Trois personnes
Trois personnes m'ont reconnu dans la rue à Paris parce qu'elles me suivent sur Instagram.
Une avant-hier soir, et deux cet après-midi.
Tous très gentils, à chaque fois.
Qu'est-ce que je fais, j'arrête tout ? 😅
Trois personnes m'ont reconnu dans la rue à Paris parce qu'elles me suivent sur Instagram.
Une avant-hier soir, et deux cet après-midi.
Tous très gentils, à chaque fois.
Qu'est-ce que je fais, j'arrête tout ? 😅
Je réalise qu'il y a un aspect très temporel à la jalousie professionnelle.
Dans la rivalité avec des pairs, on veut faire avant l'autre.
Les moments les plus durs à passer sont quand ceux qu'on admire ou qu'on jalouse atteignent un sommet avant nous. On se sent laissé derrière – même si ce n'est pas exactement le sommet qu'on visait.
Alors on veut entrer dans la course, se dépêcher pour faire maintenant.
Perdant parfois de vue ce qu'on veut faire vraiment.
Car, à la fin d'une carrière ou d'une vie, est-ce si important de savoir quand on a fait les choses ? L'accomplissement ne vient-il pas plutôt d'avoir fait exactement ce qu'on voulait faire, quelle que soit la temporalité ?
Il est facile de perdre l'essentiel des yeux.
La pensée verbale n'est qu'un commentaire. (On en a déjà parlé.)
Ce n'est pas elle qui choisit l'action. Non : elle observe et elle commente.
Un peu comme une babouchka assise à longueur de journée au pied d'un immeuble :
"Vous avez vu, ils ont encore choisi de lever le bras droit. Dans quel monde on vit, je vous jure."
Parfois, elle utilise sa mémoire pour interpréter les manifestations du corps :
"Vous sentez cette boule dans l'estomac ? C'est la même qu'on a sentie durant le divorce. Ils regrettent, c'est sûr !"
Sauf que la plupart du temps, la babouchka se trompe. Parce que son monde tourne autour de deux ou trois obsessions qui reviennent en boucle et qu'elle croit voir partout.
Donc, plutôt que d'écouter l'interprète, il faut revenir à la source : la sensation physique, la manifestation du corps.
En inspectant le présent, en observant simplement ce qui survient, vous allez commencer à apprendre la langue.
Rapidement, vous parlerez couramment.
Et croyez-moi : c'est une langue bien plus importante que l'anglais ou l'espagnol puisque c'est celle que vous utiliserez toute votre vie pour dialoguer avec vous-même.
Personnellement, j'arrive à 12K abonnés sur Instagram.
Je me souviens qu'à une époque, je voulais créer des groupes de discussion avec des amis : des sortes de salons virtuels où trouver des échanges et de la compagnie H24. Ça n'avait jamais marché. C'est un peu ce que j'ai maintenant avec les messages et commentaires de la chaîne : à toute heure, des conversations avec des gens intéressés par les mêmes sujets que moi.
Ça crée beaucoup d'opportunités. Je dis oui à certaines choses. Des projets, des rencontres. Pas à tout.
Professionnellement, les chaînes que j'ai créées pour ChezFilms décollent aussi. (Insta, TikTok, Youtube et Linkedin.)
Les nombres ne sont pas astronomiques mais ça fonctionne pour le plus important : j'ai des requêtes clients.
Cette semaine, j'ai cinq rendez-vous téléphoniques avec des prospects qualifiés : des personnes qui sont intéressées exactement par ce que je propose. (La partie la plus difficile, c'était de définir précisément cette proposition.)
On va voir comment tout ça évolue. C'est excitant. On lâche rien.
Tout est tellement clair quand je suis présent.
Quand je suis curieux de l'instant, que j'inspecte les couleurs, les sons et les sensations qui se présentent à moi... Le monde n'est plus mystérieux. Il ne fait plus peur. Les histoires de succès et d'échec semblent bien loin.
L'action devient plus facile, aussi.
