon.

Cette façon de voir permet, me semble-t-il, de comprendre certains comportements.

Les gens sans perspective à long terme, par exemple, ceux qui ont perdu confiance en l'avenir (qui n'ont pas de soleil lointain) compensent souvent par une multitude d'étincelles à court terme. C'est la première étape des addictions : se vautrer dans les plaisirs immédiats pour oublier l'absence d'une direction globale.

Inversement, il est plus facile de maintenir une discipline jour après jour quand on vise une lumière étincelante à l'horizon. La récompense qui brille au loin permet de mieux supporter les sacrifices du quotidien.

Or justement : dans la voiture, rien ne brillait. Et je me sentais... Las. Sans entrain. Presque déprimé. C'était la deuxième prise de conscience :

Et si c'était ça, mon état de base ? Ma neutralité émotionnelle ?

L'état que je qualifie de "déprimé" est-il en réalité mon état "tout va bien" que j'interprète de travers à cause d'une trop grande dépendance au futur ?

Suis-je devenu comme un drogué trop obsédé par son fixe pour remarquer les sources de joie qui sont devant moi ? Me faut-il nécessairement une récompense à l'horizon pour profiter de l'instant ? Est-il possible que j'aie organisé ma vie (et depuis combien de temps ?) de façon à toujours attendre quelque chose, quitte à l'inventer ? Quitte à gâcher ce qui est ici et maintenant ? Les fantasmes à venir ont-ils désensibilisé mon palais aux émotions plus subtiles à portée de main ?

Mais surtout : puis-je recalibrer mon cerveau pour être moins hypnotisé par le futur et par cette camelote qu'il agite sans cesse devant moi ?

(Réponse : oui, très facilement. Bisou.)

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Sophie Le Cam : c'est bon, mangez-en.

Avant, je faisais la blague que seule ma mère lisait ce blog.

Récemment, j'ai eu la preuve que même pas.

Donc quand je fais la promotion d'une artiste ici, c'est pas comme si ça servait à grand chose et que j'allais rameuter les foules. Mais bon : c'est une sorte de journal. Je note ce qui me plaît.

Et le concert de Sophie Le Cam – comme son concert précédent – m'a beaucoup, beaucoup plu.

J'adore cette nouvelle période de ma vie où je vais voir les spectacles des gens que je connais et je trouve ça formidable. C'était drôle, doux, rythmé, sincère, avec un décalage qui ajoute une personnalité sans phagocyter l'émotion. Et quelques tubes.

Les clips sont très bien aussi – mais si vous avez le choix, allez voir le live.

Et son site est ici.

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Smells Like Teen Spirit de Patti Smith

Évidemment, vous écoutez ça en boucle depuis des années, vous, pendant que moi, bêtement, je ne fais rien qu'écouter l'originale – qui est très bien aussi, entendons-nous.

Mais cette version a quelque chose de... charmant. Et rebelle à la fois.

J'aimerais tellement faire le clip d'une chanson comme ça. D'ailleurs, j'aimerais refaire des clips tout court. Je note ça sur ma toudouliste.

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Le présent et l'action

Je finis par penser que seule la présence compte. Qu'il n'y a, finalement, pas de bonne ou mauvaise action, pas de bonne ou mauvaise décision : seulement de bonnes ou mauvaises raisons d'agir.

Mais que veut dire, au juste, "être dans le présent" ?

Physiquement, bien sûr, on ne peut pas être ailleurs. Personne n'a encore mis un pied dans le passé ou dans le futur. Donc techniquement, on est tous "dans le présent". Mais on peut être dans le présent sans être "dans le flot" du présent.

Être dans le flot du présent, c'est recevoir et se laisser transformer par ce qui se passe à chaque instant.

Quand tout va bien, les évènements, les sensations et les pensées naissent, suivent leurs cours puis disparaissent. Ce cycle court permet d'être sans cesse ouvert à ce qui arrive ici et maintenant. On peut recevoir le prochain rayon de soleil, la prochaine idée ou la prochaine conversation parce qu'on n'est pas resté bloqué sur le contenu précédent. Tout se renouvelle sans cesse en interaction avec le contexte.

Pourtant, souvent, on reste coincé.

On "s'accroche" à une idée, à une pensée ou à une anxiété que, consciemment ou inconsciemment, on fait tourner en boucle. Ce vortex occupe tout l'espace mental : les rayons de soleil et les prochaines conversations sont bloqués à l'extérieur. Le présent continue de se dérouler mais on n'en tient plus compte ; on ne se laisse plus transformer par ce qui arrive. On est "bloqué" au point du passé où s'est formée la pensée qu'on entretient.

Les bouddhistes appellent ça un attachement.

Je suis "attaché" à un contenu mental comme un bateau serait attaché à la rive. Le résultat est le même : je ne suis plus porté par le flot du courant.

Quelques exemples d'attachement. Un : je dois me rendre à tel endroit pour telle raison. Le trajet n'est qu'une période de transition sans importance entre moi et mon objectif. Tout évènement qui me retarde est un obstacle. Je suis trop attaché à la destination pour être ouvert à ce qui se passe. Deux : j'ai décidé de dire telle chose à telle personne. La conversation n'est qu'un passage obligé pour déclencher la réaction que je souhaite. Je suis trop attaché au résultat de l'échange pour être ouvert à l'être humain en face de moi. Trois : j'ai décidé que tel évènement devait se passer de telle façon. Tout écart à mes prédictions est un échec. Je suis trop attaché à ma vision pour être ouvert à ce qui se produit réellement – y compris aux bonnes surprises.

Dans chaque cas, je privilégie l'idée à la réalité ; je suis trop attaché à ma construction mentale pour recevoir – et donc composer avec et profiter de – ce qui survient réellement.

Or, j'en viens maintenant à penser que rien n'est plus important que d'être dans ce flot du présent. C'est sûrement plus important que l'action elle-même.

Par là, je veux dire qu'il est impossible de juger de la qualité d'une action sans réelle présence. Si je suis coincé dans un espace mental qui n'est pas mis à jour, tous les indicateurs que je regarde pour prendre mes décisions sont datés. Je réagis à une vision du monde construite dans le passé plutôt qu'à celle qui se manifeste devant moi.

Inversement, lorsque je suis dans le flot, il n'y a plus de décision à prendre. Le geste, comme un réflexe, s'adapte à la situation. Il n'y a plus de bonne ou de mauvaise décision. Seulement l'action.

Ainsi, mon rôle n'est pas de réfléchir intellectuellement à ce qu'il faudrait faire, ni de chercher la solution idoine. Elle n'existe pas. Mon rôle est de dénouer, en douceur, un par un, chaque attachement que je rencontre. Puis de laisser faire le courant.

UPDATE : Si vous avez des doutes, voici une jolie confirmation par Francis Sanzaro dans cet article du New York Times. Pour les anglophones.

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Je fais une expérience

Vous ne le savez sans doute pas mais depuis plus d'un an (ou un peu moins d'un an, je n'ai pas fait le calcul), j'écris un journal.

Chaque matin et souvent à plusieurs reprises au cours de la journée, je jette des mots en paquet sur la page sans aucune prétention littéraire. Mon objectif : analyser dans quel état je suis. Démêler des anxiétés qui planent. "Décrire l'obstacle" comme je dis souvent, c'est-à-dire que plutôt que de rester coincé ou de remettre à plus tard, j'essaie de décrire ce qui me bloque en termes aussi plats et désengagés que possible. Et souvent : ça décoince.

Or, quand je relis mon journal – ce qui n'arrive pas souvent – je trouve que c'est... comment dire... pas désagréable à lire. En tout cas, moins pire qu'on pourrait imaginer. Moins décousu et moins ultra-personnel qu'on pourrait penser. C'est... lisible. Parfois même, à ma grande surprise, assez intéressant. Avec des prises de conscience, des idées et autant d'humour que dans ce que j'écris pour les autres.

Je me dis que tout devrait être facile comme ça.