Chaque geste est une évidence et les problèmes semblent se résoudre d'eux-mêmes.
Pourtant, je passe la majorité de mon temps ailleurs.
J'ai beau méditer le matin, revenir en présence plusieurs fois par jour, je me laisse régulièrement rattraper par l'urgence et la fabrication. Moins qu'avant, peut-être.
Dans ces moments-là, pourtant, on a l'impression de retourner à la case départ. Tout redevient grave. Le passé et le futur sont à nouveau menaçants. On cherche à nouveau comment résoudre des problèmes qui n'existaient pas deux minutes auparavant.
Il paraît que c'est normal : on entre et sort de la présence.
L'objectif est de stabiliser, de réellement changer son logiciel.
Je vais m'y atteler.
Atteint les dix mille abonnés sur Instagram.
Suis-je officiellement un influenceur ?
Le plus agréable : les messages et les commentaires.
Ça m'a permis de trouver tout un tas de gens qui sont intéressés par les mêmes choses que moi.
Et je reçois aussi plein de messages de personnes que mes vidéos semblent aider.
Et pour l'instant, les vidéos sont faciles à faire.
Donc c'est bien.
Encore un projet abandonné (pour l'instant).
Court métrage d'animation de science-fiction racontant la vie du premier humain sur Mars... qui se trouve être un enfant de 7 ans.

Quand la technologie est devenue suffisamment avancée pour atteindre Mars, tous les gouvernements de la planète se sont demandé... "Qui envoyer ?"
"Je sais, a répondu quelqu'un ! Et si on envoyait un enfant ?"
Et tout le monde a trouvé que c'était une idée formidable.
Mais si vous voulez mon avis...
C'était une idée à la noix.
Les pilotes de course veulent conduire des bolides à 300km/h sur des circuits. Pour gagner.
Pour y parvenir, ils doivent savoir faire d'autres choses : se préparer physiquement, toucher leur bille en mécanique, développer un réseau de partenaires, etc.
Mais un pilote qui ne ferait que se préparer physiquement, jour après jour, ne deviendrait pas pilote : il deviendrait athlète.
Un autre qui s'intéresserait uniquement à la mécanique deviendrait concepteur ou mécanicien.
Quant à celui qui investit tout son temps dans son réseau, il finira agent ou manager.
Il ne faut jamais perdre de vue la source.
Ce que vous faites maintenant, c'est ce que vous ferez plus tard. La préparation peut devenir la vie entière.
Tout le jeu consiste à trouver le moyen de faire maintenant, même quand les conditions ne semblent pas réunies.
Je n'ai pas réussi à trouver la source originale (alors que j'ai cherché au moins 30 secondes), donc je vous la dis de mémoire.
Il s'agit d'un critique de musique qui avait parlé d'un nouveau titre en disant :
"Quiconque mangerait de la soupe alphabet chierait de meilleures paroles en produisant une meilleure musique."
Ce qui pose la question : combien de gens mangent de la soupe alphabet et chient des œuvres d'art sans jamais le savoir ?
Dans la série "tout le monde était au courant sauf moi", sous-catégorie "jolie chanson sur les oiseaux mais en fait pas du tout", je voudrais l'Aigle noir de Barbara, qui parle en réalité de l'inceste qu'elle a vécu enfant.
Une amie m'a dit ça en passant alors je suis allé vérifier.
Les paroles prennent une toute autre signification.
Mon dieu.
Un clip que j'adore tourné par Camille Tardieu en une seule prise pendant le festival Off Courts cette année :
Le musicien est Édouard Pons (qui a fait la musique de mon film Migrul, également tourné à Off Courts cette année). Et le clip est réalisé et animé par Camille Tardieu qui fait des trucs formidables.
Quand je me lève le matin, je ne sais pas.
J'ai des choses à faire ("quoi"), comme tout le monde, mais je n'ai aucune idée de comment je vais m'y prendre.
Et je crois que c'est ça, le secret.
Les obligations sont comme des contrats passés avec le monde extérieur : on s'engage sur un résultat.