D'autant que j'ai lu récemment ce post sur le fait d'écrire 1000 mots par jour. Un défi que s'est lancé l'auteur et qui a eu énormément d'impact sur sa vie autant personnelle que professionnelle. Et moi de me dire "Mais... je le fais déjà !!!". Sauf que je ne le publie pas, évidemment.

Et aujourd'hui je me dis : fuck it. C'est sûrement un bon exercice.

D'abord, c'est toujours cette idée d'apprendre en public ("travailler avec la porte du garage ouverte" comme ils disent aux États-Unis) : ne pas attendre que le produit soit fini ou que l'apprentissage soit arrivé à terme pour partager ce qu'on fait. Sinon, on ne partage jamais rien. Austin Kleon en parle beaucoup dans Show your work.

Ensuite, ça rend ce que j'écris plus actuel, plus intime et plus personnel. Car voyez-vous, ce qui fait que je suis intarissable dans mon journal, c'est que j'écris pour explorer les problèmes concrets qui impliquent mon personnage favori : moi. Tout est grave, tout est urgent puisque ce sont les problèmes que je cherche à résoudre maintenant. Impossible de trouver la même verve et le même flot sur un sujet qui n'aurait pas la même actualité subjective, aussi intéressant soit-il dans l'absolu. Et je pense que cette urgence a quelque chose de communicatif.

Enfin, c'est la démarche que j'avais faite avec les impros vidéos l'année dernière. Vous vous souvenez ? Une vidéo de dix minutes par jour, qu'il pleuve ou qu'il vente. L'objectif était de me débarrasser du poids de la technique pour être plus spontané. C'est une spontanéité similaire que j'aimerais atteindre dans l'écriture.

J'ai donc écrit ce post de bout en bout en une dizaine de minutes sans corriger, sans relire, sans me poser trop de questions. Je vais faire une passe – et une seule – de relecture pour enlever quelques répétitions et un ou deux gros mots. Et puis voilà.

Je dis pas que c'est ouf, hein. Mais c'est là.

UPDATE: OK, j'ai fait deux passes de relecture. Du progrès quand même.

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Truth par Alex Ebert - ça me détend

Débordé avant la projection V1 du film des Ponts début septembre. Mais entre deux séquences de montage, j'ai découvert ce titre – oui, je sais que vous connaissez déjà, vous connaissez tout.

Ça commence comme un western qui finit. Puis ça continue.

À bientôt quand j'aurai sorti la tête de l'eau.

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Le profane et le sacré

D'abord, soyons clair : je ne suis pas religieux pour deux sous.

J'ai beau être baptisé, communié, sur-communié, j'ai tout laissé tomber vers l'âge de douze ans et les années n'ont fait que consolider mon rejet de toute religion organisée.

Quand on me pose la question, je réponds que je suis agnostique et athée – ce qui peut sembler contradictoire. Agnostique parce que je n'ai pas fait le tour de l'univers et qu'il peut bien y a voir quelque chose, pour ce que j'en sais. Un sens, une équation, une métaphysique qu'on choisirait de personnaliser et d'appeler Dieu. Pourquoi pas. Mais au fond, je pense qu'on ne peut pas savoir et qu'on ferait aussi bien de ne pas s'en préoccuper – ce qui constitue la version forte de l'agnosticisme. Mais – et voilà mon côté athée – même s'il y a effectivement quelque chose là-haut, je suis persuadé que ça n'a rien à voir avec ce que les religions, passées ou présentes, essaient de nous vendre depuis des siècles. Pour moi, Bible, Torah, Coran et consorts sont de la mauvaise fiction utilisée pour maintenir une forme de contrôle.

Voilà d'où nous partons.

Pourtant, depuis quelques années, je me découvre une certaine spiritualité.

La spiritualité serait pour moi la connexion avec quelque chose de plus grand que soi – sans qu'il s'agisse nécessairement d'un dieu.

Il pourrait s'agir d'une connexion avec la nature, par exemple.

Je parle de nature au sens étendu : ce grand tout qui existe depuis le big bang, probablement avant, qui a donné naissance aux galaxies, aux étoiles, aux planètes, lesquelles ont permis l'émergence de la vie sous toutes ses formes : bactéries, plantes, animaux. Cette gigantesque soupe en transformation perpétuelle qui, par des lois que nous commençons à peine à comprendre, est à l'origine de tout ce que nous connaissons. Que certaines parties de ce tout développent une conscience propre et soient capables de faire l'expérience d'elles-mêmes et du monde, que cette complexité physico-chimico-biologique donne naissance à une telle simplicité d'expérience ("je suis") qui permette à chacun de dérouler le fil de sa vie sans avoir besoin d'en comprendre les rouages sous-jacents, je trouve qu'il y a une magie là-dedans. Un mystère, tout au moins. Une beauté, assurément.

Mais surtout : ce petit bout de spiritualité suffit à définir une frontière entre profane et sacré.

La vision profane du monde serait de ne voir ici-bas qu'une accumulation de matière et de lois physiques dont il faudrait s'emparer pour faire son beurre. Il n'y aurait de mystère nulle part, aucune question, aucun émerveillement et de là, aucun respect à cultiver envers rien. Seulement des ressources à exploiter. Le vivant ne serait alors qu'un combustible de plus au service de notre vision du confort et du progrès.

L'antithèse de cette idée, si bien défendue par Bernard Stiegler dans cette vidéo découverte dernièrement, me ramène également à ce que disait Alan Watts sur le sujet.

À savoir que le rapport qu'entretient l'homme à la nature est construit sur une double méprise. La première : que notre rôle serait de dominer la nature. Combattre et maîtriser les éléments pour imposer notre volonté. La seconde : que nous serions en position de la sauver. Que la planète – ou certaines parties de la planète – auraient besoin de nous pour continuer à être. Ces deux options, loin d'être équivalentes dans leurs effets, découlent à leur source de l'omission d'une même vérité fondamentale :

Nous sommes la nature.

Nous, les êtres humains, sommes autant la nature que les vaches, les arbres, les fourmis ou les dauphins. Nous sommes faits de la même matière, issus de la même évolution – physique et biologique – et sommes amenés à disparaître dans des conditions similaires. (Par exemple : en transformant notre écosystème au-delà des limites de notre propre survie – ce qui, dans l'histoire des espèces, n'a rien de neuf.)

Cela ne signifie pas qu'il n'y a aucune différence entre l'Homme et les autres espèces. Bien sûr, il y en a. Mais quand on revient aux fondamentaux – vivre, survivre, trouver un sens – il me semble que notre appartenance au vivant est un meilleur prisme d'analyse que ce qui nous en sépare.

Car si nous sommes la nature, rien de ce que nous faisons ne peut être contre nature.

Nous faisons partie du grand tout. Les difficultés que nous rencontrons font partie du grand jeu. Et le mystère et la magie à l'oeuvre dans l'univers s'expriment aussi à travers nous.

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Mais au fait... Qu'est-ce que l'art ?

J'ai découvert ce type avant-hier dans cette vidéo. C'est devenu mon être humain préféré. (J'espère ne pas découvrir que c'est une crapule... Il n'en a pas l'air. Vous me direz.)

L'exemple du chasseur lapon a éveillé mon intérêt puis je suis resté conquis : le caractère somptuaire de l'art, le rôle de l'esthétique dans la société, le lien avec le divin, la politique ou l'industrie, j'ai trouvé tout cela passionnant. À voir et à méditer.

UPDATE : on me fait signe qu'il est allé en prison dans sa jeunesse pour braquage de banques. Rares sont les philosophes qui vivent leur philosophie jusqu'au bout...

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Tout ce qu'on pensait savoir sur l'économie n'est plus vrai

Un article en première page de l'édition U.S. du New York Times ce weekend qu'on aurait difficilement pu imaginer il y a quelques années.

Seulement en anglais mais si je résume : la confiance placée dans le marché et la libéralisation après la chute de l'URSS – époque où certains parlaient d'une "Fin de l'Histoire" – montre ses limites de façon de plus en plus patente. Non seulement la globalisation n'a pas amené la paix, ni transformé les dictatures en démocratie, ni mis fin à la pauvreté, mais nous vivons dans une des époques les plus inégales de l'Histoire que les changements à venir – énergétiques, climatiques et socio-politiques – risquent d'accroître dans des proportions qu'il est difficile d'imaginer.

Rien de très nouveau, donc, pour qui se tient au courant.

La nouveauté, c'est que ça soit en première page du New York Times.

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Vide et fabrication

Deux piliers du bouddhisme explorés récemment par la lecture du merveilleux Seeing that Frees de (feu) Rob Burbea, en écoutant les conférences de James Low que j'ai découvert il y a peu et, infatigablement, par les enregistrements d'Alan Watts qui ne cesse de m'émerveiller.

Le vide ("emptiness" en anglais) ne signifie pas qu'il n'y a rien.

Et pour cause : on voit, on entend, on ressent. On imagine. Quelle que soit l'origine de ces perceptions et la nature de la réalité qui les produit, on peut se mettre d'accord là-dessus : on fait bien l'expérience de quelque chose. Donc non : il n'y a pas rien.

En revanche, dès qu'on s'intéresse à un sujet en particulier – un arbre, une chaise, un passant – on découvre qu'il est extrêmement difficile de définir quoi que ce soit indépendamment du reste.

L'arbre, par exemple. Qu'est-ce qui fait qu'un arbre est un arbre ?

Facile ! Voyons… Un tronc. Des branches. Des feuilles. Des racines… Et voilà ?

Question : la terre autour des racines fait-elle partie de l'arbre ? Réponse : non ! La terre, c'est la terre ; l'arbre c'est l'arbre – ce sont deux choses séparées. Fort bien. Toutefois, a-t-on déjà vu un arbre sans terre ? Et s'il n'existe pas d'arbre sans terre, est-il bien raisonnable d'exclure l'un de la définition de l'autre ? Sur un même registre, l'air fait-il partie de l'arbre ? Avant de répondre, souvenez-vous que le bois vient du carbone de l'air piégé par photosynthèse. ("Les arbres ne poussent pas de la terre, disait Feynman, ils poussent de l'air.") Et, pour aller au bout du raisonnement, puisqu'il n'y a pas d'arbre sans photosynthèse, et pas de photosynthèse sans soleil, le soleil ne devrait-il pas être intégré à la définition également ?

Et la forme elle-même, la couleur des feuilles, les odeurs de bois et de chlorophylle, la rugosité du tronc, tout cela aurait-il un sens s'il n'existait, dans le même monde, des êtres doués de vision, d'odorat et de toucher pour en faire l'expérience ? Dès lors, ces caractéristiques sont-elles propres à l'arbre ou propres à ceux qui les perçoivent ? Le vert est-il une propriété des feuilles ou une propriété de notre cortex visuel lorsqu'on regarde une feuille ? Et dans ce cas, est-il bien raisonnable de nous exclure nous de la définition ?

arbre (n. m.) : Morceau d'univers fait de terre, d'air et de soleil dont les feuilles sont vertes quand certains animaux les regardent.

C'est pourquoi pour les bouddhistes, notamment dans la tradition du Dzogchen, rien n'existe indépendamment du reste.

Penser l'arbre sans terre, l'objet sans contexte, la partie sans le tout, c'est créer des concepts qui masquent la véritable nature des choses.  Bien sûr, parfois, c'est bien pratique. Nos cerveaux n'étant pas extensibles à l'infini, il faut bien simplifier. Quand je choisis mes chaussettes le matin, je ne pense pas tous les jours au lien cosmique qui lie chaque fibre du tissu au reste de l'univers. Je prends les rayées parce qu'elles sentent moins fort.

Le problème survient quand on oublie que les concepts sont des concepts.

Ma chaussette, comme l'arbre, n'a pas d'essence propre, pas de caractéristique cardinale qu'on pourrait isoler du reste, pas de "chaussettitude" qui existerait indépendamment du monde et des observateurs. C'est ça que les bouddhistes appellent  "le vide" : l'absence d'essence propre. Donc quand, par souci de commodité, je considère ma chaussette comme une entité à part, je crée un concept. Et pourquoi pas : si ça me facilite la vie, tant mieux. Mais quand je prends ce concept pour une réalité, c'est la fin des haricots. J'oublie que le mot "chaussette" n'est qu'une représentation interne d'un morceau du tout qui, à tous les niveaux – physiquement, biologiquement, historiquement – ne peut être séparé du reste. Ce faisant, je crée un objet qui n'existe pas. À partir de rien, j'ai peuplé ma réalité d'un nouvel élément qui impacte ma vision du monde et mes actions. C'est ça, "la fabrication".

Le souci de la fabrication ? Elle isole.

En conceptualisant chaque phénomène comme une entité à part, tout semble déconnecté de tout. Les objets entre eux. Les gens entre eux. Soi par rapport aux autres. Le monde par rapport à soi. On oublie que cette séparation entre chaque chose n'est qu'une idée qu'on a soi-même manufacturée pour graisser le quotidien. En jaillissent une certaine solitude, une compétition, un désir de contrôle.

L'objectif de la méditation, notamment dans la pratique de la non dualité, c'est de déconstruire un par un ces concepts afin de percevoir à nouveau le monde tel qu'il est : Entier. Unique. Présent. Et dont, au même titre que les arbres et les chaussettes, nous faisons partie intégrante.

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Et Chip Wickham, vous connaissez ?

Bien sûr, vous connaissez. Parce que vous êtes cools, vous. Et personne me dit rien à moi.

Je l'ai découvert par cette vidéo sur un sampler que j'utilise (Roland SP404 mkII), postée par Ricky Tinez dont j'avais parlé ici. Mais vous connaissez aussi, évidemment.

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Entre deux infinis

Deux vidéos vues à plusieurs années d'écart mais qui m'ont marqué de façon similaire.

La première, "Voyage dans la Galaxie d'Andromède", m'a fait prendre conscience de la taille de l'univers. En bon ingénieur, je savais que c'était grand... mais pas à ce point. Regardez-la, c'est un mini documentaire passionnant qui bouleverse les échelles d'espace et de temps.

Pour l'infiniment petit, une toute petite vidéo : une protéine qui "marche" sur un microtubule. À l'heure où je vous parle, des milliards de protéines marchent tranquillou dans vos cellules.

Comme disait Pascal : nous voilà perdus entre ces deux infinis. Bonne nuit.

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Sur la maternité

On oublie trop vite les gens qui nous facilitent la vie.

On pense trop longtemps à ceux qui nous posent problème.

Ceux qui aplanissent le chemin, font la courte échelle au bon moment, aident de façon discrète quand on en a le plus besoin, ceux-là ont tendance à s'effacer au profit des autres : ceux qui créent le drame, compliquent la situation, présentent une menace. Un problème résolu, dit-on, c'est une chose de moins à penser. Par là même, la main qui aide peut facilement être oubliée avec le problème qu'elle résout, là où le diable survit dans les complications qu'il crée.

Le cerveau s'efface au profit du monde, disait Alan Watts. Si je perçois le bruit de la rivière et la lumière du soleil, c'est parce que je ne suis pas sans cesse obnubilé par l'existence de mon système nerveux et l'activité de mes neurones. La machine disparaît au profit de l'expérience.

Par bien des côtés, l'instinct maternel fonctionne de la même façon. En pourvoyant en silence aux besoins vitaux, la mère permet à l'enfant de se concentrer sur le monde plutôt que sur sa faim, sa soif ou sa peur. Elle-même ne peut rester trop longtemps centre d'attention au risque de créer un attachement qui nuit à l'éveil. Elle a vocation à s'effacer au profit de tout le reste.

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L'Effet caméra

Souvent, quand je regarde un documentaire, je me demande comment des gens qui prétendent être si atteints, si déprimés, parfois si malveillants, peuvent sembler si ouverts, si sincères et avoir autant de recul au moment de raconter leur histoire. L'hystérique est parfaitement calme. Le menteur compulsif raconte toute la vérité. Ceux qu'on présentait comme souffrant de retards intellectuels ou émotionnels font preuve d'une clarté et d'une intelligence hors du commun dans leur introspection.