Mais on est entièrement libre sur la manière et la forme.
Donc chaque matin, je fais un état des lieux. Quelles émotions sont présentes ? Quelles envies ? Quel temps fait-il dehors ? Que nous dit cette journée ? Quelles occurrences se manifestent spontanément ?
On repère ces ingrédients disparates puis on invente une recette qui n'existait pas la veille.
L'ignorance est clé dans ce processus.
Sans plan pré-établi, on est bien obligé d'ouvrir les yeux, d'improviser, de danser avec ce qui survient.
Sinon, pourquoi se lever ?
"Si on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ?"
Pablo Picasso
Le premier podcast avec Cory Doctorow m'a tellement plu que j'en ai écouté un deuxième : "Capitalism ruins everything".
À peu près le même sujet que le podcast précédent, avec un focus particulier sur les fusions-acquisitions qui donnent naissance à des géants devenant des monopoles de fait.
Quelques idées nouvelles qui m'ont marqué :
Ce type, Cory Doctorow, ancien auteur de science fiction devenu activiste, est passionnant. Je vais le suivre de plus près.
Fatigué, un peu pressé, alors je cherche à mettre quelque chose à la va-vite dans ce blog.
Peut-être une vieille vidéo ? Une archive ?
Puis je me souviens :
Si je fais du remplissage ici, je ferai du remplissage après. Puis encore après. Et rapidement, c'est la journée entière qui sera faite à la va-vite.
Fais, ou ne fais pas.
Mais si tu fais : fais bien.
Prends le temps de te demander : qu'ai-je vraiment envie de raconter ? Qu'est-ce qui vient naturellement ?
Pas besoin d'être long, ni intelligent. Juste vrai.
C'est mon expérience qu'une seule chose bien faite, sincèrement, jusqu'au bout, entraîne toutes les autres et peut changer le cours d'une journée.
La vaisselle. Un dessin. Une note de blog.
Et nous voilà de nouveau connecté.
Je recommence mon document "Aujourd'hui".
C'est une courte note sur mon téléphone que je lis tous les matins.
Elle contient :
Il est inutile d'accumuler des notes si elles ne sont pas utilisées. En cela, la note "Aujourd'hui" est une façon de communiquer avec moi-même : j'y garde tout ce qui me semble important et que je ne veux pas me laisser oublier.
C'est une note très courte et vivante que je mets à jour régulièrement : ce qui reste a été poli par de multiples lectures/réécritures et est donc en général très fort et très clair. De nouvelles idées sont ajoutées de temps en temps – qui passent le test du temps ou non.
Ça m'est arrivé la première fois la veille du confinement.
Je méditais depuis deux ans et le matin, presque sans faire exprès, j'ai arrêté la voix dans ma tête.
Plus de blabla intérieur, plus de jugement permanent, plus de rumination anxieuse. Le silence.
J'étais stupéfait.
Ça m'était sûrement déjà arrivé avant mais c'était la première fois que je le remarquais – et que ça durait. Je pouvais maintenir ce silence.
J'ai passé la journée à errer dans les rues, explorant cette nouvelle expérience.
Il est donc possible d'interagir avec le monde sans petite voix qui juge tout ? Il est possible de regarder un objet sans entendre "j'aime ou j'aime pas" ? De choisir la prochaine direction sans délibération verbale ? De prendre une décision sans le couperet d'un jugement intérieur ?
J'ai fini par comprendre que la pensée verbale n'était pas la source de l'action. Ce n'est pas elle qui "réfléchit à haute voix (dans la tête) pour prendre une décision". Les décisions sont prises ailleurs. Elle ne fait que commenter.
Et il est parfaitement possible (souhaitable ?) de vivre et d'agir sans ce commentaire.
Cory Doctorow a inventé le terme "Enshittification".
Dans le podcast d'Adam Conover, je pensais qu'il allait faire un bref état des lieux, un peu de pub pour son bouquin éponyme, deux ou trois blagues, et puis voilà.
Ce que j'ai découvert : un des discours les plus riches et les plus pertinents sur la technologie, la propriété intellectuelle et le monde moderne que j'ai entendu depuis longtemps.
Cory nous explique que le processus de merdification se fait en cinq étapes :
À l'instar des banques ("too big to fail"), les grandes plateformes puisent leur pouvoir de la difficulté de leurs utilisateurs à partir ("too big to care").
Ce qui leur donne liberté entière pour transformer – et au final dégrader – l'expérience client à leur profit exclusif. 3 exemples :
Dans ce processus, une app est, selon Cory, un "site web empaqueté dans de la propriété intellectuelle" : la loi interdit formellement de customiser, étendre ou adapter une application, sous peine de lourdes sanctions.
Donc l'utilisateur n'a aucune arme pour se défendre et "dé-merdifier" son expérience. Il est prisonnier.
"Imaginez que la personne qui a fabriqué votre maison soit la seule à pouvoir la réparer."
Des solutions ?
Les efforts de l'UE pour encadrer la technologie (notamment concernant l'interopérabilité) sont une bonne piste, dit-il. Mais la fameuse "Euro Stack" censée remplacer les GAFAM ne sera utile qu'avec les bons outils de migration permettant aux administrations de ne pas repartir de zéro – impossibles à concevoir sans reverse engineering.
Au final, il estime que les grandes entreprises sont obsédées par les IP (intellectual properties) dans l'illusion qu'elles leur permettraient de s'affranchir du facteur humain, moins contrôlable. Mais :
"La recette pour fabriquer quelque chose est beaucoup moins importante que la connaissance nécessaire pour la suivre."
Vous ne connaissez pas le futur.
Vous ne savez pas si votre plan va marcher ou non.
Et s'il marche, ou s'il échoue, vous ne savez pas si vous allez ressentir ce que vous aviez prévu de ressentir. ("C'est tout ce que je voulais mais je me sens vide.")
Et même si tout se passait comme prévu, vous ne connaissez pas les conséquences des conséquences. L'occurrence positive ou négative qui se transforme avec le temps. La bénédiction qui devient un drame, ou inversement.
À tel point qu'il est presque présomptueux de prétendre qu'on sait.
Dire "je vais faire telle action" ou "je vais aller dans telle direction" parce qu'on imagine que ça va avoir telles conséquences dans le futur... est une illusion.
Le contrôle est une illusion.
Vous ne savez pas quel détour inexplicable, apparemment inutile, sera nécessaire pour vous mener là où vous devez être.
Le véritable guide semble être l'instinct. L'excitation.
Ignorer ces appels pour s'entêter vers ce qui est prévu, vers ce qui est raisonnable, vers ce qui est bien vu, c'est s'opposer au flot. Nager contre le courant. Résister.
Et résister, c'est souffrir.
Je suis allergique à tout ce qui n'est pas sincère.
Depuis petit, je ne supporte pas la pub. ("Mais il y en a des bien !" – c'est pas le problème.) J'ai aussi du mal avec certains journaux télévisés, certains discours, certains réseaux.
Mon problème : le gouffre entre le prétexte affiché (je vous divertis, je partage un conseil, je vous donne de l'information) et la motivation réelle (je veux votre argent, votre attention ou vos likes). Ce n'est pas une décision consciente : ça ne passe pas. Un vrai blocage.
Alors quand j'ai voulu développer mon activité professionnelle, c'est devenu une source d'anxiété. Vais-je devoir faire pareil ? Ai-je été protégé jusqu'ici mais, maintenant que je suis gérant, il va falloir avaler la pilule et produire du blabla ?
Après un long détour, la réponse est... NON. (Ouf.)
Non seulement ce n'est pas obligatoire, mais ce n'est, selon moi, pas la bonne voie.
J'ai d'abord essayé de me forcer et c'était l'horreur : les smileys, les appels à l'action artificiels, le recours à des LLM pour rendre mes posts "plus LinkedIn". C'était faux. Pas mon style. Et ça ne marchait pas.