Ce n'est pas de la mise en scène, ni de la manipulation. C'est l'effet caméra.

Un jour, au milieu du train-train, un réalisateur les a appelés et s'est intéressé à eux. Il leur a posé des questions, a voulu en savoir davantage sur leur vie. Il ne semblait pas y avoir de prix à cet intérêt, pas de piège, rien à donner en retour. La confiance est née. Puis, le jour de l'interview, toute une équipe s'est mise en branle : on a installé des lumières, du matériel, déplacé des meubles et, au moment opportun, cette machinerie s'est tue pour recueillir leurs propos. Le réalisateur, le chef opérateur, l'ingénieur du son, l'assistant, tous ces gens étaient à l'écoute.

On cherche tous à prouver qu'on existe.

Par bien des côtés, la peur de ne pas être vu est la mère de toutes les peurs. À un petit niveau – l'irritation d'être bousculé par quelqu'un qui ne fait pas attention – ou à un niveau plus essentiel – la sensation d'être ignoré par ses parents, par ses amis, par le monde en général.

Lors d'une interview, cette peur s'éteint. Les lumières, la caméra, l'attention de toute l'équipe sont braquées sur soi. On a le temps. On se sent écouté. Les barrières qu'on avait mises en place pour se protéger, les réflexes qu'on avait créés pour prouver qu'on est là, pour attirer l'attention, tout cela peut être mis en pause.

On révèle la personne formidable qu'on serait à chaque instant si le monde prêtait attention.

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Qu'est-ce que la réactivité ? (Et pourquoi c'est mal)

En entreprise, bien sûr, c'est une qualité. On en veut à tous les étages.

En l'essence, la réactivité est la capacité d'analyser et de réagir à une situation qui sort du cadre initialement prévu. Lorsqu'on a conçu un plan qui, de toute évidence, ne marche plus ("c'est normal que le sous-sol soit inondé comme ça ?"), il faut être capable de mettre de côté les solutions périmées ("donc on ne rebranche pas le courant ?") pour initier des actions davantage adaptées à la réalité du problème ("on devrait peut-être dire aux enfants de remonter ?").

Donc si on vous pose la question en entretien d'embauche : oui, vous êtes réactif. À fond.

En philosophie orientale, c'est une qualité plus mitigée. Devenir moins réactif est même une mesure de progrès : un bouddhiste qui n'est pas fier de son comportement dira "j'ai été réactif" ou "j'étais dans la réactivité".

Dans ce contexte, la réactivité est le fait d'agir immédiatement sur la base de ses pensées et de ses émotions. Sans tampon, sans temporisation, sans leur donner une chance d'évoluer.

Pour les sages, pensées et émotions sont transitoires. Comme chaque chose en ce bas monde, les contenus psychiques apparaissent, suivent leur cours, puis disparaissent. La sagesse consiste à observer cette danse sans se laisser piéger par chaque humeur qui passe.

Car souvent, nous disent-ils, on accorde trop de crédit à nos pensées. On imagine que chaque idée est la représentation mentale d'une réalité sous-jacente ; que chaque émotion qui pointe à l'intérieur est la conséquence d'un phénomène qui se produit à l'extérieur ; qu'il existe un rapport 1:1 entre le monde physique et l'image qu'on en a. Dans cette vision des choses, il est primordial d'agir sans attendre puisque les pensées sont la réalité – ou en sont, tout du moins, de fidèles ambassadeurs.

Sauf qu'un minimum d'introspection met rapidement cette idée à mal.

Quand on ne les entretient pas artificiellement, force est de constater que les pensées... passent. Les émotions passent. Tout passe. Et généralement de façon très indépendante de la réalité à laquelle on les pensait attachées.

D'ailleurs, une même réalité peut se présenter de façon très différente au fil de la journée : inquiétante le matin, indifférente à midi, plus motivante le soir. Trois perceptions pour un même objet. Mais pour être témoin de ce changement (ce que les bouddhistes désignent sous le terme d'impermanence ou anitya), il faut ne pas agir à la va-vite le matin. En se lançant tout de suite dans l'action, en étant réactif, on ne se laisse pas la chance de voir disparaître cette première émotion au profit de la suivante, puis de la suivante, et ainsi de suite, révélant ainsi la nature essentiellement éphémère de nos contenus psychiques.

C'est d'autant plus important que, comme l'écrit Acharya Prashant dans Advait in Everyday Life (ne vous fiez pas à la couverture, ce bouquin est une mine) : la graine et le fruit de l'action ne font qu'un.

Autrement dit : l'action initiée sous le coup de la colère n'apporte que davantage de colère. L'entreprise bâtie sur la peur ne mène qu'à davantage de peur. L'émotion à la source du geste est celle qu'on retrouve à son dénouement, que le projet réussisse ou non.

Pensez-y : connaissez-vous beaucoup de millionnaires qui arrêtent les affaires une fois leur premier coup réussi ? Des politiciens qui ne veulent pas davantage de pouvoir une fois le premier poste atteint ? Des mafieux qui renoncent à la violence une fois les premiers rivaux éliminés ? Loin de la neutraliser, l'action valide et encourage l'émotion originelle.

Pour cette raison, l'action est rarement la bonne solution pour gérer ses émotions.

Transformer le monde extérieur ne mettra pas fin à cette tristesse. Accepter ou refuser cette proposition ne neutralisera pas cette angoisse. Utiliser la violence verbale ou physique n'arrêtera pas cette colère. Au contraire, l'action risque d'exacerber les émotions négatives et les pensées problématiques auxquelles elle était censée mettre fin.

Alors, que faire ? C'est à la fois le paradoxe et la solution : il n'y a rien à faire. Si vous ne les entretenez pas artificiellement par un désir d'action, les pensées naissent et disparaissent toutes seules, sans que rien ne soit requis de votre part. Car, comme disait l'autre :

"Tout ce qui a la nature d'apparaître va également disparaître."



Bouddha

Donc : quand je suis inquiet, triste ou angoissé, d'abord je gère l'émotion – en ne faisant rien – puis ensuite, seulement, j'agis. Mais souvent, à ce point, l'action n'est plus nécessaire. Ce qui me laisse le temps d'écrire tous ces articles à la con.

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Ennuyez-vous ! (Essence de la productivité)

Quand je trouverai le temps, j'écrirai un article récapitulatif sur mon approche de la productivité et sur le chemin que j'ai parcouru dans ce domaine.

Contrairement à ce que j'imaginais avant, la productivité n'est pas l'art d'en faire plus. ("Tiens, j'ai une heure de libre entre le sport et mon cours de cuisine, je vais apprendre la trompette !"). La productivité, c'est la recherche d'un alignement entre qui on est – ce qu'on croit, ce qu'on veut dans la vie, ce qui est le plus important pour nous – et la façon dont on passe son temps au quotidien. Trop souvent, les heures, les jours puis les années sont phagocytés par la routine, l'urgence, la fatigue. On finit par être en pilote automatique au service d'un travail, du train-train ou d'objectifs personnels qui ne sont plus à jour.

Retrouver une direction qui nous est propre, puis assurer que cette direction infuse dans chaque minute de chaque journée, c'est ça, l'essence de la productivité.

Mais comme je n'ai pas le temps – ironie ! – je vais partager cette vidéo de Pursuit of Wonder, une chaîne que je suivais à l'époque où j'étais beaucoup sur youtube. Si vous passez les sponsors de début et que vous affichez si besoin les sous-titres français (qui sont très corrects : options dans la barre de lecture > sous-titres > traduire automatiquement > français), vous aurez un aperçu d'une philosophie que je partage : l'importance du vide, de l'oisiveté, de l'ennui.

Chaîne que je recommande. J'aime les sujets qu'ils choisissent – des essais philosophiques ancrés dans le stoïcisme, le zen et bordant sur la science fiction – j'aime la voix hypnotique du type, j'aime les illustrations simples mais claires.