Puis j'ai fait un travail de fond.
Depuis deux ou trois ans, j'ai commencé à produire des vidéos et des articles. Pas pour LinkedIn, ni pour le boulot, non : pour moi. Que (presque) personne ne voit. (Maintenant ça marche mieux 🙂)
Ma seule consigne : être absolument sincère. Interdit de se cacher derrière la technique, derrière l'humour ou derrière une quelconque obligation. Et croyez-moi : il n'y a rien de plus difficile que de partager des idées personnelles en public quand personne ne vous a rien demandé.
Je poste donc aujourd'hui un article et une vidéo par jour (pas ici). Ce qui, avec le temps, a eu deux conséquences : D'abord, ça m'a réconcilié avec le son de ma voix. Je parle comme je parle et ça ira très bien comme ça.
Mais surtout : ces contenus m'ont permis de connecter avec des gens qui aiment ce que je fais naturellement. Qui partagent des doutes similaires, le même humour, des intérêts convergents. Ce sont eux, mes pairs, mes relations, mes collaborateurs.
Puis il est devenu clair que ce n'était plus une question de plateforme : je pouvais trouver ces gens partout. Dans un cocktail. Dans la rue. Sur LinkedIn. Si bien que, peu à peu, la démarcation entre mes contenus personnels et mes posts professionnels a commencé à se brouiller.
Je m'exprime de la même façon face à un ami, un inconnu, un client.
Une partie de mes posts LinkedIn sont maintenant directement extraits de mon blog personnel. Tout le monde n'accroche pas. Ce n'est pas grave : ils sont destinés à ceux qui accrochent.
Cette nouvelle façon de faire a rendu ma communication plus alignée, donc plus facile.
Et, au final, plus efficace.
"Soyez vous-même pour que ceux qui vous cherchent puissent vous trouver" – Harlan Hamilton
C'est un prof d'architecture qui nous avait donné cette citation lors d'un séminaire structure aux Ponts.
Une fois la dernière pierre en place ("la clé"), une voûte tient toute seule. Pas besoin de clous, de béton, de soutien. Non seulement ça tient, mais ça peut supporter du poids. D'où cette citation de Primo Levi :
"Pourquoi, me demandai-je, la voûte ne s'éboule-t-elle pas, alors qu'elle n'est pas soutenue ? Elle se tient, me répondis-je, parce que toutes les pierres veulent tomber dans le même mouvement. Cette pensée m'a apporté un grand réconfort, et je la garde à mes côtés jusqu'au moment décisif, espérant que je saurai moi aussi me maintenir, lorsque tout en moi voudra sombrer."
– Primo Levi, La Trêve
Une application inattendue du tenseur des contraintes à la résilience humaine.
Après plus de 1600 épisodes sur 16 ans, le comédien américain Marc Maron a diffusé le dernier épisode de son podcast cette semaine. Son dernier invité : Barack Obama – qu'il avait déjà interviewé une fois.
J'adore Marc Maron, son humour, ses conversations, et je vais être triste qu'il arrête. C'était l'un des premiers à lancer ce format long à une époque où les podcasts n'étaient pas encore cools.
J'ai trouvé dans sa conversation des idées fortes qui résonnent avec mes réflexions actuelles. Voilà quelques propos d'Obama qui m'ont marqué :
Apprendre à travailler avec les gens qu'on aime peu – ou pas – pour poursuivre un objectif commun plus important, c'est mon sujet de réflexion actuel.
J'étais hier soir à la table ronde "Face aux crises, comment se préparer collectivement", animée par Alexandre Florentin avec Ziad Touat, Conseiller en gestion de crise, et Christian Clot, explorateur-chercheur.
Voici 5 idées fortes que j'en ai tirées :
Et moi, suis-je prêt à affronter une crise ?
Sans doute une des principales illusions qui empêchent la présence.
Les transitions : cette idée que le moment actuel ne compterait pas "pour de vrai", qu'il ne serait que le passage vers un futur qu'on attend.