D'autres vidéos qui m'avaient plu : dans un genre un peu science fiction, il y avait The Machine. Dans le genre plus compte moral, il y avait The Nova Effect. Et dans le genre plus histoire, Every person is one choice away from everything changing. Enjoy.

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Monstres bibliques, capitalisme et fin de vie

J'ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement au New York Times et au New Yorker pour voir ce que ça fait. Ne pas m'engoncer dans mes habitudes de lectures et découvrir de nouvelles pistes.

Donc récemment, je me suis trouvé un peu con à certains moments clé où j'ai l'habitude de sortir mon portable. (Pause déjeuner : check. Pause prolongée aux toilettes : check. Avant de me coucher : check.)  Un peu comme quand j'avais arrêté Facebook & Co : comment je faisais avant ? Qu'est-ce que je lisais avant que mon téléphone portable ne consume ma vie tout entière ?

J'ai réfléchi à m'abonner à des newsletters gratuites. Mais encore rien trouvé de concluant.

Et puis par hasard, je suis tombé sur une mine.

Alors désolé : c'est en anglais. Je fais toujours un effort pour ne parler ici que de choses accessibles dans les deux langues ou dont il existe (ou dont je peux faire) une traduction. Mais là, que dalle.

Je suis tombé par hasard (via ce podcast de Lex Fridman) sur cet article incroyable : Méditations sur Moloch.

Moloch, c'est un monstre biblique qu'Allen Ginsberg a utilisé dans un fameux poème (en anglais ici, en français là, ça commence dans la deuxième partie) pour décrire ce qui ne va pas dans le monde. Beaucoup pensent qu'il décrit le capitalisme, mais justement : dans méditations sur Moloch, l'auteur décortique le poème et montre que s'y cache quelque chose de beaucoup plus sombre.

Moloch, c'est la course vers le bas à laquelle chacun est obligé de participer même quand on sait qu'elle est mauvaise pour tous. C'est la nécessité d'abandonner des valeurs profondément humaines pour gagner des avantages compétitifs qui nous laisseront à la traîne si on ne fait pas comme les autres. C'est cette force qui pousse vers la survie ("l'état de subsistance", dit-il) plutôt que vers la vie et qui, une fois cette période transitoire d'abondance passée, nous réduira tous en esclavage.

Et dans ce très long article extrêmement bien écrit, bourré d'exemples et de références, il dévoile une vision absolument Lovecraftienne du monde dans laquelle les humains sont à la merci de monstres ancestraux qui s'affrontent les uns les autres. Et l'un d'eux, celui qui est probablement en train de gagner : Moloch.

Ça m'a fait réfléchir sur la nature humaine, sur notre époque et sur ce qui nous attend, notamment en termes de contraction énergétique à l'heure de l'avènement de l'Intelligence Artificielle – l'un des monstres qui pourrait travailler pour nous ou contre nous.

L'article m'a tellement saisi que je suis allé voir un peu autour. L'auteur se fait appeler Scott Alexander, il est psychiatre de son état et... il a écrit des tartines et des tartines. Genre des centaines de posts. J'en ai lu trois ou quatre au hasard et j'ai été subjugué par le détail, l'intelligence, l'originalité.

Par exemple, si vous avez le coeur bien accroché et que vous voulez réellement prendre conscience de votre condition de simple mortel – et, je répète, si vous parlez anglais – vous pouvez lire Who by very slow decay qui parle de comment les médecins affrontent la fin de vie – qui ressemble un peu à How doctors die dont j'avais parlé il y a longtemps et qu'il mentionne. (Coïncidence qui m'a fait cliquer sur l'article : "Who by very slow decay" est une phrase de la chanson de Leonard Cohen "Who by Fire" que j'ai découverte la semaine dernière.)

Encore mieux : quand on va sur son blog, il a une liste longue comme le bras de liens vers d'autres auteurs qui tiennent des blogs tout aussi fournis : économie, science, rationalité, etc... Que des sujets de geeks qui m'intéressent. Et sa marotte à lui, le fil qui lie ses articles, c'est l'altruisme efficace (effective altruism) qu'il explique extrêmement bien.

Moralité : faisons le vide pour découvrir du neuf.

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2023 : L'Odyssée de la Normandie

Vous avez remarqué comme la musique de 2001 L'Odyssée de l'Espace de Kubrick rend tout étrange ? Non ? Eh bien moi si :

(Ou c'est peut-être juste le Calvados qui est bizarre ?)

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Le Paradoxe des éléphants (et des dragons)

Le défi commence comme ça :

Ne pensez pas à des éléphants !

Bam ! Trop tard. Perdu.

Vous avez imaginé un éléphant. Ou Dumbo. Ou tout autre pachyderme lié à votre culture personnelle. Vous en avez peut-être imaginé un troupeau entier. La honte.

En psychologie, cet exercice sert à démontrer qu'on ne choisit pas toujours ses pensées. Une idée peut être plantée dans votre cerveau sans votre accord, comme sont plantées chaque jour des milliers de pensées par votre entourage, par les média, par le monde extérieur. Vous avez moins de contrôle sur votre mental que vous n'imaginez.

Mais depuis quelques années, j'apprends à développer une immunité.

Soyons clair : si vous me parlez d'éléphants, je vais penser à des éléphants, comme tout le monde. En revanche, si on faisait un concours et qu'il existait une machine pour mesurer ce genre de choses, vous verriez que je suis capable d'arrêter d'y penser beaucoup plus vite que vous.

C'est ça, mon super pouvoir : ne pas penser trop longtemps à des éléphants.

Ça peut paraître anodin (débile ?) mais cette capacité permet de vivre plus heureux. D'avoir moins d'anxiété, des relations sociales plus faciles, d'être plus léger en général. Mais avant de vous expliquer pourquoi, laissez-moi vous montrer comment. Parce que c'est très simple.

Pour arrêter de penser à des éléphants, il suffit de :

  1. S'autoriser à penser à des éléphants,
  2. Accepter d'être interrompu,
  3. Ne jamais célébrer.

Je développe.

La première étape paraît contre-intuitive mais elle est éminemment logique : si on essaie de s'empêcher de penser à des éléphants, on examine chaque pensée pour vérifier qu'elle n'en contient pas. Vous voyez le paradoxe : c'est le processus de vérification qui entretient l'idée. Même si vous parvenez à passer à autre chose, c'est la comparaison qui ramène l'éléphant.

Pour contourner le piège, l'objectif est d'accepter la prochaine idée quelle qu'elle soit, sans jugement ni comparaison. Éléphant ? Très bien. Tigre ? Voiture ? Fromage ? Formidable. Tout le monde est bienvenu. C'est ce que j'appelle "accepter d'être interrompu" : en supprimant la douane anti-pachyderme et en recevant sans condition ce qui vient, on rétablit le fil naturel de la pensée, le fameux "flot de conscience" qui, quand on ne le retient pas, ne s'attarde jamais trop longtemps sur un même sujet.

La troisième étape est décisive :

Ne pas célébrer, ça veut dire ne pas chercher à vérifier si on a réussi. Et donc ne pas se réjouir d'une éventuelle victoire. Car le même paradoxe entrerait en jeu : pour certifier cette victoire, il faudrait comparer la pensée actuelle avec la pensée interdite. Et patatras : revoilà l'éléphant.

C'est ça, l'essence profonde de "passer à autre chose" : ne plus entretenir le souvenir qu'on évite. Ne pas comparer le présent avec le passé qu'on ne veut plus. Accepter d'être ailleurs, entièrement.

Pourquoi ça rend la vie plus facile ? Parce que ce qui marche pour les éléphants marche pour l'anxiété, pour la jalousie, pour la colère. Par exemple, voici ma recette en trois étapes pour se débarrasser de l'angoisse :

  1. S'autoriser à être angoissé,
  2. Accepter d'être interrompu par une autre émotion,
  3. Ne pas vouloir célébrer la disparition de l'angoisse.