Par exemple : le trajet avant la destination – en métro, en avion, à pied. Ce n'est pas un voyage, pas une expérience, non : sa seule vertu est de nous amener quelque part. Rien de positif ne peut arriver, rien n'est digne d'attention, à part les mauvaises surprises qui causeront le retard.
L'attente avant un évènement – une rencontre, un rendez-vous, un moment attendu. C'est d'ores et déjà du temps perdu, où rien d'intéressant ne se produira. On est déjà dans la suite, dans ce qui doit arriver.
Car en réalité, bien sûr, ces moments-là sont tout autant "le présent" que les autres.
Ils pourraient être aussi riches, aussi vibrants, aussi transformateurs.
D'autant que parfois la destination est décevante. Ou n'arrive pas.
C'est ce que je me dis quand je mets mon fils dans la voiture pour prendre l'autoroute : "Les vacances ensemble commencent maintenant". Ce trajet en fait intégralement partie.
Qui sait ? Ça pourrait en être le meilleur moment.
Cette idée-là est peut-être plus difficile à concevoir pour qui n'est pas familier avec le concept de "vide" (emptiness).
Mais j'y pense de plus en plus souvent. Je l'avais trouvée dans le livre Seeing that frees de Robert Burbea.
La voici : ce qu'on appelle l'ego n'est pas une propriété figée d'une personne.
Au long d'une vie, d'une semaine, d'une journée, l'ego se promène sur un spectre : il se manifeste plus fortement ou disparaît presque complètement en fonction des situations.
Qu'est-ce qui régit ces variations ?
Comme toujours : l'attachement.
Quand je veux ou refuse quelque chose, quand je nourris du désir ou de l'aversion pour un objet, l'objet en question et mon ego apparaissent en même temps. Les bouddhistes appellent cela la "coproduction dépendante" (dependent arising).
L'instant d'avant, je peux être dans le flot du présent, passant librement de sensation en sensation en toute légèreté : pas de centre, pas de sujet, pas d'ego. Je flotte.
Puis je m'attache à une pensée. Tout à coup, je veux, je refuse, je rumine. L'ego n'est rien d'autre que cette relation qui vient de se créer entre cette idée de moi (qui était introuvable la seconde précédente) et l'idée de cet objet (qui n'existe pas vraiment).
Loin d'être un défaut, l'ego est donc avant tout une relation.
Une relation entre deux objets qu'on choisit soi-même de créer.
C'est la question clé et la question piège.
On a l'impression d'agir pour l'autre, pour être gentil, pour rendre service, mais on travaille en secret pour soi, pour son image, pour sa satisfaction personnelle.
Par exemple : je suis souvent suspicieux des gens qui sont trop gentils avec les caissières.
Dire "merci, bonne journée", bien sûr. Mais certaines personnes en font des tonnes : "Merci, très bonne journée, madame. Et surtout, bon courage, hein ! Bon courage." La caissière acquiesce poliment ; elle n'en demandait pas tant. Et j'ai du mal à imaginer que le client, en sortant, ne se dise pas "je suis quelqu'un de formidable. Regardez comment je comprends et soutiens les petits travailleurs."
Ma théorie est que, secrètement, cette personne fait ça pour elle. Pour son estime personnelle.
Et que l'interaction, de par son caractère éminemment artificiel, n'a en rien allégé le fardeau de la caissière.
Je me rends compte que ça m'arrive aussi, bien sûr.
Sous couvert d'être au service, de participer, de renseigner, je mène en réalité des opérations de communication pour prouver que je suis un type bien. Qu'on pense du bien de moi.
Est-ce que j'essaie de comprendre cette personne pour l'aider, ou pour lui montrer que je comprends ? Est-ce que je raconte cette histoire pour la renseigner, ou parce qu'elle me met en valeur ?
Comme d'habitude, l'objectif n'est pas de changer mais de remarquer. Une fois mis en lumière, ces travers s'évanouissent.