Là encore, la dernière étape est déterminante : après la bataille, on aimerait se réjouir de la mort du dragon. Crier qu'il y avait ici un monstre qu'on a vaincu. Sauf qu'il suffit de prononcer son nom pour qu'il revienne : là où on cherche de l'angoisse – même pour vérifier qu'il n'y en a plus – on en trouve toujours un peu.

D'où l'importance d'avancer, de passer à autre chose sans se retourner.

Après, tout dépend de ce qu'on cherche dans la vie : exister comme le Grand Tueur de Dragons dans un monde qui en est infesté ? Ou vivre comme un quidam dans un monde où ils n'existent pas ? Car les deux sont possibles et le choix dépend entièrement de soi.

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Léonard Cohen : Texte et Musique

Je redécouvre Léonard Cohen : The Partisan, oui, mais aussi "Who by Fire" qui me parle pas mal en ces périodes d'exploration zen.

Who by Fire, de Leonard Cohen

Je suis impressionné par la liberté métrique.

Chantonner Leonard Cohen sous la douche est moins facile que prévu : on se retrouve avec des syllabes en trop, des temps en moins, on balbutie en fin de phrase, trompé par l'apparente simplicité de l'interprétation.

C'est la force de ses chansons, je trouve : la simplicité. Pas d'adjectif inutile, pas de rime obligatoire, pas de métrique imposée. On est surpris par une phrase qui s'arrête plus tôt que prévu ("I took my gun and vanished"), par la répétition inattendue d'un mot ("Oh the wind, the wind is blowing. Through the grave the wind is blowing") ou par le changement constant de métrique qui crée une musique dans la musique, comme dans "Who by Fire".

Cette liberté crée la surprise. La surprise donne du poids à chaque idée.

J'ai toujours pensé – sans trop y réfléchir, honnêtement – que la chanson était une prolongation de la musique. D'abord on apprend la guitare, ensuite on cherche quoi chanter. En écoutant Léonard, je comprends que la chanson peut être une extension de la littérature ou de la poésie : d'abord on écrit un texte, ensuite on trouve la musique pour le faire résonner.

Quand on s'arrête à l'écriture, il est impossible d'obliger le lecteur à faire une pause sur un mot ou de percevoir la couleur émotionnelle d'une phrase – ou alors en ajoutant d'autres mots qui diluent l'ensemble. Dès lors, une chanson peut être vue comme une mise en espace (et en temps) d'un texte. Par le rythme et l'interprétation, on donne à chaque mot la place et la coloration que l'auteur avait imaginée mais que la page seule ne pouvait retranscrire.

Bref, bientôt : Boulengerie, l'album. Préparez-vous.

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L'ascèse rend-elle heureux ?

Je m'étais laissé un peu aller alors ce week-end, j'avais prévu de reprendre les choses en main.

Zéro sucre : fini les pâtisseries, les gâteaux et le chocolat noir. Zéro alcool : on ne passe pas au Pub – ou alors pour un Perrier. Deux vraies sessions de méditation par jour : c'est vrai qu'à Paris, entre mon fils et les rendez-vous, je fais souvent ça trop vite – on s'y remet.

Puisqu'on y est : plus de portable. Je ne suis plus sur Facebook et compagnie mais je passe des heures sur Reddit et Youtube. On désinstalle ! (Quitte à réinstaller plus tard...)

Et pourquoi s'arrêter là ? J'ai poussé le vice jusqu'à faire l'expérience suivante :

Pendant quarante-huit heures, quand j'avais envie de faire quelque chose qui n'était pas nécessaire... Eh bien NON ! Je ne le faisais pas. Le but n'était pas de me priver ou de souffrir inutilement mais d'étudier ma réponse à la frustration, de voir comment mon cerveau réagit sous pression, d'observer les pensées et les émotions suscitées par la rupture de mes habitudes.

J'ai appelé ça mon expérience stoïcienne.

Récemment, je m'étais interrogé sur le rôle de l'effort, de l'inconfort et de la discipline. Notamment, en écoutant le podcast de Chris Williamson avec David Goggins sur comment dépasser ses limites, en relisant Marc Aurèle et ses potes stoïciens, en repensant à certains enseignements du Bouddha sur la nature de l'expérience, en réécoutant la présentation de Joseph Goldstein sur la fin des passions, mais aussi, simplement, en prenant exemple sur des personnalités que j'admire qui semblent gérer l'effort différemment.

Aussi : grâce au contre-exemple de proches que je vois sombrer sous le poids de leurs addictions.

La théorie est la suivante : puisque personne n'échappe à la souffrance et à l'inconfort, il faut apprendre à vivre avec. Mieux : en faire des alliés. On ne contrôle pas les circonstances extérieures, c'est vrai, mais on peut contrôler notre relation à ces circonstances. Là existent une marge de progression et un terrain d'expérimentation.

Premier constat du weekend : c'est dur. Mais bref.

L'instant où on se refuse le gâteau, la session youtube sur le canap' ou la p'tite bière de fin de journée, cet instant-là est extrêmement difficile à traverser. Tout, à l'intérieur de soi, hurle : "Mais pourquoi ?! On a toujours fait comme ça !". Le poids des habitudes pèse et le corps se rebelle : la sensation de faim se fait plus aiguë, ou la fatigue, ou l'envie de boire. Il faut faire un effort qui semble démesuré face à la taille réelle de l'obstacle.

Et une minute plus tard... plus rien.

L'inconfort et la difficulté ont disparu aussi vite qu'ils étaient venus. Pas de trace, pas de séquelle. On ne se sent ni mieux ni moins bien, comme si l'obstacle n'avait jamais existé.

Puis, à mesure qu'on laisse passer chaque nouvelle envie, ça devient de plus en plus facile – toutes catégories confondues. On finit par moins vouloir, être moins attaché à la satisfaction de son désir. Sans objectif à atteindre dans le futur, on devient plus disponible pour le présent : on reçoit ce qui est plutôt que sans cesse comparer avec ce qui devrait être.

Conséquence : on réalise que, tout le reste du temps, on agit sur la base de pulsions très éphémères qui n'ont aucune conséquence sur le bonheur à long terme. Pire : satisfaire une envie renforce le mécanisme du "je veux / j'obtiens" qui rend plus difficile de résister au prochain assaut. Lâcher prise se travaille comme un muscle.

Deuxième constat : on se trouve dans des situations inédites.

Quand je m'interdis de m'effondrer sur le canapé pour une nouvelle session youtube, pendant un moment, je me trouve un peu con. Qu'est-ce que je fais à la place ? Si je ne m'allonge pas, je reste debout ? Je m'assois ? Mais... où ? À mon bureau ? Sur cette chaise dans le coin qui ne sert jamais ? Mais... POUR QUOI FAIRE ?

Une habitude, c'est l'autorisation qu'on se donne de s'abandonner corps et âme à une activité familière qui ne pose aucune question. Dès qu'on rompt le traintrain, plus rien ne va de soi et les questions reviennent. Tout devient nouveau et mystérieux. Et si je jouais du xylophone ? Si je nettoyais les carreaux ? Rappelez-moi : qu'est-ce qu'on faisait pour se distraire avant les portables ?

Parce que soyons honnêtes : une session youtube, c'est vingt minutes minimum – et il y en a plusieurs dans la journée. La bière, c'est souvent deux bières, et ça implique un trajet, des potes et du blabla. Quant au sucre, c'est comme la bouffe en général : c'est tout un rituel qui nécessite de faire des courses, de cuisiner, de manger, de faire la vaisselle, etc. Souvent avec la radio ou la télé.

Donc c'est mathématique : quand on arrête tout ça, on a du temps en plus.

Des heures, littéralement.

C'est pourquoi ce weekend, sans vraiment m'en rendre compte, je me suis remis à dessiner, j'ai refait de la musique sur mon Pocket Operator, j'ai visité une maison de retraite et un cimetière, j'ai lu beaucoup plus que d'habitude, et mon journal est rempli de fulgurances sur le sens de la vie et la nature de l'existence.

Je recommande.

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Formons un groupe !

Chanson du moment. Je l'aime parce qu'elle n'a pas vraiment de refrain, les paroles sont nostalgiques et elle finit en apothéose. C'est pas tout jeune – 2007 – mais je l'ai découverte récemment à la suite de This is the life que j'ai toujours appréciée.

Le thème commun des deux morceaux, c'est... comment dire ? Une mythologie associée à la musique et à l'adolescence. Les groupes, les soirées, les fêtes, les festivals... Quand on est jeune, ce n'est pas simplement la culture ou une étape de la vie : c'est un monde. C'est le monde. (This is the life!)

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J'aurais voulu être Jeff Bezos

Aller voir les pièces de mes potes comédiens quand j'étais en école d'acteur m'a dégoûté du théâtre fauché, voire du théâtre tout court. Maintenant, soit je vais à la Comédie Française voir des classiques, soit tant pis : je regarde Netflix.

C'est donc plus pour passer une soirée entre potes que j'ai suivi le mouvement pour aller voir J'aurais voulu être Jeff Bezos d'Arthur Viadieu au Théâtre de Belleville, avec mon pote Bob Levasseur. Je ne m'attendais pas à grand-chose. Et ça dure une heure trente.

C'est devenu ma pièce préférée du monde entier.

Tout : le sujet, l'écriture, la mise en scène, le jeu de tous les comédiens. Je ne voulais plus que ça s'arrête. J'ai ri, j'ai été touché, j'ai appris. Ça redonne confiance en la création. Bravo les ami·e·s.

Alors ne les manquez pas tant qu'ils sont à Belleville.

UPDATE : vous les avez ratés ? Ils reviennent en octobre 2023 à Belleville !

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Rien d'autre à dire (pas gai mais beau)

Bien sûr, vous connaissez ce titre depuis belle lurette. Parce que vous êtes cools, vous.

Mais saviez-vous que Dan Klein, le chanteur de The Frightnrs, est mort de la maladie de Charcot ? Je trouve que ça fait quelque chose d'écouter une chanson en sachant que :

  1. Le chanteur est décédé avant la sortie de son premier album,
  2. Il savait qu'il allait mourir au moment d'enregistrer le morceau,
  3. On va tous mourir.

Alors oui : c'est du reggae. Mais du reggae new-yorkais, me dit-on.

Et quand vous entendrez s'élever les premières notes de son chant sinueux et mélancolique*, je pense que, comme moi, vous serez conquis :

Till Then, par The Frightnrs

** I never chose to love so sweet a rose, I suppose I was just made that way. (Je n'ai jamais choisi d'aimer une rose si délicate, je suppose que j'ai simplement été fait comme ça.)*

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Pourquoi faire vite ?

Je passe tellement de temps à écrire sur ordinateur (roman, scénario, journal, email, etc.) que j'ai récemment commencé à m'entraîner à taper au clavier. Chaque mot-par-minute gagné me sera repayé au centuple – voilà mon plan diabolique.

Au cours d'une de ces sessions dactylographiques, je me suis rendu compte du phénomène suivant : j'obtiens de bien meilleurs scores quand je n'essaie pas d'aller vite.

Plus exactement : quand je me concentre uniquement sur la précision (faire zéro faute en allant aussi lentement que nécessaire), je deviens à la fois plus rapide (en nombre de mots par minute) et plus précis (en nombre d'erreurs par phrase). Autrement dit : je tape plus vite quand je prends mon temps.

D'où ma question : dans combien de domaines suis-je inefficient (ou tout simplement mauvais) parce que j'essaye d'aller trop vite ?

D'ailleurs, pourquoi aller vite ?

Il semble qu'on n'y puisse rien : c'est un réflexe conditionné. Dès qu'on maîtrise les bases d'une activité, l'étape suivante est de vouloir augmenter la cadence. Trouver la technique, l'astuce, le gadget qui permettra d'aller plus vite pour améliorer le rendement. Ne surtout pas perdre son temps.

On voit ça partout. À l'école, les meilleurs élèves sont ceux qui brillent en temps limité. En sport, la médaille est attribuée au plus véloce. Au travail, le premier arrivé remporte le marché ou la promotion. C'est tellement entré dans les mœurs qu'on n'y pense même plus.

Mais récemment, j'organise la résistance.

En y réfléchissant un peu, on réalise qu'il existe de nombreuses activités où la vitesse n'est pas aussi nécessaire qu'on imagine. Grosso modo, à moins d'être urgentiste, pompier ou sprinter, on a pris l'habitude d'aller trop vite en tout.

Donc la prochaine fois que vous travaillerez, que vous marcherez ou que vous ferez le ménage, posez-vous cette question magique : "Pourrais-je faire cette activité beaucoup, beaucoup plus lentement ?".

Cette façon de voir les choses a transformé mon quotidien.

L'idée que je pourrais accomplir une tâche "à mon rythme" sans considération de vitesse ou d'efficacité me rend toute activité beaucoup plus sympathique. Je procrastine moins. Je suis moins anxieux dans le travail. Je considère sans appréhension des actions que je n'aurais jamais songé entreprendre auparavant. Et quand je remarque un stress latent, je peux souvent le relier à une pression de rendement sous-jacente.

Mais surtout, cette philosophie a un autre avantage auquel je ne m'attendais pas : ralentir m'a rendu beaucoup, beaucoup plus rapide en tout.

* Pour ceux que ça intéresse, ma routine pour taper au clavier : je commence par keybr où mon objectif est de faire un zéro faute avec majuscule et ponctuation activées. Une fois réussi, je passe à monkeytype où je dois avoir plus de 96% de précision (français 2K avec majuscules et guillemets). Enfin, 10fastfingers pour aller le plus vite possible toujours en restant au-dessus des 96%.

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Trois règles de vie pour changer le monde

Changer le monde, peut-être pas. Mais déjà, vous arrêterez de me casser les pieds.

1. Plus de "bon appétit" à tout bout de champ

À table, avec votre famille, avec vos amis : éclatez-vous.

Même si le manuel de Nadine de Rothschild dit que ça ne se fait pas (quelle est la prochaine étape : "bonne graille ?" faisait remarquer un convive), ça fait partie de la culture française, de votre liberté d'expression et sinon, comment briser la glace avec tous ces gens auxquels on n'a rien à dire ?

En revanche, quand vous voyez, assis sur un banc public ou à une terrasse, quelqu'un que vous ne connaissez ni d'Ève ni d'Adam, que vous ne recroiserez jamais de votre vie, et qui est en train de prendre la première bouchée de son sandwich en lisant le journal... Pourquoi l'emmerder ?

C'est vrai : c'est toujours agréable de connecter avec un autre être humain.

Mais à part l'obliger à avaler de travers pour répondre un "merci" sans conviction et disparaître à jamais de sa vie, qu'avez-vous accompli ? Qu'avez-vous tiré de cette interaction ? Pourquoi cet entrain dans la voix et ce petit sourire satisfait en repartant rue d'Amsterdam ? (Les intéressés se reconnaîtront.)

2. Plus de croissant inutile

Si vous êtes serveur et que je vous demande un café, inutile de me proposer "Et vous ne voulez pas un petit croissant avec ça ?".

Non. Je ne veux rien. Remballe ta camelote.

Si j'avais voulu quelque chose, j'aurais prononcé les mots correspondants. J'aurais articulé "avec un croissant" ou j'aurais demandé "une formule petit déjeuner". Je n'ai besoin d'aucune assistance dans l'appréciation de mes désirs ni la formulation de mes envies.

Alors je sais : c'est probablement votre patron qui l'exige. Mais laissez-moi partager un secret avec vous : rien ne vous oblige à suivre des ordres débiles quand votre patron ne se tient pas juste derrière vous. Et je refuse de croire qu'il se repasse les enregistrements de surveillance en lisant sur vos lèvres pour vérifier que vous suggérez les bonnes pâtisseries. (Si c'est le cas, foutez le camp.)