Si je devais résumer ce que j'ai compris de plus important au cours des dernières années, je dirais ceci :
1. Pour se démarquer, il faut mettre en place une mécanique.
Réussir une chose, même de façon éclatante, ne suffit pas. C'est la répétition d'une action – même simple – qui apporte la transformation qu'on cherche – à l'intérieur ou dans le monde.
C'est vrai en spiritualité (rien de plus répétitif et simple que méditer), en musique (on appelle même ça "répéter"), dans le travail, dans la communication, les relations, la santé...
La persistance dans une même direction compte plus que l'intelligence, la volonté ou le talent. Mais :
2. Pas de mécanique sans alignement.
La discipline, la volonté, les bonnes résolutions (...) ne suffiront jamais à garder le cap. Quelques jours, quelques mois, peut-être. Mais rapidement, on s'épuise, on craque.
L'unique façon de mettre en place une mécanique à long terme est d'être parfaitement aligné.
Être entièrement soi-même. Faire ce qui est 100% naturel. Suivre aveuglément son instinct en laissant tomber tout le reste.
Sauf que : très peu de gens savent réellement qui ils sont et ce qu'ils veulent. Leur connaissance d'eux-mêmes est occultée derrière des idées intellectuelles et plusieurs décennies de conditionnement. D'où...
3. Pas d'alignement sans connaissance de soi.
C'est la pierre angulaire de l'édifice : apprendre à se connaître.
Faire le travail intérieur pour déconstruire les préconceptions qu'on entretient sur soi et sur le monde afin d'atteindre sa vérité.
Cette vérité est la véritable source de l'action. Celle qui va durer. Et donc changer les choses.
"Connais-toi toi-même." - Socrate
"Deviens ce que tu es." - Nietzsche
Mon film Construire réalisé pour l'École des Ponts a été projeté à la SETEC hier soir, suivi d'un débat et d'un cocktail.

Anthony Briant (Directeur des Ponts), Vincent Callebaut (Architecte), Bénédicte Danis et Julien Tanant (organisateurs de la soirée pour Setec), Élise Arnoux (Architecte), Soukaina Sidki (Ingénieure Setec), Stéphany Le Rhun (Ingénieure Setec).
C'était une très bonne soirée. Les problèmes techniques que j'avais relevés pendant la première visite avaient été brillamment corrigés et la qualité de la diffusion était excellente. J'ai rencontré des gens qui partagent les mêmes doutes que moi. Aussi : de très nombreux spectateurs ont apprécié le film, même au deuxième ou troisième visionnage.
C'était ressourçant.
On peut optimiser les mauvaises choses.
On peut accélérer dans la mauvaise direction.
On peut être débordé par un travail qui ne mène nulle part.
Souvenez-vous : tout le chemin parcouru dans une mauvaise direction devra être refait en sens inverse. Ces efforts n'auront pas seulement été vains, ils vous auront éloigné du but.
Alors ne vous jetez pas tout de suite dans l'action.
Posez-vous. Sentez le sens du vent. La force du courant.
Voyez quel désir vous anime. Quelle direction vous appelle.
Parce qu'une fois en chemin, la facilité ou la pénibilité de chaque pas dépendra entièrement de ce premier élan.
Merci à Guillaume Cloux pour ces photos du tournage de Migrul.

Quand je réalise un film, je me déguise en Spielberg, ça m'inspire. Avec Jean Ratsimbazafy, chef op.

Marianne Fisch (comédienne), Vincent Robidou (son), Nicolas Boulenger (réalisateur), Léo Grange (comédien) et Mathis Recondu (assistant) dans le tournage à la maison.

Jean Ratsimbazafy (chef op) et moi regardons Léo Grange (comédien) et Ahmed (commerçant) dans l'écran.
ChezFilms s'installe dans les locaux de Télé Bocal à Belleville !


Très heureux de ce nouvel endroit. D'autant que j'ai aussi changé de pied-à-terre à Paris et que je ne dors pas loin. (Je m'en suis rendu compte ce matin en faisant le trajet à pied et en arrivant beaucoup, beaucoup plus tôt que prévu.)