C'est quoi la prochaine étape ? Commander un verre d'eau pour entendre le serveur vous glisser à l'oreille "vous n'iriez pas faire un petit pipi avant ?". Au moins, je trouverais ça drôle.

3. Commencez maintenant

Terminons sur du positif.

Qu'il s'agisse de méditation, d'exercice physique ou de recherche d'un sens à votre vie, commencez maintenant. Mettez-vous-y aujourd'hui. Tout de suite. Ne finissez même pas ce paragraphe. Allez-y.

Surtout, n'attendez pas "d'avoir fini tel projet" ou "d'être dans de meilleures dispositions".

Il y a deux raisons de ne pas attendre :

  1. Sans équilibre, votre projet va sûrement dans la mauvaise direction et son accomplissement ne fera que vous enfoncer davantage. Quant aux meilleures dispositions, elles ne viendront que si vous faites ce qu'il faut. Commencez.
  2. Si vous repoussez ce qui améliore votre vie à plus tard, "quand vous aurez le temps", vos bonnes résolutions disparaîtront en même temps que votre temps libre. Or, c'est là que vous en avez le plus besoin.

Par exemple : je médite et j'écris mon journal chaque matin. Parfois, je saute un jour ou deux – ça arrive. Mais jamais – ô grand jamais ! – quand j'ai une journée importante ou chargée. Au contraire : c'est là que ça compte et que j'ai besoin de toute mon énergie mentale.

Les lendemains de cuite où je mange du gras en regardant Netflix, c'est moins grave.

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Sites web, Wordpress, Drupal : comment faire mal

Un mot rapide sur comment je fais mes sites internet parce que ma méthode est :

  • Extrêmement lente,
  • Très fastidieuse,
  • Pas du tout sécurisée,
  • Impossible à partager / mettre à l'échelle,
  • Une énorme perte de temps dans ma vie.

Si vous voulez faire la même chose, voici comment.

À la préhistoire, je faisais des sites statiques en HTML / CSS. Et c'était drôle. J'avais appris le html au cours d'un stage dans une boîte internet et je prenais beaucoup de plaisir à faire des sites psychédéliques où tout bougeait grâce à des gifs (maintenant je prononce "jguif" pour mettre tout le monde d'accord) soigneusement placés.

J'aurais dû m'arrêter là.

Puis je me suis mis à Wordpress. Et soyons clair : c'est très bien, Wordpress. Un environnement très mature, une base de code solide, une communauté très active autour d'un schéma open source avec des possibilités payantes pour ceux qui veulent. Quel que soit votre business, dans 90% des cas, Wordpress est une bonne solution.

J'aurais dû m'arrêter là.

Mais quand est venu le moment de faire un site web pour ma société ChezFilms, je voulais davantage de contrôle. Sur l'esthétique, les catégories, la navigation. J'ai commencé par un site statique en html : simple, sobre, rapide. Les infos importantes sur la société, des films de démonstration, une adresse email et puis c'est marre.

Et c'est là que j'ai déconné. J'ai mis le doigt dans l'engrenage.

Je me suis dit : "si je créais quand même une toute petite base de données pour rentrer mes films" ? Après tout, avec plus de 60 films à mon actif, ça avait du sens de pouvoir naviguer les projets par client, par métier, par genre, etc. J'ai donc relié mon site à cette base en php.

Mais pour remplir cette base et la mettre à jour, il fallait bien une console d'administration. Donc j'ai programmé ça, toujours en php : une façon rapide et adaptée de rentrer les films, les équipes, les projets. La version 1 ne concernait que les films. Pour la version 2, j'ai étendu aux autres types de posts : photos, articles, vidéos, etc.

Et avant que je m'en rende compte, j'avais programmé un nouveau Wordpress.

En beaucoup, beaucoup, beaucoup moins bien, évidemment. Mais – je dois l'admettre – très adapté à mes besoins. De sorte que si vous allez sur ChezFilms, c'est encore mon code qui fait tourner le site. (Update : non, ce n'est plus le cas !) La console permet aussi de gérer factures et devis.

Puis... J'en ai eu marre. Depuis le début de l'année, comme vous le savez, je mène une approche davantage centrée sur le contenu que le contenant.

J'ai donc tout repris à zéro en utilisant Drupal.

C'est un framework qui permet de construire un site de A à Z mais plus en profondeur que Wordpress. L'architecture est extrêmement modulable de sorte qu'on peut faire ce qu'on veut avec un minimum de code. Et il existe des templates tout faits. C'est avec ça que j'ai créé cette version de la Boulengerie et que je vais créer la prochaine version de ChezFilms.

Et après, c'est promis : on s'arrêtera là.

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Statistiques de la matinée

Distance marchée ce matin : 8.9km

Nombre d'enfants déposés à la crèche : 1

Envie de travailler : 0

Écrits dans le journal : 1231 mots (7287 caractères)

Argent dépensé en cafés boissons : 11,40€

Nombre de rendez-vous très importants cet après-midi : 2

Nombre de rendez-vous reportés sans date : 1

Nombre de rendez-vous repoussés d'une heure : 1

Nombre de fois où je me suis dit que dans la vie il faut vraiment rien prévoir enfin on peut prévoir mais le plus important est d'être capable de danser avec le chaos quand rien ne se passe comme prévu : 2

Nombre de femmes croisées en train de sangloter devant le Bataclan : 1

Nombre de fois où avoir lu le nom d'une actrice que je connais vaguement sur l'affiche d'une pièce à succès m'a fait réfléchir sur l'importance de faire grandir son réseau pour réussir à tel point que j'ai lu l'article wikipedia sur la théorie des graphes pour réfléchir plus profondément aux connexions qui nous lient et imaginer comment on pourrait automatiser le process de trouver des gens qui nous correspondent : 1

Nombre de fois où j'ai eu l'impression de perdre mon temps et de ne pas faire ce que je devrais être en train de faire : 4

Nombre de fois où je me suis dit "tant pis, je fais ce que je fais, arrête de juger" : 3

Nombre de fois où ça a aidé : 2

Nombre de coups de fil reçus pendant la rédaction de ce post : 1

Nombre de rendez-vous reportés sans date qui ont maintenant une date : 1

Succès de cette matinée sur une échelle de 1 à 10 : 10, les doigts dans le nez.

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Sous son œil

Il est certains regards qu'on a intériorisés.

Celui d'un parent, d'un professeur, d'un ami, d'une idole. Quelqu'un qui a eu de l'importance à un moment et qui est devenu un filtre invisible et permanent dans notre façon de voir le monde.

Sans s'en rendre compte, on réagit pour cette personne.

On imagine inconsciemment ce qu'elle trouverait admirable, ridicule, bienvenu, inapproprié. On fait semblant d'apprécier, de détester, de s'amuser, d'être offensé. On agit contre son instinct pour obtenir l'approbation de quelqu'un qui n'est pas là.

On en vient à vouloir contrôler ses pensées. À justifier les fulgurances qui ne vont pas dans le bon sens. Celles qui ne plairaient pas.

Parfois, plusieurs regards se fondent en une masse indistincte qui n'a plus de nom. Une présence multiforme qui juge et qui devient une partie de nous. Voilà le danger : quand la genèse du regard disparaît et qu'il ne reste plus qu'un jugement permanent dont on ignore l'origine. On cherche à marquer des points dans un jeu sans adversaire qu'on ne peut pas gagner.

Le premier remède est de s'en rendre compte. Reconnaître ces moments où le surmoi nie l'instinct, où le cœur dit une chose à laquelle le cerveau s'oppose par réflexe. Comme si l'élan lui-même était tabou. D'où vient ce jugement ? Y a-t-il une présence derrière tout ça ?

Ensuite, se souvenir que ces regards sont des constructions intérieures qui n'ont plus aucun lien avec les personnes qui en étaient la cause. Des jugements qu'on entretient entre soi et soi, sans ancrage dans la réalité, et dont on peut choisir de se débarrasser sans demander la permission.

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